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Impunité policière : Darmanin protège un haut gradé condamné par l’IGPN pour détournement de fonds

Un nouveau scandale de magouilles dans la police révélé par Médiapart accable le ministre de l’intérieur Darmanin, qui n’aurait pas respecté les sanctions préconisées par l’IGPN à l’encontre du commissaire général Jean-François Illy. Ce dernier attend toujours d’être mis à la retraite forcée pour détournements de fonds, fraudes fiscales et méthodes de management brutales.

jeudi 3 juin

Crédits photo : GERARD JULIEN / AFP

Jean-François Illy avait toutes les caractéristiques d’un officier de premier plan des forces de répression. Blessé dans les affrontements de Villiers-le-Bel en 2007, après la mort de deux jeunes dans accident de la route impliquant une voiture de police, il a été décoré de la légion d’honneur pour ses blessures et s’est servi toute sa carrière de l’aura qu’elle lui a apportée. Il a en effet gravi beaucoup d’échelons, jusqu’au grade de Commissaire Général et au poste d’inspecteur général basé à Strasbourg et à Nice.

C’est en 2019 que l’IGPN a ouvert une enquête concernant des détournements de fonds et de fraude sur une période allant de 2012 à 2019. Il aurait notamment utilisé son véhicule de fonction ainsi que les cartes bleues de la police à des fins privées, pour des déplacements (certains de 800km) ou pour des repas. Cette utilisation n’était pas que personnelle, envoyant son chauffeur chercher ses enfants à Lyon pour les amener chez lui à Strasbourg. Il aurait aussi partagé ses moyens de paiements de fonction avec des proches. Afin de ne pas être découvert il aurait mise en place un échafaudage complexe de fausses déclarations. Pour les enquêteurs, cette architecture marque une volonté claire de camoufler ses agissements et de les rendre le plus opaque possible afin de ne pas être découvert et de maximiser les sommes obtenues.

Le commissaire Illy ne se serait pas arrêté là : il aurait déclaré un nombre plus important d’enfants à charge afin d’obtenir un logement de fonction plus grand. Il a aussi, selon les enquêteurs, remplis trois attestations sur l’honneur affirmant qu’il n’avait pas de véhicule de fonction (afin de ne pas payer d’impôt sur cet avantage en nature). Il aurait aussi déclaré le double des pensions alimentaires effectivement versée. Encore plus fort, il aurait des parts dans une société immobilière impliquée dans la location de logements insalubres encore une fois à travers un ensemble de mécanisme afin de cacher son implication.

Ce « commissaire courage » était aussi connu pour son management brutal et abusif, faisant garder ses enfants par ses secrétaires ou en mettant en danger son chauffeur en lui imposant des journées de plus de 22h dont 15h de conduite avec des allers retours de deux fois 800km effectués dans la journée. Certains de ses subordonnées ont aussi fait remonter à leur hiérarchie les humiliations subies.

Face à cette débauche de magouilles, l’avocat du commissaire Illy met en avant le statut de héros de la répression de celui-ci : « En s’étant déclaré en “rechute de blessures de service” depuis novembre 2019. Les blessures étant celles de 2007 lorsqu’il a été tabassé à Villiers-le-Bel ». Pour l’ensemble de son œuvre, suite à l’enquête administrative, il a été mis en retraite forcée (sanction la plus forte en dessous de la révocation). De plus le parquet d’Epinay s’est saisi du dossier pour en étudier les suites pénales. Étant donné le grade de Jean-François Illy, la sanction doit être validée par décret par le ministre de l’intérieur. Depuis son arrivé en poste, Gérald Darmanin semble ne pas véritablement donner suite à la procédure et laisse l’ancien commissaire conserver son emploie. Ce dernier est payé 5500 euros par mois en tant que « chargé de mission sans mission ». Le principal intéressé se plaint ainsi d’une perte de la moitié de ses revenus, ne se satisfaisant pas des plus de cinq mille euros mensuels. Néanmoins, le fait que le décret ne sorte pas montre une forme de complicité et d’impunité jusqu’au sommet de la hiérarchie.

Il semble que c’est la masse importante de charges reprochées au commissaire Illy qui ait rendu impossible de mettre sous le tapis toute cette affaire. Ce niveau de corruption en haut de l’échelle semble faire écho aux multiples cas de violence qui font régulièrement surface. Contrairement au discours dominant qui cherche à faire passer ces actes pour ceux d’une minorité de brebis galeuse, l’institution policière apparaît rongée du sol au plafond. La violence des policiers d’en bas comme les détournements de fond en haut de la hiérarchie trouvent leur origine dans le rôle structurel de la police : maintenir l’ordre des choses.




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