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Politique

Justice complice

Impunité policière. L’enquête sur la mort de Sélom et Matisse à Lille classée sans suite

L’enquête sur la mort des deux jeunes hommes a été classé sans suite. Une décision honteuse alors que d'importantes zones d'ombre résident autour de ce drame.

jeudi 11 mars

Crédit photo : NPA

Nous sommes le 15 décembre 2017, il est 20h43, il pleut, quatre jeunes sont happés par un TER. Deux d’entre eux, Sélom, 20 ans, et Matisse, 18 ans, décéderont dans la nuit à l’hôpital.

Pourquoi étaient ils au bord des voies à la sortie d’un virage, à cette heure et par ce temps ? Très rapidement, on parle d’une fuite face à des membres de la BAC. C’est ce que déclare Aurélien, l’un des jeunes happés par le train.

D’après lui, alors que les quatre jeunes hommes fumaient un joint, ils remarquent six policiers de la BAC qui avancent vers eux matraques en main. Aurélien déclare dans une interview : « L’habitude de se faire frapper par eux, on voulait pas se faire frapper. On était obligés de partir et le seul endroit pour partir c’était les rails ». « On ne voulait pas se faire frapper, il y en a marre de se faire frapper tous les jours pour rien. On est montés par là, on est partis par la gauche et le train a défilé ».

Dans un premier temps, le parquet n’avait pas confirmé la présence de la police sur place. Mais par la suite, la procureure a déclaré que le soir des faits à 20h20, soit quelques minutes avant le drame, un équipage de la brigade spécialisée de terrain (BST) est intervenu dans la zone pour une rixe.

Face aux zones d’ombre entourant l’intervention ou non de la police dans l’accident, les familles portent plainte pour « homicide involontaire, mise en péril de la vie d’autrui et non assistance à personne en danger ». Après une enquête qui a traîné en longueur, la procureure de la République de Lille, Carole Etienne, a donc prononcé un non lieu. Seuls les jeunes seraient responsables.
« Il paraît établi qu’à la simple vue du gyrophare de l’équipage de police, ces derniers ont pris la décision de quitter les lieux, sans y être contraints par quiconque. » France Info relate que selon Carole Etienne, l’hypothèse de policiers qui auraient poursuivi les jeunes, dont la présence n’aurait pas été révélée « doit être écartée ». « La localisation et l’activité de l’ensemble des effectifs de police de service ce soir-là ont été étudiées et seul cet équipage de la BST était présent ».

Mais pourtant cette décision de non lieu ne dissipe en rien le flou qui entoure les circonstances de la mort de Sélom et Matisse. Les familles n’ont eu de cesse de demander une reconstitution, mais le parquet s’y est toujours refusé, arguant que « c’était trop coûteux et que l’on connaissait déjà les causes de la mort des jeunes » d’après Me Florent Regley, avocat de la famille de Sélom et des deux autres blessés.

D’après France Info la procureure a déclaré : « Tous les actes utiles à la manifestation de la vérité ont été accomplis. Il résulte de tout ça qu’il n’y a pas eu de course-poursuite. »

L’avocat de la famille de Sélom a quant à lui expliqué que « tout n’a pas été vérifié, l’enquête passe à côté de gros pans de l’histoire ». Il remet également en cause l’affirmation comme quoi il avait été possible de vérifier si d’autres policiers étaient sur place car des balises placées sous les voitures de police ne marchaient pas. « On se dit qu’il y a quelque chose à cacher », ajoute-t-il. Les avocats des familles vont étudier les possibilités afin de « contester le classement sans suite, saisir un juge avec une qualification différente ou voir s’il y a une faute administrative du côté des policiers ».

Le traitement de cette affaire par la justice est symptomatique de la collusion entre la justice soi-disant indépendante et les forces de police. Les investigations n’ont pas été poussée afin de savoir réellement si des forces de répression avaient été à l’origine de la prise de risque fatale du groupe de jeunes. Dès le départ, le parquet de Lille, a démenti totalement la version des faits présentée par Aurélien, expliquant qu’aucune patrouille n’était sur place avant de revenir sur cette déclaration. Il est légitime de se demander si la justice a réellement fait son possible pour faire la lumière sur cette affaire. On peut en douter. Cette justice de classe ferme les yeux sur les violences policières. Ici deux jeunes des quartiers populaires sont de toute évidence morts pour avoir voulu fuir un énième contrôle policier et de potentielles violences. Cela en dit beaucoup sur le rôle et les pratiques de la police dans les quartiers populaires. Il ne faut pas attendre de la justice qu’elle fasse éclater la vérité et rende une réelle justice pour Sélom et Matisse d’elle même. C’est pourquoi il faut continuer à soutenir les familles et réclamer la vérité et la justice pour ces deux jeunes comme cela a été le cas en juin dernier à Lille, où plusieurs milliers de personnes ont manifesté en réaction au meurtre de George Floyd et pour demander justice pour Adama mais aussi Selom et Matisse.




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