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Politique

Du feu à Calais

Incendie à la « Jungle » de Calais. Que s’est-il réellement passé ?

Comité de rédaction Seulement quelques heures après le début des attentats à Paris qui ont couté la vie à plus d’une centaine de personnes, un incendie ravageur se déclarait au bidonville connu sous le nom de la « Jungle de Calais ». 2.500 mètres carrés ont été brûlés. Des tentes et des cabanons ont été réduits à néant. C’est presque inexplicable qu’il n’y ait ni blessés ni morts à déplorer dans ce bidonville qui abrite 6.000 migrants et réfugiés venus de Syrie, d’Erythrée, d’Afghanistan et de bien d’autres pays.

dimanche 15 novembre 2015

Les spéculations sur les réseaux sociaux étaient nombreuses. On se demandait si les images étaient réelles ou encore s’il s’agissait de l’action de groupes d’extrême droite voulant se venger contre les réfugiés de Calais. Et cela dans un climat de panique totale au milieu des évènements tragiques qui avaient lieu en même temps à Paris. Mais aussi parce que ces derniers jours, des affrontements entre la police et les migrants ont éclaté et que des « voisins » enragés s’organisent de plus en plus pour dénoncer ce qu’ils appellent la soi-disant « immigration incontrôlée ».

Selon les autorités, l’incendie serait d’origine « accidentelle » dû à « une bougie ou un réchaud ». Le sous-préfet, Denis Gaudin, a même déclaré : « des rumeurs circulent sur les réseaux sociaux indiquant qu’il s’agit d’un incendie criminel lié aux attentats de Paris et qui aurait pu être causé par des militants d’extrême-droite. Ça n’a strictement rien à voir, il y a déjà assez de problèmes dans ce pays ». Le ton est donné : éviter d’établir tout lien entre les deux évènements.

Mais que l’incendie soit intentionnel ou pas, les conditions de vie humiliantes auxquels l’Etat français condamne des milliers de migrants et réfugiés dans la « Jungle » restent inacceptables. Ce n’est pas pour rien que l’Etat vient d’être condamné par la justice par rapport à la situation à Calais, même si celle-ci ne lui demande que de ménager la misère. Ce sont en effet ces conditions misérables de survie qui sont la source de dangers permanents pour la vie des migrants. Les maladies, les accidents sont la conséquence directe de cette situation.

Mais aussi, que l’incendie soit intentionnel ou pas, cela ne change en rien la haine raciste et xénophobe qui est en train de se développer dans la région et dans le reste du pays. Il suffit pour le constater de lire quelques commentaires de vidéos de l’incendie postés sur Facebook par le collectif xénophobe « Calaisiens en colère », qui s’est rendu très rapidement sur les lieux :

C’est sur ce terrain alors que des groupes et partis d’extrême droite xénophobes et racistes vont essayer d’exploiter l’émotion créée par les attentats de Paris en la liant à la « crise migratoire » en Europe. Ils cherchent déjà à présenter les migrants comme le bouc émissaire et les « responsables » des attentats odieux de Paris.

Mais cette situation n’est pas sortie de nulle part. Elle a été créée par la politique de l’Etat français. Non seulement il maintient les migrants et les réfugiés dans une situation totalement précaire, exposés aux violences des forces répressives et de groupes fascisants, mais surtout c’est la politique guerrière et de spoliation économique de puissances impérialistes comme la France qui pousse à l’émigration coûte que coûte de milliers de personnes. Il s’agit d’un racisme et d’une xénophobie d’Etat, les mêmes qui sont en grande mesure la source de la « radicalisation islamiste » en France même.

En ce sens, lutter pour l’accueil dans des conditions décentes de l’ensemble des migrants et des réfugiés, ce qui implique de se battre contre les politiques impérialistes de la France, est une condition fondamentale non seulement pour créer des liens de fraternité avec nos sœurs et frères de classe venus d’ailleurs mais aussi pour empêcher que d’autres tragédies comme celle qu’on vient de vivre à Paris ne se reproduisent.



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