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Politique

Catastrophe environnementale

Incendies. En Gironde, Macron cherche à masquer les responsabilités du gouvernement

En gironde ce mercredi, Macron s'est affiché aux côtés de la population et des professionnels en premières lignes des incendies. Un déplacement coup de com' avec peu d'annonce pour répondre à l'urgence qui cherche principalement à blanchir le gouvernement de ses responsabilités.

mercredi 20 juillet

Crédit photo : AFP - Bob Edme

Depuis plusieurs semaines à travers l’Europe, on observe une prolifération d’incendies impressionnants, en Grèce, en Espagne, mais aussi en France avec des incendies sans précédent à travers le pays. On pense évidemment aux cas girondins qui ravagent une partie du Sud-Ouest depuis une semaine maintenant.. Ce mercredi, le bilan est de 20 600 hectares détruits et 36 750 personnes évacués (16 communes touchées) selon la préfecture.

Un discours maitrisé en Gironde qui évite tout bilan et voile la réalité

C’est dans ce contexte que Macron s’est déplacé ce mercredi en Gironde, ses communicants expliquant qu’une accalmie dans l’avancée des feux permettait une visite qui ne dérangeait pas trop les opérations. Toute une mise en scène qui s’est finalisé par une conférence de presse « improvisée », avec quelques annonces à la marge. C’est avant tout l’image que Macron a soigné ce mercredi.

Si Olivier Véran a préparé le terrain en amont avec une première annonce très maigre de réquisition de deux hélicoptères civiles face aux incendies, dans le fond Emmanuel Macron n’a rien annoncé de bien concret : alternant entre remerciement et phrases creuses, le chef de l’État fait dans la généralité, évoquant une « pression sur les assureurs », un « plan national pour replanter la forêt », « un accompagnement sur lequel on pourra compter »... Et si Sud Ouest pointait ce mercredi matin qu’il serait « attendu sur la question des moyens aériens », c’est bien l’une des questions qu’il a évitées.

En effet, sur ce terrain, si le président reconnait "qu’il faut plus de canadair" et "acheter plus d’avions", il a surtout réaffirmé que les moyens étaient suffisants « jusqu’à maintenant » dans la lignée des déclarations de Gérald Darmanin à l’Assemblée Nationale défendant coûte que coûte le bilan du gouvernement. À rebours des études misent en relief par les incendies en gironde qui alertent sur l’état dégradé des moyens à dispositions pour faire face à ces catastrophes, Macron et son ministre de l’Intérieur se targue d’avoir "la plus grande flotte européenne de lutte" contre les incendies. Un décalage complet, qui bien plus que de voiler la responsabilité du gouvernement, apparait comme une négation des prévisions environnementales tablant sur ce genre de scénario depuis plusieurs années. En sommes, les alertes incessantes sont ignorées et balayées par des beaux discours de solidarités une fois les catastrophes arrivées.

Concernant les moyens généraux, pas un mot sur les forces-vives manquantes, que ce soit les pompiers (réguliers ou volontaires) exclus par les obligations vaccinales ou bien les problèmes plus structurels auxquelles font face ce secteur qui sont sources de grèves depuis 2019 déjà. Pour rappel, le premier quinquennat Macron a été marqué par des mobilisations inédites des sapeurs-pompiers, réprimé d’une manière inédite. On se souvient en janvier 2020 durant la réforme des retraites, la colère des pompiers n’avait reçu que la matraque et les lacrymogènes à leurs revendications. À l’image de celle exprimée envers les soignants, c’est toujours la même hypocrisie du gouvernement : la répression et les attaques sociales d’hier font place à des héros que l’on remercie et applaudit, comme si de rien n’était.

Enfin, concernant "le grand plan national" pour replanter la forêt et la refonte des réglementations annoncées, il s’agirait de savoir avec qui il compte le faire. Si, l’Office National des Forêts (ONF) a été cité par le gouvernement comme acteur important, c’est cette même entreprise publique que Macron détruit et dont les agents de terrains dénonce la privatisation depuis des années.

Redistribuer les responsabilités, un talent macronien

Enfin, l’une des problématiques centrales, au-delà de l’urgence de la situation, est celle des causes profondes. Le président a encore été interpellé sur le bilan environnemental du gouvernement et sur sa responsabilité dans la situation. Ici encore Macron a botté en touche, selon lui, il n’y aurait pas particulièrement de « nouvelles données », mais plutôt des particularités des forêts de la région.

S’il y a effectivement des spécifiés, on voit bien la tentative de nier toute dynamique environnementale engendrant ces évènements, ce qui reviendrait à assumer une part de responsabilité face à l’échec objectif et de devoir aujourd’hui agir. En effet, les incendies ont été prédits, mais le gouvernement n’a rien fait pour les prévenir. S’il pointe les responsabilités individuelles, c’est pour mieux cacher sa responsabilité.

On ne fait de toute manière pas confiance dans ce gouvernement pour cela, mais ces incendies viennent nous rappeler l’urgence d’une rupture politique et écologique. D’une part, le gouvernement ne fait que gérer la misère une fois qu’il est déjà trop tard, aujourd’hui après qu’une forêt historique vient de s’envoler. D’une autre, il poursuit une politique d’approfondissement de la crise environnementale, notamment sur le plan énergétique avec la potentielle réouverture de centrale à charbon l’hiver prochain ou encore à l’introduction du gaz de schistes américains.

Si de nombreuses solidarités ont vu le jour durant les épisodes incendiaires, et qu’une mobilisation large se met en place en soutien aux professionnelles en premières lignes, cela devrait nous inspirer d’autres manières de gérer ces crises. Alors que les moyens sont répartis aux bénéfices des plus riches, et que la France démontre sa capacité à produire des armes plus qu’à gérer ses incendies, nous devons exiger que des investissements importants soient réalisés afin de pour faire face à ces situations urgentes et surtout les prévenir en amont. Dans l’immédiat, les logements vacants doivent être réquisitionnés pour pouvoir mettre à l’abri dignement les habitants déplacés par les incendies. L’application des revendications des professionnels et volontaires sur places, qui savent ce qu’ils ont besoin pour lutter contre les incendies en cours, doit être exigé, en particulier en ce qui concerne les moyens pour les pompiers. Il faut donner les moyens aux sapeurs-pompiers qui s’affrontent au feu et qui paye aujourd’hui à la casse des services publics de prévention et de lutte contre les feux de forêts démantelés par les gouvernements successifs. Enfin, alors que nous nous affrontons dés aujourd’hui aux conséquences néfastes du dérèglement climatique, aucune économie ne peut être faite sur la prévention de celles-ci afin d’éviter ces drames.



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