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Monde

Complicité mal dissimulée

Inde. Twitter continue à censurer les comptes liés à la mobilisation paysanne

Depuis fin novembre l’Inde est secouée par une révolte de paysans en lutte contre les réformes libérales. Le gouvernement accélère les mesures de répression, jusque là main dans la main avec le géant Twitter. Mais pris entre les enjeux commerciaux et son image à l'international ce dernier, s'il a censuré de nouveaux comptes, se fait plus hésitant.

mercredi 10 février

Crédt photo : Associated Press

Depuis le mois de novembre l’Inde est secouée par un grand mouvement de paysans en lutte contre les réformes libéral du gouvernement qui risquent de les jeter dans une misère importante. Le gouvernement indien a répondu à la contestation par une forte répression policière mais pas que…

En effet, Twitter a déclaré avoir suspendu plus de 500 comptes signalés par le gouvernement indien. Certains ont été bloqués en Inde mais resteront disponibles à l’extérieur du pays, tandis que d’autres ont été définitivement suspendus. La semaine dernière, le réseau social avait déjà bloqué puis débloqué plus de 250 comptes liés à la mobilisation agricole, s’exposant à de vives critiques à l’international. Une pression qui a poussé Twitter à ré-ouvrir les comptes censurés au bout de quelques heures. Mais il s’est alors retrouvé face à une autre pression, celle du gouvernement indien.

C’est pourquoi cette fois-ci, l’entreprise a expliqué qu’elle ne bloquerait pas les comptes des médias, des journalistes, des activistes ou des politiciens, n’étant pas conforme avec les « principes de défense de la protection de la parole et de la liberté d’expression en vertu de la loi indienne ».

Derrière cette prise de position se cache la réalité d’une entreprise qui cherche à préserver ses intérêts et son image, cela en jonglant entre les différentes pressions. Celle du gouvernement indien d’un côté avec le ministère des Technologies de l’information qui a menacé Twitter de représailles judiciaires pour violation de la loi indienne, pouvant aboutir à des amendes et même à des peines d’emprisonnement pour les cadres de Twitter chargés de mettre en œuvre les directives gouvernementales.

La pression est aussi commerciale, puisque pour Twitter l’Inde représente des millions d’utilisateurs dans le pays. Or le ministère a commencé à promouvoir activement Koo, une plateforme indienne alternative à l’américaine Twitter. L’entreprise a été lancée l’année dernière au plus fort de la pandémie et a remporté le défi de l’innovation Atmanirbhar Bharat de Modi, ou "Inde autonome". Elle compte de plus en plus d’utilisateurs. Une manière pour le gouvernement d’exercer une pression commerciale de taille face au géant américain Twitter, qui en s’opposant aux consignes gouvernementales, s’exposerait a la perte d’une part importante de son influence et de son marché.

D’un côté le gouvernement indien utilise donc tout ce qui est en sa possibilité pour faire basculer la balance en sa faveur et de l’autre la mobilisation historique qui est en train de traverser l’Inde prend une ampleur internationale. Avec des personnalités comme Rihanna ou Greta Thunberg qui ont porté leur soutien aux paysans. De ce fait, participer au musellement du mouvement noircit grandement l’image du géant Twitter, et ce dernier le sait très bien.

Ainsi, Twitter bloque des comptes puis les débloque, pour finalement bloquer uniquement les comptes « indépendants » et non plus les médias, journalistes, ou militants reconnus... De cette manière, l’entreprise prend la voie médiane pour concilier les pressions croisées auxquelles elle fait face : la pression gouvernementale indienne qui nuirait à son profit et la pression internationale qui nuirait à la sauvegarde de son image.

Les réseaux sociaux sont un outil de communication important, et le militantisme n’échappe pas à la règle. Mais on l’a vu, et on le voit encore, les réseaux sociaux sont loin d’être de simples supports neutres. La censure des comptes militants est monnaie courante. Ces dernières années et on continue de le voir aujourd’hui, les gouvernements qui font face aux mobilisations n’hésitent pas à couper directement Internet comme cela a été le cas en Inde, en Birmanie ou dans d’autres pays du Moyen-Orient par exemple, ou à censurer certains comptes en lien direct avec des multinationales très souvent promptes à jouer le jeu de la répression.




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