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Inde. Un million de travailleurs des banques publiques en grève contre la privatisation

Les salariés s’opposent à la privatisation qui menace leurs postes de travail et conditions. Encore un épisode de lutte de classes face aux profonds changements néolibéraux imposés par Modi.

mercredi 17 mars

Lundi et mardi, les services bancaires indiens ont été en grande partie immobilisés par la grève massive contre la privatisation des banques. Au total, sur les deux jours, c’est 1 million de travailleurs qui se sont mis en grève, à l’appel d’une alliance de neuf syndicats (le Forum uni des syndicats des banques), contre la privatisation des banques étatiques annoncée fin février par le gouvernement. Une grève qui a pris une telle ampleur que des banques, à l’image de la State Bank of India, ont vu la quasi-totalité de leurs opérations suspendues.

Fin février, le ministre des Finances Nirmala Sitharaman a annoncé la privatisation de deux des douze banques étatiques du pays (sans préciser encore lesquelles seraient touchées). C’est ainsi sur tout le territoire que les travailleurs se sont mobilisés contre cette politique de privatisation qui ne va que précariser les salariés. En conséquence de la privatisation, les travailleurs perdront la stabilité de l’emploi offerte par le statut de fonctionnaire et donc « d’emploi à vie ». Mais à travers les rachats des banques par le secteur privé et les sections de banques qui les accompagnent, ce sont aussi la suppression de certaines branches (et avec elle des emplois concernés) ainsi que des baisses de salaires et des conditions de travail plus difficiles que risquent les employés.

Cette annonce, si elle déclenche une première grève très massive dans le pays, correspond à une dynamique plus générale de privatisation des banques lancée il y a quelques années déjà. L’année dernière, par exemple, 10 banques ont été fusionnées en 4. Ainsi, ce n’est que la poursuite de cette dynamique qui avait fait que six banques soient absorbées par quatre principales, qui s’incarne aujourd’hui dans la privatisation de deux des désormais 12 banques publiques du pays. En 2019, le gouvernement avait d’ailleurs déjà privatisé IDBI Bank en vendant sa participation majoritaire. Du coté des fusions, si l’on regarde sur les quatre dernières années écoulées, ce sont en tout 14 banques qui ont été fusionnées.

« Selon l’agence de notation indienne ICRA, les banques publiques ont un ratio global de prêts improductifs de 9,8%, soit plus du double des 4,3% des banques du secteur privé », rapporte NikkeiAsia. C’est là l’une des raisons clefs de cette politique du gouvernement, qui cherche à établir un système bancaire plus rentable, plus encore dans une période de crise économique due à la pandémie.

Plus globalement, c’est tout un plan de privatisation d’entreprises d’Etat qui est déployé par le gouvernement de Narendra Modi, et particulièrement clair dans la déclaration du ministre des Finances qui disait récemment ne vouloir garder que le « strict minimum » des 350 entreprises publiques du pays. Au-delà du secteur des banques, c’est ainsi ceux des raffineries, ou encore des transports, notamment le secteur aérien, qui sont visés. L’un des exemples les plus saillants de cette politique gouvernementale est sans doute le projet de libéralisation du secteur agraire voté en septembre, qui soulève depuis des mois une immense révolte populaire.

Ces restructurations profondes de l’économie indienne, réduisant de plus en plus le rôle de l’Etat, héritage de la période post-indépendance, font partie des plans stratégiques des capitalistes indiens qui cherchent à attirer les investissements étrangers et faire du pays une alternative à la Chine dans la chaine de production internationale. Cependant, comme on le voit avec cette énorme grève des travailleurs et travailleuses bancaires et le mouvement des paysans, ces changements impliquent d’énormes secousses et évènements de la lutte de classes.




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