^

Monde

Plus de 20 morts

Inde : émeutes islamophobes à New Delhi

Depuis décembre, l’instauration d’une loi nationaliste discriminante envers les musulmans, le Citizenship Amendment Act, a entraîné une vague de mobilisation massive. Depuis lors, la répression est de mise et les attaques contre la communauté musulmane ont passé un nouveau seuil de violence.

mercredi 26 février

Danish Siddiqui/Reuters

Sous les salons dorés recevant Trump, de violentes émeutes islamophobes dans les rues

Alors que le président états-unien, en visite d’État en Inde ces lundi et mardi, était reçu en grande pompe, les quartiers populaires à majorité musulmane, des banlieues de la capitale étaient eux à feu et à sang. Des groupes armés hindous ont semé la violence et agressé la communauté musulmane : mosquées et commerces saccagés et brûlés, violences physiques envers des musulmans, ont fait près de trente morts et 200 blessés, selon un bilan provisoire qui risque de s’alourdir.

Trump, quant à lui, s’est réjoui de son séjour, « deux journées fantastiques », et a déclaré dans une conférence de presse que le chef du gouvernement, Narendra Modi, était très attaché au respect de la liberté religieuse.

Dans la rue pourtant, c’est à une police plus que conciliante, voire partie-prenante pour les nationalistes hindous, qu’ont du faire face les habitants des quartiers. Une police qui avait déjà réprimé violemment la mobilisation qui se joue en Inde depuis décembre, allant jusqu’à tuer plus de vingt manifestants. La haine anti-musulmans est entretenue par le Bharatiya Janta Party (BJP), le parti nationaliste hindou au pouvoir. Depuis la flambée des violences dimanche, le premier ministre ne s’est d’ailleurs jamais exprimé publiquement ;il a attendu mercredi où dans un tweet il a appelé au calme.

Le Citizenship Amendment Act, première pierre du nationalisme hindou

Cette montée des violences s’inscrit dans un contexte de mise en place progressive du projet nationaliste hindou du gouvernement. Le Citizenship Amendment Act, instauré en décembre est en effet à l’origine d’une vague de mobilisation massive. Amendant la loi sur la citoyenneté de 1955, cette loi discriminatoire réduit la période de résidence nécessaire pour être éligible à la citoyenneté de 11 à 6 ans pour les migrants des pays voisins, à l’exception des musulmans. Première minorité religieuse en Inde (représentant 15 à 20 % de la population), la communauté musulmane s’est massivement mobilisée contre cette loi islamophobe mais aussi contre la politique néolibérale du gouvernement, alors que le pays est marqué par un ralentissement économique et que la précarité s’accroît.

La politique nationaliste anti-musulman, dont l’abrogation de l’autonomie constitutionnelle de l’État du Cachemire était déjà un volet en août dernier, a donc pris un nouveau tournant puisque le gouvernement a fait entrer dans la loi cette discrimination. Les groupes armés nationalistes sont donc, en dernière instance, l’aboutissement extrême de cette politique islamophobe.

Combinée à une répression violente et systématique de la contestation, la situation pourrait devenir explosive. Le ministre en chef de Delhi, Arvind Kejriwal, a d’ores et déjà appelé à un saut répressif, en demandant l’instauration d’un couvre-feu et le déploiement de l’armée.

C’est par ailleurs la région tout entière qui pourrait s’embraser sur ce terreau nationaliste. Le Pakistan a déjà réagi, le premier ministre Imran Khan déclarant : « lorsqu’une idéologie raciste fondée sur la haine prend le pouvoir, cela mène au bain de sang »




Mots-clés

Violence   /    Islamophobie   /    Inde   /    Monde