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Inde : une situation explosive exacerbée par le confinement

Les conditions déplorables du confinement mettent en jeu des millions de vie. Cette barbarie fait ressurgir des émeutes de la faim tandis que la politique nationaliste islamophobe du gouvernement s’accentue dans cette crise sanitaire et économique.

mercredi 15 avril

Crédits photo : Danish Siddiqui/Reuters

Nous exposions il y a deux semaines les conditions d’un « confinement impossible » dans un pays aux infrastructures sanitaires et sociales extrêmement insuffisantes pour subvenir aux besoins des 1,3 milliards d’habitants, et dans un contexte de montée de la lutte de classes.

Le Covid-19 a fait 392 morts en Inde à ce jour pour un pic attendu d’ici début mai. Mais les conditions sociales et sanitaires explosives font craindre le pire.

Dénuement total pour des milliers de « travailleurs migrants » en Inde

Le confinement, instauré depuis le 24 mars dernier par le gouvernement Modi, dans une impréparation totale, a été prolongé jusqu’au 3 mai. Cette situation pose des questions de vie ou de mort pour les populations les plus précaires du pays qui compte 300 millions de personnes sous le seuil de pauvreté.

Le cas des travailleurs migrants pose cette question de manière particulièrement aiguë. En effet, des milliers de travailleurs vivant en périphérie sont restés coincés en ville, où ils travaillent, sans ressource. Vivant d’un salaire journalier, le confinement les a en effet privés de leurs revenus et la paralysie totale des transports et de l’économie à l’annonce du confinement les empêche de rentrer chez eux, les laissant isolés et particulièrement vulnérables. Ces travailleurs ont ainsi été contraints de rejoindre les refuges de travailleurs saisonniers. Déjà surchargés, ces refuges (200 dans la capitale indienne) sont prévus pour des centaines de personnes et en accueillent des milliers en cette période de confinement, ceci dans des conditions de pauvreté extrême et sanitaires déplorables.

Emeutes de la faim face à la barbarie du capitalisme

Cette condition dramatique n’est pas sans créer de profondes tensions. Alors que leurs vies mêmes sont en jeu, de fortes contestations sociales ont eu lieu dans ces centres d’accueil à l’annonce de la prolongation du confinement.

Des travailleurs indiens migrants bloqués à Bombai (la capitale commerciale de l’Inde, représentant à elle seule 25% de la production industrielle du pays) ont convergé vers la gare de la ville pour demander la réouverture des transports et regagner leurs villages. A New Delhi, trois bâtiments d’un refuge des travailleurs saisonniers ont été incendiés par leurs occupants. La police est intervenue violemment suite à ces évènements par l’arrestation de six protagonistes et la mort d’un homme par noyade tentant d’éviter la répression policière.

Des migrants birmans alertent sur la situation dans les camps de réfugiés :« La faim nous tuera avant le coronavirus ». Dans l’État du Gujarat ce sont des centaines de travailleurs migrants qui se sont révoltés vendredi soir en mettant le feu à des voitures pour réclamer un toit et de la nourriture.
La brutalité de cette gestion de crise démontre jusqu’où est capable d’aller la barbarie d’un capitalisme pourrissant, réactualisant des émeutes de la faim. Mais cette gestion de la crise, en mettant à nu cette barbarie, bouleverse les rapports de classes, et ces émeutes peuvent être les prémisses d’une flambée de la lutte des classes à venir.

La crise sanitaire, nouvelle étape dans le discours islamophobe d’un régime nationaliste

Mis sous pression par la crise sanitaire et économique et les risques de contestation de l’ordre social, le gouvernement de Narendra Modi, dans la lignée de sa politique nationaliste hindou, mène une campagne de haine contre la population musulmane.

Alors que la minorité musulmane du pays était déjà victime d’émeutes islamophobes il y a quelques mois, les propos islamophobes de la ministre de la santé, accusant un séminaire musulman conservateur d’être à l’origine de l’épidémie en Inde (la propagation du virus est même surnommée « djihad corona » par le parti d’extrême droite BJP et ses partisans), les actes antimusulmans explosent en Inde. Que ce soient des passages à tabac ou des agressions à la batte auprès de jeunes hommes musulmans distribuant des denrées aux personnes dans le besoin, en passant par des discours haineux et discriminants comme celui entendu depuis les haut-parleurs d’un temple qui ont diffusé un message alertant la population sur l’achat de lait auprès de producteurs musulmans car il serait infecté par le Covid-19.

La situation des travailleurs pauvres et des migrants en Inde est une double peine en cette période de confinement : en plus d’être bloqués et entassés dans les villes aux risques sanitaires et nutritionnels importants, ils subissent le racisme. C’est pourtant eux qui acceptent, par la contrainte de leurs conditions de vie, les emplois les plus difficiles et les moins bien payés. Ils sont une main d’œuvre d’exploitation pas cher pour les capitalistes et une population facile à discriminer, comme un bouclier derrière lequel se cacher.

Loin d’être un fait nouveau, la politique islamophobe du gouvernement nationaliste est aujourd’hui un dernier rempart contre les risques de contestations sociales. Car, à travers ces actes de dénonciations islamophobes, le gouvernement bourgeois indien tente en fait de dissimuler sa responsabilité et celle des capitalistes nationaux. En Inde au moins 25 à 30% des urbains vivent dans des bidonvilles et 300 millions d’indiens vivent sous le seuil de pauvreté. Par le nouvel aspect « coronavirus » de sa politique nationaliste islamophobe, en cette période de crise économique qui va frapper de plein fouet ce nouveau pays industrialisé, le gouvernement indien tente de rediriger la colère qui pourrait éclater contre ce système barbare, vers les étrangers. Cette stratégie n’est pas neuve en période de crise, les travailleurs – indiens ou non - et les chômeurs ont tout intérêt à se constituer comme une force contre la bourgeoisie et les politiques néo-libérales qui la caractérise.




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