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Indonésie. Mobilisation explosive contre une "loi Travail" ultra-libérale

Ce jeudi 8 octobre ont éclaté, dans les principales villes d'Indonésie, des manifestations contre la loi Omnibus rassemblant plusieurs milliers d'ouvriers, d'étudiants et d'employés. Bafouant à la fois les droits des travailleurs et la protection de l'environnement, le président Joko Widodo affirme sa place de président des patrons.

vendredi 9 octobre

La loi Omnibus : un cadeau fait aux patrons

Votée lundi au Parlement, la loi sur l’investissement du gouvernement Indonésien a pour but de stimuler l’économie du pays qui connaît une forte décroissance causée par la pandémie. Le président Joko Widodo, libéral musulman élu en 2019 et grand allié des puissants milieux d’affaires qui ont contribué à sa réélection, cherche à se focaliser sur le développement de l’économie et des infrastructures. Il déclare au micro de la BBC : « Nous voulons simplifier et accélérer le processus d’attribution des licences [aux investisseurs] et, pour cela, il faut harmoniser des lois afin de créer des services plus rapides de telle manière que l’Indonésie puisse répondre plus rapidement aux évolutions du monde  ». L’objectif est clair : lever les obstacles bureaucratiques pour accélérer et faciliter les affaires. Le gouvernement indonésien veut se hisser au niveau de la Chine en se rendant plus attractif pour attirer les investisseurs étrangers.

Les profits sont le seul intérêt de ce gouvernement libéral qui se désintéresse totalement de la vie des travailleurs. De fait, cette loi entraîne la diminution des congés payés, l’allongement de la semaine en imposant qu’un seul jour de repos à la place de deux, l’annulation du droit de recours des employés en cas de licenciements abusifs, l’augmentation des heures supplémentaires passant de 14 heures par semaine à 18 heures et la suppression des réglementations concernant le salaire minimal permettant aux patrons de définir seuls le montant de l’équivalent du SMIC. Les entreprises seront, de leur côtés, bien loties avec un impôt qui passera à 20% à la place de 22% et l’assouplissement des restrictions à l’emploi des étrangers. Enfin, cette loi broie toute notion écologique en retirant l’autorité de la protection et de la gestion de l’environnement aux régions pour la confier au gouvernement central.

Avec la crise sanitaire, ce sont 6 millions de chômeurs qui se sont ajoutés aux 7 millions déjà sans emploi dans un pays où des mesures d’hygiènes importantes telles que la fermeture des lieux publiques ou la réduction des transports à 50% de leur capacités maximums sont rétablies depuis le 14 septembre. Dans ce pays qui fait face à une situation économique alarmante et dont la chute inédite de la croissance est amplifiée par la pandémie du coronavirus, ce sont 905 pages, votées par 7 des 9 partis présents au Parlement, qui finissent de détruire les conditions de travail et de vie des Indonésiens.

Un front commun entre les employés, les ouvriers, les étudiants, les syndicats et les organisations environnementales

Plusieurs organisations ont prit position contre cette loi. A l’échelle internationales comme Amnesty International qui a qualifié la loi de « catastrophique » autant pour les droits de l’homme que pour le respect de l’environnement. Ou encore Phelim Kine, responsable de l’organisation de protection de l’environnement Mighty Earth, qui a déclaré que « dans les faits, [la loi] va légitimer la déforestation  ». D’autres sont indonésiennes comme Nahdlatul Ulema qui est une association musulmane modérée dont le chef Said Aqil Siroj a déclaré que «  loi va bénéficier aux « capitalistes, aux investisseurs et aux conglomérats » et contribuera à « écraser » le peuple.  ». Par ailleurs les syndicats prennent aussi position avec Sharan Burrow, la secrétaire générale de la Confédération internationale des syndicats, pointant qu’il était « ahurissant de constater qu’en pleine période de pandémie, l’Indonésie choisisse de déstabiliser les vies de son peuple pour laisser les grandes compagnies exploiter ses richesses  ». C’est un front commun inédit entre différents secteurs tels que les employés, les étudiants et les ouvriers qui montre que la majorité de la population dénonce cette loi ultra libérale en appelant explicitement à la grève générale.

Le 5 octobre, jour du vote, le gouvernement n’a eu de cesse que de changer le lieu pour éviter les manifestants. La population est malgré tout sortie dans la rue mais c’est le 8 octobre que l’affrontement fut le plus important. Plusieurs milliers de manifestant ont exprimé leur colère sur les pavés. Certains ont incendié des commissariats et des heurts violents avec la police ont entraîné 800 arrestations seulement dans la capitale. C’est a coup de répression que le gouvernement cherche a passer en force.

On voit que face la crise économique internationale, les réponses sont régulièrement les mêmes : des réformes d’aubaines s’en prenant violemment a notre classe. Et ceux, notamment dans les pays sous domination comme l’Indonésie qui doivent tout tenter pour sortir la tête de l’eau, quitte à noyer encore plus la population. Le comportement du gouvernement Indonésien est symptomatique des gouvernements capitalistes pendant une crise économique. Ils sont arrivés au point de ne même plus chercher à déguiser les réformes libérales par des lois sociales pour éviter les soulèvements. Ils ne peuvent plus faire de concessions et se reposent seulement sur l’instrument de répression qu’est la police.




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