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Politique

Une insulte inacceptable mais isolée

Insulte antisémite. Les réactionnaires cherchent à salir tous les manifestants antiracistes

Lors du dernier rassemblement contre les violences policières, lorsque l'extrême droite a déployé une banderole au sommet d'un immeuble, on a pu entendre une personne proférer une insulte antisémite totalement inacceptable. Mais les réactionnaires et la préfecture de Paris cherchent à utiliser ce cas isolé pour faire passer tous les manifestants antiracistes pour des antisémites.

mardi 16 juin

Le 13 juin à Paris, lors du rassemblement contre les violences policières, un groupe d’extrême droite a déployé une banderole au sommet d’un immeuble. Cette banderole affichant un soutien aux soi-disant « victimes du racisme anti-blanc » visait à provoquer les manifestants en niant que le racisme est systémique et touche les personnes noires, arabes, asiatiques, etc. Les identitaires ont été hués par la foule. Parmi les huées, l’on a pu entendre une personne proférer en leur direction l’insulte « sale juif ! » – une insulte antisémite totalement inacceptable, qu’il s’agit de condamner et qui n’a pas sa place dans un rassemblement contre le racisme et les violences policières.

Dans un article intitulé « Que sait-on des insultes antisémites entendues lors du rassemblement pour Adama Traoré ? », le « service Checknews » de Libération rapporte les faits : « L’information provient d’une vidéo relayée par le média Valeurs actuelles, visionnée plus de 780 000 fois. » Valeurs Actuelles, connu pour être particulièrement réactionnaire, accompagne sur Twitter la vidéo du commentaire suivant : « "Sales juifs", crient des manifestants antiracistes ulcérés par une banderole de #GénérationIdentitaire pour les victimes de racisme antiblancs. #racismenantiblancs #immigration #remigration ».

On peut souligner l’opportunisme politique de la part de ce journal d’extrême droite, qui a largement attaqué dans ses colonnes le mouvement actuel contre les violences policières racistes et saute ici sur l’occasion pour chercher à salir le mouvement. C’est donc sans surprises que Valeurs Actuelles relaie le discours des identitaires qui relativise le racisme, en prétendant que les personnes blanches pourraient en être victimes. Enfin, l’on pourrait également souligner l’hypocrisie du journal qui s’invente aujourd’hui pourfendeur de l’antisémitisme alors qu’il y a quelques mois, il publiait dans ses colonnes un article attaquant l’historien Benjamin Stora sur la base de clichés antisémites.

Après avoir étudié la vidéo, Checknews relate les faits : « Dans la vidéo, on entend effectivement, au moins à trois reprises, l’insulte “sale juif !” sans qu’il soit possible de déterminer précisément la ou les personnes à l’origine de ce cri. De nombreux internautes incriminent l’homme noir portant une casquette, identifiable sur les images, l’objectif du téléphone se tournant régulièrement vers son visage. Mais d’après nos observations, il est uniquement possible de lui attribuer avec certitude les propos suivants : “Descends me voir en tête à tête, descends me voir si t’es un homme.” »

Une aubaine pour la Préfecture de police de Paris et les réactionnaires qui cherchent à monter cette vidéo en épingle pour salir l’ensemble des manifestants contre les violences policières et les faire apparaître comme antisémites dans leur ensemble. Si la manipulation était peu surprenante de la part de Valeurs Actuelles, elle ne l’est pas non plus de la part de l’institution policière, dont le racisme et la violence sont aujourd’hui mis à nu et pour qui une occasion de discréditer le mouvement est aussi un aubaine. De nombreuses personnes ont dénoncé la manipulation de cet acte, qui s’il est certes absolument inacceptable, est – heureusement et contrairement à ce que cherchent à faire croire les réactionnaires – isolé.

Libération cite également un autre journaliste qui atteste du caractère exceptionnel de l’insulte : « Timothée Vilars, journaliste pour l’Obs, était également sur place. Il détaille : “J’ai vu les vidéos comme tout le monde mais je n’ai entendu aucune insulte antisémite de la journée, même si j’ai bien sûr fait des allers-retours sur la place et que j’ai pu rater des choses. Laisser sous-entendre que c’était un slogan de la foule me paraît en tout cas mensonger” ».

Dès la fin du rassemblement à Paris le 13 juin, Assa Traoré condamnait les propos qui ont eu lieu : « S’il y a eu des propos antisémites aujourd’hui, nous sommes tous chrétiens, juifs, musulmans ! » ; « Les racistes n’ont aucune place dans notre combat ! » La foule a acclamé ces propos.




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