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Politique

"Affaire" Finkielkraut

Insultes antisémites. Retour sur la prise à partie de Finkielkraut en marge du cortège parisien

"Sale sioniste de merde, tu vas mourir !", "Retourne dans ton pays !", "sale race". Telles étaient les insultes proférées en marge du cortège parisien pour l’acte 14. Que « sale juif » n’ait pas été littéralement prononcé comme a bien voulu le faire croire Benjamin Griveaux et sa fake news gouvernementale n’enlève rien au caractère antisémite qui sous-tend les diverses insultes. Comme l’explique Le journaliste et historien Dominique Vidal qui collabore avec le Monde Diplomatique : « Quand on lui dit "sale sioniste de merde", on n'est plus dans la théorie politique. C'est juste purement raciste. » Des propos antisémites que nous condamnons fermement.

lundi 18 février

Crédits photo : Denis Allars pour Libération

C’est dans le cadre de l’acte 14 des Gilets jaunes qu’Alain Finkelkraut a tenté d’approcher le cortège des Gilets jaunes. Sortant d’un taxi dans le XIVe arrondissement, Alain Finkielkraut a été pris à partie en marge du cortège parisien puis insulté notamment de « sale sioniste de merde » par quelques gilets jaunes. Finkielkraut a donc dû rebrousser chemin.

Retour sur les faits

C’est le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux qui a été le premier à dégainer en affirmant qu’Alain Finkelkraut avait été hué aux cris de « sale Juif ». Une fake news qu’Aude Lancelin, journaliste du média, a relevé en pointant que « cette phrase est inaudible dans la vidéo ». Mais que dire lorsque c’est le principal intéressé Alain Finkelkraut qui dément en public la fake news sur une télévision de grande écoute : « Benjamin Griveaux a protesté en disant que j’avais été traité de sale juif. Je comprends très bien sa protestation, je suis ému par le témoignage de solidarité qu’il a manifesté, mais on ne m’a pas traité de sale juif ».

C’est ce que confirme le Check News de Libération, qui a contacté l’un des journalistes ayant filmé la scène, il n’est pas possible d’entendre clairement l’insulte « sale Juif ».

Pour autant, on entend un flot d’insultes contenant notamment « sale sioniste de merde », « retourne dans ton pays ! », « sale race » ou encore « Rentre chez toi Rentre chez toi en Israël. La France est à nous. Rentre à Tel-Aviv ! ».

Mais s’il ne nomme pas explicitement « les Juifs », comme a bien voulu l’entendre le porte-parole du gouvernement, ce flot d’insultes a un caractère antisémite comme l’affirme le journaliste et écrivain Dominique Vidal, collaborateur du Monde diplomatique et auteur de l’essai Antisionisme = antisémitisme ? Réponse à Emmanuel Macron (éditions Libertalia). « Quand on lui dit "sale sioniste de merde", on n’est plus dans la théorie politique. C’est juste purement raciste », affirme-t-il. « Aucune insulte n’est antisioniste. L’insulte est forcément antisémite », explique-t-il avant. Dans le vocabulaire "Juif" est devenu "sioniste". Il explique que « les deux termes tendent à être confondus, notamment à cause de l’emploi qu’en font Dieudonné et Alain Soral. Il s’agit d’un « passe-passe linguistique » pour leur éviter toute condamnation judiciaire. »

Ainsi ces insultes sont à condamner en tant que telle, à savoir des insultes à caractère antisémites et racistes.

Ces insultes antisémites ne peuvent être ni justifiables ni amoindries par le contexte à savoir le caractère de provocation de la venue même d’Alain Finkelkraut. C’est même un proche du président, l’avocat Jean-Pierre Mignard, ancien responsable du comité d’éthique des campagnes présidentielle et législatives, proche de François Hollande et soutien d’Emmanuel Macron qui affirme lui-même le caractère de cette provocation : « Alain Finkielkraut se fait huer lors de sa présence le long du cortège (…) . On s’émeut sur les plateaux. Bon d’accord mais il n’a pas été, et heureusement frappé. Ce qui aurait tout changé. Là il doit être content. Il le cherchait. On l’avait oublié. C’est réparé ». La réaction a immédiatement déclenché un tollé et un rétropadalage en forme.

Plus encore, Alain Finkelkraut n’en est pas à sa première provocation. Non seulement, il se sait détesté par le mouvement social, mais plus encore il en a déjà fait l’expérience en 2016 lors du mouvement contre la loi Travail. Déjà, un flot d’insultes avait alors accueilli le philosophe. Place de la République, il était expulsé manu militari par les manifestants. En plus du lot d’insultes, il y avait même eu des tentatives de crachats. « Saloperie ! », « Fasciste ! », « Facho ! », « Casse-toi ! », « Bouge ! ». « Je me suis fait cracher dessus », déclarait-il en quittant la place.

Le gouvernement et les médias amalgament les Gilets jaunes à un mouvement antisémite

Du côté du gouvernement, l’aubaine était trop belle. Depuis, la publication, il y a plus d’une dizaine de jours, des chiffres montrant une hausse très importante des actes antisémites en France, il n’a eu cesse d’instrumentaliser l’antisémitisme pour teinter de « brun » le mouvement des Gilets jaunes dans son ensemble. Les médias y sont allés aussi fort. Ainsi pour France Inter, « gilets jaunes » et antisémitisme ne font qu’un. Plus grossier encore, le gouvernement a oublié judicieusement de préciser que la hausse des actes antisémites en France était déjà en très forte hausse (+ 69 %) sur les neuf premiers mois de 2018, à savoir de janvier à septembre. C’est le premier ministre Edouard Philippe, lui-même, qui s’en alarmait dans une tribune publiée vendredi 9 novembre sur Facebook.

Le trait d’union a été tracé par les médias et le gouvernement, prompt à instrumentaliser la lutte contre l’antisémitisme en l’amalgamant avec l’antisionisme – qui n’est selon eux qu’une « nouvelle forme » d’antisémitisme. A tel point que certains députés envisageraient de faire de l’ « antisionisme » un délit, paraphrasant ainsi Macron, lorsque celui-ci affirmait, le 16 juillet 2017 en commémorant le 75e anniversaire de la rafle du Vél d’Hiv à Paris, que l’antisionisme était l’antisémitisme "réinventé" . Pourtant, comme l’affirme Dominique Vidal, « l’antisionisme est une pensée politique et n’a donc rien à voir avec le fait de développer la haine des juifs ». Pour le gouvernement, et les grands médias, cette instrumentalisation des actes antisémites est une occasion de faire accepter l’amalgame entre critique du sionisme et antisémitisme.

Dès lors pour le gouvernement, il s’agit d’en finir avec les Gilets Jaunes, et de salir pour de bon le mouvement en l’amalgamant de manière durable avec la couleur « brune ». Dans ce cadre, participer au rassemblement place de la République appelée par le PS, avec un spectre large des partis, et en présence du Premier ministre, participe à cette instrumentalisation de l’antisémitisme.




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