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Insultes contre April Benayoum : non à l’antisémitisme et à l’instrumentalisation islamophobe !

Après que April Benayoum, Miss Provence, ait évoqué ses origines israéliennes lors de l’élection de Miss France, des insultes antisémites ont envahi les réseaux sociaux. Une vague de commentaires racistes inacceptables, que le gouvernement, la droite et l’extrême-droite ont instrumentalisé immédiatement à des fins islamophobes.

mardi 22 décembre 2020

Crédits photo : AFP

Lors de son discours de présentation lors de l’élection de Miss France ce samedi, April Benayoum, Miss Provence, a évoqué le fait que son père était israélien. Ce simple fait a provoqué une déferlante antisémite sur les réseaux sociaux de la part d’internautes fustigeant ses origines. On a ainsi pu lire sur Twitter des mots violents et scandaleusement racistes, comme le « Tonton Hitler t’as oublié d’exterminer miss Provence » qui a fait le tour de la toile, ou encore « Provence j’arrive pas à la saquer depuis qu’elle a dit qu’elle était israélienne ». Différents internautes ont appelé à voter contre la Miss en raison de son origine, tout en l’assimilant au sionisme et à la politique de l’État d’Israël. Des insultes antisémites que nous dénonçons fermement.

Cependant, le gouvernement et la droite n’ont pas tardé à s’emparer de cette affaire et à l’instrumentaliser, en se drapant des valeurs de l’antiracisme pour mieux pointer du doigt les musulmans et amalgamer antisémitisme et antisionisme. Alors que le gouvernement n’hésite pas à jongler avec l’islamophobie et la xénophobie ces derniers mois avec sa loi séparatisme, Marlène Schiappa a annoncé fièrement avoir signalé cette affaire au Procureur de la République pendant que le Parquet de Paris ouvrait une enquête pour « injures à caractère raciste et provocation à la haine raciale ». Éric Dupont-Moretti a lui aussi jugé bon d’en profiter pour faire la promo de ce projet de loi islamophobe, se targuant du fait que « avec la mesure prévue dans le projet de loi séparatisme, c’est exactement ce genre de haineux que je compte stopper en autorisant leur comparution immédiate. Leurs propos orduriers tenus depuis un canapé doivent les conduire le lendemain devant le juge. »

Plus explicite, la droite a vu dans les insultes proférées contre Miss Provence une occasion de ressortir du placard le spectre du « nouvel antisémitisme ». Un antisémitisme qui serait le fait des musulmans et n’aurait rien à voir avec l’antisémitisme européen historique, évincé comme par magie du tableau. Sur le plateau de RMC, Barbara Lefebvre a ainsi déclaré tranquillement que cette affaire n’était que « le reflet d’un antisémitisme culturel propre à une certaine partie de nos compatriotes musulmans », quand François-Xavier Bellamy, député LR, fervent défenseur de « l’identité chrétienne de la France contre l’utopie mondialiste et l’islamisme militant » et par ailleurs ferme opposant à l’IVG, affirmait sur Twitter que l’origine de cet acte « c’est évidemment un islamisme qui, aujourd’hui, dans beaucoup de nos quartiers, a pris le contrôle des esprits et qui crée la haine et fracture la société ».

Instrumentalisant l’antisémitisme pour attaquer les musulmans, l’idée de « nouvel antisémitisme » avait été particulièrement mise en avant en 2018, dans le sillage de l’assassinat de Mireille Knoll avec la parution d’une tribune – manifeste « contre le nouvel antisémitisme » signée par plus de 250 personnalités. Comme à l’époque, la récupération bat son plein avec une rhétorique qui vise à justifier le racisme contre les musulmans au nom de l’antisémitisme. Une rhétorique qui vise à faire oublier les racines de l’antisémitisme, comme le rappelait en 2018 le Collectif Juifs et Juives Révolutionnaires : « En attribuant aux musulmans la responsabilité de la montée en puissance de l’antisémitisme actuel, il s’agit d’éviter toute mise en cause de la responsabilité du suprémacisme blanc dans l’antisémitisme. En refusant de qualifier les assassins pour ce qu’ils sont, les produits idéologiques du suprémacisme blanc (un système qui diffuse son influence raciste au sein même des minorité qu’il opprime, qu’il s’agisse de la minorité musulmane, de la minorité juive ou de toute autre minorité tellement il est devenu idéologiquement hégémonique), les propagateurs d’une telle théorie empêchent en réalité concrètement et matériellement la lutte idéologique contre l’antisémitisme qu’ils prétendent promouvoir. En opposant lutte contre l’antisémitisme et contre l’islamophobie. En refusant d’identifier le caractère colonial de l’idéologie antisémite, et son rôle de maintien de l’ordre raciste. En travaillant à opposer juifs/juives et musulmans, comme le font leurs alter-égos en miroir inversé qui nient ou minimisent l’antisémitisme au sein de la gauche ou au sein de nos minorités (…). »

En outre, aujourd’hui, si de telles insultes peuvent être proférées en toute décomplexion, c’est dans le cadre du climat raciste ambiant entretenu par le gouvernement, la droite et l’extrême-droite qui, depuis cet été, mènent une offensive islamophobe. A ce titre, inutile de préciser qu’Imane Boun ou Maryam Pougetoux n’ont pas reçu le même soutien lorsqu’elles ont été assimilées à des terroristes ou taxées de faire de l’islamisme pour le simple fait qu’elles portaient le voile. Et pour cause, il s’agit moins pour les réactionnaires de lutter contre l’antisémitisme, que de profiter d’une vague raciste pour continuer l’offensive contre les musulmans.

En plus d’être une opportunité pour attaquer les musulmans, cette affaire a aussi constitué l’occasion pour le gouvernement et la droite d’amalgamer antisémitisme et antisionisme. Prenant prétexte du fait que nombre de commentaires antisémites aient été proférés à partir de l’évocation de l’origine israélienne de April Benayoum, des représentants de la majorité présidentielle ont visé explicitement l’antisionisme. « On voit combien l’antisionisme est une sorte de paravent pour mieux cacher l’antisémitisme » s’est ainsi exprimée Aurore Bergé, député LREM, sur i24, tandis que Sylvain Maillard, député LREM, a profité de l’affaire pour revenir sur la définition étendue de l’antisémitisme qu’il avait portée l’année passée. « Il y a 1 an, l’Assemblée adoptait la définition de l’#antisemitisme que je portais, soutenue par bcp de députés. J’ai subi un torrent d’insultes, de menaces mais les faits le prouvent : l’antisionisme est une forme d’antisémitisme. » a-t-il expliqué sur Twitter.

Une seconde instrumentalisation toute aussi crasse que la première puisque le sionisme désigne l’idéologie au nom de laquelle l’Etat d’Isräel mène une politique de colonisation et d’oppression systématique du peuple palestinien, avec le soutien des grandes puissances impérialistes, l’antisionisme étant ainsi une démarche fondamentalement anti-coloniale et anti-impérialiste. Aussi, si une certaine confusion est parfois entretenue par des idéologues antisémites qui se cachent derrière l’antisionisme, la volonté du gouvernement d’associer les deux, comme il l’a fait en adoptant la définition de l’International Holocaust Remembrance Alliance a une visée liberticide claire, museler tous les militants anti-impérialistes qui dénoncent, entre autre, la politique de l’Etat d’Israël.

Des insultes antisémites visant April Benayoum à l’offensive islamophobe du gouvernement, le racisme doit être plus que jamais combattu. Un combat qui va de pair avec une dénonciation claire de l’instrumentalisation dont font l’objet ces questions par les réactionnaires de tous bords et par le gouvernement, dont les réformes et les déclarations nauséabondes ne font que renforcer le racisme et la polarisation au sein de la population. Les insultes envers Rokhaya Diallo sur le plateau de Sud Radio ou encore les inscriptions racistes sur la mosquée de Beaucaire s’inscrivent dans cette même logique, et il s’agit de les dénoncer fermement et de les combattre.




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