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Politique

Loi de sécurité Globale

Interdiction de filmer les policiers : 11 affaires qui n’auraient pas éclaté sans ce droit

Le gouvernement cherche à restreindre les libertés de la presse en empêchant les journalistes de diffuser des images des forces de l’ordre en action. Révolution Permanente revient sur 11 affaires depuis l’élection d’Emmanuel Macron qui n’auraient pas pu voir le jour si la loi avait vu le jour il y a trois ans.

mercredi 4 novembre

Crédit photo : Un pays qui se tient sage, Le Bureau, Jour2fête

1. 1er mai 2018 : Alexandre Benalla tabasse des manifestants place de la Contrescarpe

C’est sûrement l’affaire la plus emblématique du quinquennat en termes de violences policières : le 1er mai 2018, en pleine manifestation pour la Journée Internationale des droits des travailleurs, Alexandre Benalla, alors conseiller du président, s’était amusé à se déguiser en policier pour frapper des manifestants. Une affaire qui a éclatée suite à une vidéo de Taha Bouhafs, qui pourrait aujourd’hui être poursuivi pour avoir filmé la vidéo à l’origine de la première grande crise de la macronie.

2. Geneviève Legay, 77 ans, écrasée par une charge de police lors d’une manifestation Gilets-Jaunes

Le 23 mars 2019, en plein mouvement des Gilets Jaunes, une nouvelle affaire de violences policières fait scandale. Geneviève Legay, militante Attac de 77 ans, est écrasée par une charge de CRS et a du être hospitalisée. Emmanuel Macron avait alors expliqué que « quand on est fragile, qu’on peut se faire bousculer, on ne se rend pas dans des lieux qui sont définis comme interdits et on ne se met pas dans des situations comme celle-ci ». Une position l’incriminant, suivie par le procureur de Nice, avant que ne soit révélé que ce dernier avait délibérément menti pour protéger le président. Le 26 mai dernier, la journaliste de Médiapart à l’origine de l’affaire a été convoquée par l’IGPN.

3. « Voilà une classe qui se tient sage » : 146 lycéens interpellés à Mantes-la-Jolie

Quelques jours après le début du mouvement des Gilets-Jaune, des lycéens bloquent leurs lycées en solidarité avec le mouvement. A Mantes-la-Jolie, en banlieue parisienne, 146 lycéens sont interpellés, mis à genoux, les mains sur la tête, menacés par des policiers, qui, dans une vidéo, commentent : « voilà une classe qui se tient sage ». Quelques semaines après, deux verdicts tombent : un lycéen prend six mois fermes pour justifier les exactions policières et l’IGPN déclare qu’il n’y aucune faute de la part des policiers.

4. Fête de la musique 2019 : Steve Caniço meurt noyé après une charge policière

Une chanson antifasciste diffusé sur les Quais de Loire à Nantes lors de la fête de la musique et la police charge la foule. Bilan : Steve Caniço, 24 ans, tombe dans la Loire et se noie. Pendant plusieurs semaines, la police atermoie, ne retrouvant son corps qu’un mois plus tard. Lors de sa disparition, la préfecture nie le fait même qu’il y ait eu une charge policière contre la soirée. Pourtant, de nombreuses vidéos montrent des tirs de grenade lacrymogènes, de grenades de désencerclements. Sans celles-ci, la préfecture aurait surement pu maintenir sa version.

5. Cédric Chouviat, mort asphyxié en criant aux policiers « J’Etouffe ! »

Le 3 janvier 2020, Cédric Chouviat, livreur, est arrêté par la police. L’intervention policière, filmée, montre trois policiers exercer un placage ventral –la même technique qui a abouti à la mort d’Adama Traoré et de George Floyd– qui va aboutir à la mort du père de famille de 42 ans. Durant son interpellation, l’homme aura répété sept fois « j’étouffe » aux policiers qui continuent à l’empêcher de respirer.

6. La Pitié Salpétrière : la fake news de Castaner dénonçant une attaque contre un hôpital

1er mai 2019 maintenant, le ministre de l’intérieur d’alors, Christophe Castaner, dénonce une « attaque contre un hôpital » et une « agression du personnel soignant ». En réalité, les manifestants ont été forcé par une charge de voltigeurs de tenter de fuir par l’hôpital le plus important de Paris intra-muros, s’introduisant dans l’hôpital. Mis à terre, menotté, ce sera grâce aux témoignages et vidéos récoltées par RévolutionPermanente que la fakenews du ministre sera dénonçée.

7. « Un bicot ça ne nage pas » : quand la police s’amusait d’une noyade à Saint Denis

C’est une nouvelle fois une vidéo publiée par Taha Bouhafs qui avait permis de dénoncer une arrestation à l’Ile-Saint-Denis, en mai dernier. Après une interpellation raciste, un homme se jette dans le Seine pour échapper à l’interpellation. Rattrapé, les agents de police rient au moment même où celui-ci est tabassé par leurs collègues, se fendant de « blagues » racistes comme « Ahah ça coule. Tu aurais du lui attacher un boulet au pied. », ou encore « un bicot comme ça, ça ne nage pas ». Le policier, jugé aujourd’hui pour injure raciste, s’en serait sorti sans aucune plainte si une telle vidéo n’avait pas été publiée sur les réseaux sociaux.

8. Même jour, même heure, un CRS lance un pavé sur les manifestants

Pas de blessés avéré cette fois, mais une image qui ne pourrait aujourd’hui plus être diffusée sur les réseaux sociaux ou la presse : celle d’un CRS ramassant un pavé pour le lancer sur les manifestants ! Sa hiérarchie était allée jusqu’à défendre son geste, expliquant que « cela peut-être de la légitime défense ». Un des rares policiers à être condamnés pour violences, il n’avait cependant écopé que de trois mois avec sursis, tout en restant en poste.

9. Jérôme Rodrigues, figure des Gilets Jaunes, éborgné par un tir de flashball

26 janvier 2019, une des figures du mouvement des Gilets Jaunes, Jérôme Rodrigues, est sur la place de la Bastille, en pleine manifestation. Une charge de CRS, un tir de LBD, et le gilet jaune perd son œil. L’exécutif nie dès le soir même dans les médias qu’il y ait eu un tir de LBD. L’IGPN va même jusqu’à dire que le sang recueilli sur la balle de LBD remis par Jérôme Rodrigues dans le cadre de l’enquête n’est pas le sien ! Une version qui ne pourra être démentie que par un reportage de Quotidien, qui fait bien état d’un tir de LBD au moment où Jérôme Rodrigues perd son œil.

Laurent Nuñez affirme qu’il n’y a pas eu de tir de LBD place de la Bastille samedi au moment où le gilet jaune Jérôme Rodrigues a été blessé à l’oeil.

C’est faux et nous pouvons démontrer le contraire. ?

Publiée par Quotidien avec Yann Barthès sur Mardi 29 janvier 2019

10. Les violences policières quotidiennes dans les quartiers populaires

Combien d’affaires de violences policières dans les quartiers populaires ont pu être mis sous la lumière grâce à la présence de photos et de vidéos ? Le nombre est incalculable, tant ces affaires se suivent et se ressemblent tristement… Une impunité policière qui persiste malgré ces vidéos, et qui ne manquera pas de se renforcer si celles-ci ne sont jamais diffusée. Que ce soit à la Goutte d’Or (Paris), à Saint Denis, aux Lilas, ou à Lyon, ces violences sont quotidiennes ne pourront demain plus être dénoncées vidéo à l’appui.

11. Les démantèlements des camps de migrants et les violences racistes dans ceux-ci

Frapper des exilés qui fuient la guerre et la misère, détruire leurs fragiles tentes, éteindre les feux qu’ils ont allumé pour se réchauffer ou jeter leurs quelques biens : autant d’exaction auxquelles se sont livrées les forces de l’ordre lors des nombreuses évacuations des camps de migrants. Autant de violences, contre les plus démunis de notre société, qui demain seront d’autant plus invisibilisées, laissant toute latitude aux policiers pour faire ce qu’ils veulent, et condamner quiconque aurait le malheur de le dénoncer.




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