^

Politique

Islamophobie

« Listes communautaires » : la nouvelle offensive islamophobe et anti-démocratique du gouvernement

Après avoir ouvert les vannes de l'islamophobie avec son appel à combattre « l'hydre islamiste » par la délation, Macron tente de temporiser en recentrant son discours sur une lutte contre le « communautarisme ». Le débat ouvert autour d'une possible interdiction des listes « communautaires » constitue en réalité une nouvelle attaque islamophobe et anti-démocratique.

vendredi 18 octobre

Si l’Elysée assure que la ligne de l’exécutif est « claire », une tension s’est néanmoins sentie dans les rangs de la Macronie suite aux propos de Jean-Michel Blanquer sur le voile qui, selon lui, « n’est pas souhaitable dans notre société ». Après coup, des députés LREM ont signifié leur désaccord avec la position du Ministre de l’Education, à l’image d’Aurélien Taché qui prenait ses distances dans Le Point : « Ce n’est pas souhaitable que les responsables politiques s’érigent en théologiens. C’est une véritable erreur de méthode et cela ne produit aucun effet. Encore une fois, si on entretient cette peur ambiante sur la question de l’islam, on en arrive à avoir des comportements comme celui de Julien Odoul. Les propos du ministre amènent de la confusion et, à une époque où certains entretiennent les peurs ». S’en suivra de la part de Blanquer une demande de saisie « de la commission des conflits » du parti. « La question de l’islam et de la laïcité sème le poison de la division au sein de la majorité » nous dit Alexandre Lemarié dans Le Monde.

Si Edouard Philippe a écarté mercredi à l’Assemblée Nationale la possibilité d’une nouvelle loi sur le voile, comme sur les accompagnatrices scolaires, le terrain de « bataille » de l’exécutif sera « politique » et « culturel », dans la droite ligne de la société de défiance et de délation appelée de ses voeux par le chef de l’Etat dans son discours. Ainsi, mercredi, dans un entretien pour Le Parisien, Sébastien Lecornu, ministre des Collectivités territoriales, recourait à la formule usée « des fronts républicains », en vue des municipales, contre des listes « communautaires » telles « l’Union des Démocrates Musulmans Français » Selon franceinfo, Matignon étudierait la proposition de Gérald Darmanin d’étendre « le principe de neutralité » des élus locaux. Nicolas Cadène de l’Observatoire de la Laïcité (un organe gouvernemental) assure quant à lui que le gouvernement travaille à un « renforcement de l’encadrement » des listes « communautaires ». Si le gouvernement pare ses attaques de préoccupations « laïques », c’est spécifiquement aux musulmans qu’il s’en prend. Faut-il ici rappeler les quelques partis d’influence démocratique chrétienne comme le Parti chrétien-démocrate ou en encore le MODEM de François Bayrou ?

Comme le souligne encore franceinfo, aucun fondement juridique ne peut – pour l’instant – faire interdire ce parti sous prétexte religieux. La loi n’interdit pas les partis à caractère confessionnels. L’Union des Démocrates Musulmans Français est d’ailleurs un parti qui se revendique « laïc » mais aussi « anticolonialiste, anti-impérialiste, antisioniste » et vouloir lutter contre l’islamophobie. L’insistance du gouvernement pour stigmatiser cette orientation comme « communautaire » et à bannir en dit long sur le caractère anti-démocratique de cette attaque – on ose à peine imaginer toutes les listes progressistes qui pourront être « encadrées » par le gouvernement sous prétexte de « communautarisme ».

Pour saisir cette séquence orchestrée par le pouvoir en place, il s’agit de rappeler les quelques échéances clés du calendrier politique, telles les municipales qui approchent, dont les résultats seront également significatifs en vue des sénatoriales, aujourd’hui aux mains de la droite, et enfin, la présidentielle de 2022. En effet, les enjeux sont considérables, et les espaces politiques toujours en recomposition. Si l’adversaire d’Emmanuel Macron est déjà tout trouvé – Marine Le Pen et son Rassemblement National – son profil politique reste encore à modeler, entre EELV, une droite en berne, et une extrême-droite à fort potentiel électoral. Ainsi, Macron marche sur les plate-bandes de l’extrême-droite afin d’essayer d’en capter l’électorat.

Dans Les Echos, Cécile Cornudet évoquait la tentation du Président de la République à « construire une campagne sur les insécurités culturelles, économiques, sociales et environnementales ». Toujours dans cette optique de divisions, le monopole des questions de « laïcité » dans les débats politiques tend à marginaliser la question de la réforme des retraites – destinée à remplacer un système de répartition, par un système par points, puis par capitalisation. Cornudet partage les propos d’un membre du gouvernement sur la stratégie à employer : « il faut donc faire de la politique, diviser comme nous l’avions fait sur les cheminots, faire des deals ».

Macron cherche à diviser, mais ses politiques anti-sociales qui attaquent toutes les classes populaires et les opprimés parviennent parfois à faire converger des secteurs de la société qui jusqu’alors se méconnaissaient – comme les gilets jaunes et les quartiers populaires avec le collectif Justice et Vérité pour Adama, qui ont tissé des liens contre la répression. Ici encore, contre les attaques islamophobes de l’exécutif, construisons une mobilisation d’ensemble, pour vaincre toutes les oppressions, dans la lutte contre Macron et son monde, pour une société de l’émancipation.

 Crédits photo : Lanier/Rea




Mots-clés

Macronisme   /    Racisme   /    Emmanuel Macron   /    Politique