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Politique

Racisme d'Etat

Interdiction du voile pour les mères accompagnatrices : au Sénat, LR surenchérit sur la loi séparatisme

La surenchère islamophobe continue dans le cadre de la loi séparatisme. Au Sénat, la droite a amendé la loi en restreignant drastiquement le port du voile dans l’espace public et en l’interdisant pour les mères accompagnatrices.

mercredi 31 mars

Crédits photo : Reuters

Depuis le 30 mars, et jusqu’au 8 avril, le Sénat, tenu par Les Républicains, examine la loi dite « confortant les principes républicains », plus connue sous le nom de loi « séparatisme », qui avait été adoptée en première lecture à l’Assemblée en février. L’objectif affiché de la droite y est de durcir le texte, et de clarifier sa portée anti-musulmans.

Ainsi, au premier jour de discussion, le Sénat a adopté plusieurs amendements qui visent à interdire aux mères voilées d’accompagner des sorties scolaires, à interdire les burkinis dans les piscines publiques et même à interdire, dans l’espace public, le port de signes religieux par des mineurs. Que l’électorat de LR soit rassuré, c’est évidemment bien le voile qui est visé, les enfants de chœur pourront continuer les processions des Rameaux. D’ailleurs, les Républicains se retrouvent vent debout contre le besoin d’autorisation pour la scolarisation à domicile et sont bien décidés amender cette mesure, qui risquerait de toucher les familles catholiques dans un texte pensé pour être une arme contre les musulmans…

En cherchant à radicaliser la base islamophobe du texte, la droite sénatoriale agit comme un révélateur de l’esprit de la loi. Symboliquement en militant pour le retour à l’appellation « loi séparatisme », mais aussi sur le fond, en rappelant son objectif profond : la libération et la normalisation de la parole réactionnaire, le passage à l’acte dans une dimension inédite d’un racisme d’Etat, continuum d’un esprit colonial consubstantiel des classes dominantes françaises, qui vise tant à justifier son militarisme en dehors de ses frontières, que le renforcement de l’appareil policier en interne. La stigmatisation quotidienne des musulmans, dans toutes les assemblées politiques, sur tous les plateaux télé, et la tentative de bâillonner, par la menace de dissolution, toute force d’opposition qui critiquerait d’une manière ou d’une autre l’ordre établi, tout cela est au cœur du projet de loi séparatisme, et des offensives anti-démocratiques macroniennes de la période récente.

Fidèles au « en même temps », qui se résume par faire et dire qu’on ne fait pas, Darmanin et les sénateurs en Marche se sont opposées, aux côtés de la « gauche », aux amendements portés par LR, qui jouaient le remake de leur bataille perdue sur le voile à l’assemblée. Cette opposition de façade est particulièrement hypocrite. Après avoir centré le débat et l’actualité politiques sur le « problème » des musulmans, Darmanin et Macron feignent de s’étonner d’avoir ouvert la porte aux discours les plus réactionnaires. Dans le même temps cette opération permet aux macronistes, véritables pompiers incendiaires, de passer pour l’aile anti-musulman modérée qui peut aller draguer des secteurs de l’électorat de la « gauche » libérale, en essayant, si cela est encore possible, de se faire passer pour le barrage à la vague d’extrême-droite dont ils sont à l’origine.

Le Sénat quant à lui à plein son rôle d’institution conservatrice qui permet une radicalisation d’un projet de loi, déjà abject, adopté à l’Assemblée. Face à ce déchaînement réactionnaire sur le terrain parlementaire, seule une réponse de la rue, du mouvement ouvrier en alliance avec les secteurs anti-racistes pourrait bousculer cet agenda raciste et islamophobe élaboré pour diviser les classes populaires et renforcer l’action répressive de l’Etat. Quand la bourgeoisie veut nous proposer le faux choix de l’alternative Macron-Le Pen, et face à l’attentisme des directions du mouvement ouvrier, il est plus que jamais nécessaire de travailler à l’émergence d’une véritable force de classe qui rejette sans ambiguïté ces attaques et se propose d’organiser la jeune génération militante, ouvrière qui a émergé dans les grands mouvements de lutte des classes de ces dernières années, notamment contre le racisme d’Etat en juin dernier.




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