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Politique

Gilets Jaunes

Interpellé arbitrairement par la BAC lors de l’Acte VI, il raconte ses 46h de garde-à-vue

Nous publions le témoignage de l’un des 109 interpellés de l’acte VI parisien du 22 décembre dernier. Récit de cette arrestation complètement arbitraire de la BAC, avec la violence qui la caractérise, et des 46h de garde à vue qui s’en sont suivi. D’après l’avocate de ce manifestant, avec le mouvement des gilets jaunes, le gouvernement serait en train de mettre en place un nouveau fichage des manifestants qui « rappelle des heures très sombres de notre histoire ».

dimanche 30 décembre 2018

Photo : Serge d’Ignazio

"Paris, samedi 22 décembre.

Il est environ 18h30 quand les flics décident de commencer à vider les rues perpendiculaires aux Champs. Je me retrouve donc repoussé dans une rue, avec une vingtaine de personnes, dispersées. C’est alors que quelqu’un s’écrie « Les flics arrivent ! ». Nous nous engouffrons dans une rue et courrons. C’est alors qu’arrivent à toute vitesse 3 voitures banalisées, qui nous dépassent. Les portières s’ouvrent, et des agents de la BAC en civil, cagoulés, descendent et sautent sur tout le monde.

Comprenant que je suis pris au piège, je lève les mains en l’air. Coups de matraques gratuits, et je me retrouve sur les genoux. Le flic me force à m’allonger par terre, me met des coups de pied dans les côtes, puis m’attache les mains dans le dos avec un serflex. Nous sommes ensuite alignés, mains dans le dos, sur les genoux, tête contre le mur. Le jeune homme à côté de moi a l’arcade éclatée. Les flics s’amusent ensuite, à voix bien haute, à parier sur qui « finira à Fleury ou à Fresnes ».

On nous embarque ensuite dans des fourgons, et on nous débarque au 36 quai des Orfèvres, où nous sommes répartis dans les différents commissariats d’arrondissement.

Je suis poursuivi pour « groupement en vue de commettre des violences », alors même que je tentais seulement de fuir la BAC. En clair, je n’ai rien fait, mais j’aurais potentiellement pu.

Je me retrouve en cellule avec une autre personne arrêtée pendant la manif, et un réfugié gambien en passe d’être expulsé.

Matraques, coups de pieds dans les côtes, arcade éclatée et fichier qui « rappelle des heures très sombres de notre histoire »

Je suis appelé pour être auditionné. Le flic commence, avant que je ne lui rappelle que j’ai demandé à être assisté d’un avocat. Enervé, il me renvoie alors en cellule, me faisant savoir qu’il n’a « pas de nouvelles de l’avocat ».

Je m’entretiens avec mon avocate. Celle-ci me dit alors qu’il « faudra courir plus vite la prochaine fois ». En effet, elle m’explique, que, bien que mes empreintes, photos, et ADN aient été relevés cette fois, cela n’est pas très grave et pourra être effacé, soit au bout de 3 à 5 ans, soit au terme d’une requête écrite, si j’obtiens un non-lieu. Cependant, « cela pourrait être plus grave la prochaine fois ». Elle m’explique que le gouvernement est en train de mettre en place un nouveau fichier servant à « véritablement ficher » les individus, et ce suite à l’émergence du mouvement des Gilets Jaunes. Selon elle, cela « rappelle des heures très sombres de notre histoire ». Elle ne me donne pas plus d’informations, mais elle semble très inquiète, de cela, mais également de l’ampleur de la répression pénale contre tous les gens raflés dans les manifestations.

Mon audition, avec un nouveau policier, débute. Passées les formalités, on me demande d’allumer mon téléphone et de le déverrouiller. Etant données les mesures Vigipirate, je ne sais alors pas si j’ai le droit de refuser. Je déverrouille donc mon téléphone. Le policier ouvre alors l’application SMS, et prend note de tous les SMS datés du jour de la manif, ne se privant pas non plus de remonter un peu plus haut dans les conversations. Il fait de même pour mes photos. Je suis sommé de justifier tous les éléments pouvant sembler un tant soit peu suspects. Il ouvre ensuite l’application Facebook et, ne sachant manifestement pas s’en servir, se contente de noter que je suis abonné à « Révolution Permanente », cela étant la première publication dans mon fil d’actualité.

Relâché au bout de 46h, je m’en suis sorti avec un non-lieu. J’ai volontairement omis de nombreux détails, afin de préserver mon anonymat."

Pour nous transmettre vos témoignages concernant la répression des Gilets Jaunes, ou pour nous faire part des mobilisations ayant lieu dans votre région, nous transmettre récits, photos et vidéos, écrivez-nous par mail à siterevolutionpermanente@gmail.com.




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