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Notre classe

Loi El Khomri. Réunion de l’ensemble des centrales, pour la première fois depuis 2013

Intersyndicale. C’est pas comme ça qu’on va gagner…

mardi 23 février 2016

Dix syndicats réunis pour discuter de la dernière attaque du gouvernement, hier soir. C’était une première depuis 2013. Le rendez-vous avait été donné pour 18h par la CFDT, la CFE-CGC, la CGT, FO, la FSU, Solidaires, l’Unsa, pour ce qui est des salariés, et par l’Unef, l’UNL et la FIDL côté étudiants et lycéens. Le résultat des courses, un texte final bien en deçà des exigences de la situation. Ce n’est pas comme ça que l’on va réussir à faire reculer le gouvernement et lui faire ravaler son projet de loi El Khomri. C’est pourtant urgent…

Jean-Patrick Clech

Le texte qui sera soumis au Parlement par la ministre du Travail est tellement anti-social que même les plus modérés et les plus enclins au dialogue avec Hollande, à commencer par la direction CFDT sans oublier celle CFE-CGC et de l’UNSA, se sont vues dans l’obligation de ruer dans les brancards. Trop, en effet, c’est trop, même pour les plus férus de la négociation au rabais.

Conséquence de cela, pour la première fois depuis 2013, une Intersyndicale avait été convoquée pour le mardi 23 février. L’occasion, pour les équipes militantes, pour les syndicalistes combatifs, pour tou-te-s celles et ceux qui, au quotidien, se battent sur leur lieux de travail, ne pouvait être, au minima, que d’exiger le retrait du texte et de se mettre d’accord sur un plan de lutte pour faire reculer le gouvernement, avec, dans le viseur, au moins une première grève interprofessionnelle.

Ce n’est pas ce qui est sorti de cette Intersyndicale. En fin de réunion, au cours de la soirée, on apprenait que ce sont les plus modérés qui ont fini par remporter la manche, entraînant avec eux la CGT, Solidaires, et la FSU, à l’exception de FO. C’est la donc CFDT qui a réussi à faire primer son point de vue : utiliser l’Intersyndicale comme un simple moyen de pression et laisser ouvertes des portes de sortie pour négocier une « Loi El Khomri allégée ». Aucune décision sur la nature d’une « riposte », grève, manifestation ou initiative commune, n’a été prise. La CFDT était claire dans ses intentions : il s’agit d’abord de « peser pour faire bouger le texte sur certains points clés : plus de sécurisation pour les salariés, plus de dialogue social, c’est-à-dire enlever du texte les trop nombreux renvois aux décisions unilatérales des employeurs ». Voilà la façon dont Véronique Descacq, numéro deux de la CFDT, évoquait les perspectives. Faire bouger les lignes, petit à petit… Une façon de faire une fleur au gouvernement, pour lui laisser gagner du temps.

C’est donc un véritable scandale que le texte final signé par neuf organisations syndicales, à l’exception de FO, s’accorde uniquement sur la question du rejet du plafonnement des indemnités prud’homales, l’un des volets les plus scélérats du texte, mais qui est loin d’être le seul.

Par ailleurs, en guise de date, la seule qui est évoquée est une prochaine réunion le… jeudi 3 mars, pour une nouvelle Intersyndicale. D’ici là, ni plan, ni action. Une bonne façon pour dire au gouvernement « vous avez les coudées franches, pendant ce temps, on attend ».

Au vu de la pétition qui a recueilli 300.000 signatures en un weekend, au vu de la criminalisation du mouvement social accompagnée, néanmoins, des réactions que l’on sait, à commencer par les comités de défense des Goodyear, on était en droit d’attendre de l’Intersyndicale un véritable plan de bataille pour faire reculer ce gouvernement.

La partie, aujourd’hui, n’est pas perdue. A charge des militant-e-s, des équipes syndicales combatives, des sections, UL et UD de tous les syndicats, qui n’entendent pas se faire tondre par la nouvelle Loi Travail des socialistes de réagir. Il en va de même pour l’ensemble des organisations politiques du mouvement ouvrier et de la jeunesse. L’enjeu est de créer le cadre le plus large possible pour exiger le retrait du texte et organiser l’affrontement, comme en 1995 et en 2006. Car comme sous Juppé ou Villepin, il n’est écrit nulle part qu’un texte, parce qu’il est soumis au Parlement, sera adopté. Faire reculer El Khomri, Valls et Hollande, c’est non seulement nécessaire, mais également possible. Il faudra imposer cette perspective à nos organisations pour forcer l’Intersyndicale à respecter le mandat des 300.000 signataires et de tou-te-s celles et ceux, et nous sommes nombreux, qui, tous les jours, sur les lieux de travail et d’étude, militent pour organiser les résistances aux attaques et aux mauvais coups.




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