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Grève pour l'emploi

Interview. A Feyzin, 90% des raffineurs en grève pendant 24h en solidarité avec Grandpuits

Ce lundi, alors qu'à Grandpuits les raffineurs sont en grève reconductible depuis le 4 janvier contre la suppression de 700 emplois, ce sont les salariés de la raffinerie de Feyzin qui appartient également à Total, qui se sont mis en grève en solidarité. Interview de Julien Juanico, représentant syndical Force Ouvrière à la raffinerie de Feyzin (69).

mercredi 13 janvier

La raffinerie de Feyzin, en 2015. Crédit photo : J-P KSIAZEK / AFP

Révolution Permanente : Peux-tu nous raconter comment s’est déroulé la grève à Feyzin ce lundi ?

Julien Juanico : A 14h on est entré en grève à l’appel de Force Ouvrière, avec un taux de 90% de gréviste pour soutenir les copains de Grandpuits en lutte contre le PSE qui prévoit de supprimer 700 emplois sur le site. Au début, on a laissé faire le soi-disant « dialogue social », puisque Total prétend que c’est une valeur du groupe. Mais maintenant on est à moins d’un mois de la fin des négociations sur l’emploi, les mesures sociales d’accompagnement et les choses se passent très mal pour les salariés.

Vendredi, il y a eu un gros clash entre la direction et les organisations syndicales qui se sont retrouvées à la Direccte, afin que l’inspection du travail joue le rôle de médiateur pour trouver une issue au mouvement de grève à Grandpuits qui a commencé le 4 janvier. Cela a fini en eau de boudin, puisque la direction a menacé les grévistes de réquisition avec arrêté préfectoral. Donc nous à Feyzin même si on est pas directement impactés, on est dans un collectif, donc on fait jouer la solidarité et on a appelé à un mouvement de grève de 24h dans un premier temps.

Force Ouvrière représente 13% des salariés de Total en France (sur Feyzin on est à 40%), donc c’était un moyen de nous faire entendre. Il y a déjà eu des plans de suppression d’emplois à Donges, à Flandres, donc aujourd’hui les salariés en ont marre. Il y a beaucoup de mécontentement, et de la part des organisations syndicales il y a beaucoup de communication mais pas encore d’appel à une révolte collective. Donc nous ce qu’on veut dire c’est qu’on est un grand groupe, et si tous les sites mettent un genoux par terre peut-être que le PDG va se gratter la tête en se demandant s’il prend vraiment la bonne direction.

On sait que s’il n’y a que Feyzin, ça ne changera rien. C’est pour ça qu’on a appelé à un mouvement de 24h en espérant que ça fasse effet boule de neige. Si on voit que ça ne prend pas, on sera obligé de rentrer dans le rang mais ça nous ferait mal au cœur.

RP : D’ailleurs, il y a déjà eu un plan de suppression d’emploi à Feyzin il y a peu...

Julien Juanico : Oui, il y en a eu un l’an dernier contre lequel on a fait 50 jours de grève. La direction a supprimé sept postes et fermé une unité de production. Les salariés se sont massivement opposés à ce plan de suppression d’emploi parce que ça fait déjà des années qu’on leur demande de faire des efforts pour faire tourner la plateforme. On connaît la rengaine, à chaque fois qu’il y a une crise on gèle les emplois et on demande aux travailleurs de faire des efforts. Les gens l’ont fait maintes fois et se rendent compte que malgré les efforts qu’ils font, ils sont loin d’être récompensés.

Chez Total aujourd’hui, si les rémunérations restent correctes, on voit quand même que les choses se dégradent : les conditions de travail, car à force de supprimer un poste par-ci un poste par-là, les gens se retrouvent à cumuler plusieurs postes et à avoir de plus en plus de travail. Donc c’est un ras-le-bol général qui fait que l’an dernier on a fait un peu plus de 50 jours de grève. On a pas obtenu grand chose, mais on a montré qu’on ne se laissera pas faire et qu’on ne peut pas nous taper continuellement sur la tête sans qu’on ne dise rien.

RP : Y-a-t-il la crainte qu’après Grandpuits ce soit au tour de Feyzin de subir les suppressions d’emploi ?

Julien Juanico : La crainte je ne sais pas. Maintenant il y a eu des plans de suppressions d’emplois à Flandres, La Mède, tandis qu’à Donges la direction a arrêté le raffinage de pétrole brut tant que les marges de raffinage ne seront pas meilleures, ce qui inquiète beaucoup les salariés. A Feyzin on s’est même fait menacer par la direction parisienne, qui nous a dit qu’on faisait trop souvent grève et que ça ne pouvait pas durer... en oubliant que si on fait grève c’est qu’il y a une raison ! Nous ce qu’on leur demande c’est de remettre en question leur politique sociale. Bien sûr qu’on préférerait que les gens puissent venir travailler avec le sourire.

Après aujourd’hui je n’ai peur de rien du tout. Je sais que Total est un grand groupe et que s’ils veulent fermer une raffinerie ils peuvent s’en donner les moyens, mais on défendra de toute façon nos valeurs, notre outil de travail et nos emplois. Et si demain c’est le tour de Feyzin on se battra pour nos emplois, l’avenir de nos enfants et nos conditions de travail.

RP : Que penses-tu qu’il faut faire pour empêcher les suppressions d’emploi à Grandpuits ?

Il faut que la direction accepte de s’asseoir avec les organisations syndicales autour de la table. On a tous été élus par les salariés, que ce soit FO, la CGT, la CFDT. Donc les revendications qu’on porte sont le fruit des salariés, de ceux qui font tourner l’entreprise, qui créent les richesses.




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