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Interview. Comment ont surgi les manifestations massives contre Bolsonaro au Brésil

Odete Cristina, étudiante en sciences sociales à l'Université de São Paulo, nous parle des attaques du gouvernement de Bolsonaro et raconte comment les étudiants s’organisent dans les universités et les lycées.

lundi 20 mai

En quoi consiste l’attaque en cours du gouvernement Bolsonaro sur l’éducation ?

Tout d’abord, ils ont annoncé une réduction de 30% du budget de trois grandes universités fédérales qui, selon le ministre de l’éducation Abraham Weintraub, faisaient la promotion du « chahut » (désordre) sur leurs campus. « Chahut » serait la promotion d’événements politiques, de manifestations partisanes ou de fêtes. Le parti pris clairement idéologique de la proposition a provoqué beaucoup de bruit et le gouvernement a décidé d’étendre cette réduction à toutes les universités et à tous les instituts fédéraux.

Par ailleurs, il avait déjà déclaré que l’existence de disciplines telles que la sociologie ou la philosophie était "dénuée de sens". Ils ont essayé de faire de la démagogie en disant que la priorité du gouvernement était l’éducation de base. Toutefois, ce domaine a également souffert des coupes budgétaires.

Pourquoi tant de gens sont-ils sortis pour le répudier dans la rue ?

Parce que cela fait presque cinq mois qu’un gouvernement d’extrême droite commet des actes ahurissants. Maintenant, il essaie d’avancer contre les universités parce qu’il sait que ce sont les jeunes qui sont en train de mener les processus les plus profonds de résistance à la crise. Cette question a mobilisé une partie de la population qui, jusqu’à présent, était passive.

Ces coupes budgétaires affectent le fond de soutien et de bourses des étudiants et constituent une attaque directe contre les employés sous-traitants qui travaillent dans des conditions très précaires. La situation est tellement dramatique que certaines universités fédérales peuvent tout simplement fermer leurs portes dans quelques mois.

Nous avons vu qu’il y a eu des assemblées et beaucoup de discussions entre les étudiants et les enseignants, quel rôle ont joué les organisations étudiantes et les syndicats ?

Oui, au cours des dernières semaines, il est devenu évident qu’il y avait une grande volonté de se battre de la part des étudiants. L’Union Nationale des Etudiants (UNE), l’entité maximale de représentation étudiante dans notre pays, a appelé à une mobilisation nationale après plusieurs mois sans rien organiser. Des centaines d’universités, d’instituts fédéraux et d’écoles se sont complètement mises à l’arrêt ; il y a eu des manifestations dans tous les États et dans plus de 170 villes ; plus d’un million de personnes sont descendues dans les rues du Brésil. Il y a également eu une grève des enseignants et des travailleurs de l’éducation.

La direction majoritaire de l’UNE est composée du PcdoB (Parti Communiste du Brésil) et du PT (Parti des Travailleurs), partis d’opposition qui se sont déclarés prêts à négocier certains points de la réforme des retraites de Bolsonaro. La lutte des étudiants doit être liée à la lutte contre cette réforme, qui est l’autre grande bataille de la jeunesse et des travailleurs brésiliens. Malheureusement, mercredi, ces combats ont été séparés.

Une nouvelle grève nationale a été convoquée pour le 30 mai, mais la grève générale contre la réforme des retraites aura lieu le 14 juin. Une occasion manquée d’unifier les revendications. S’ils le font, c’est parce qu’ils sont prêts à négocier avec Rodrigo Maia, le président de la chambre des députés qui promeut la réforme des retraites. Ils cèdent au chantage de Bolsonaro, qui dit que les coupes budgétaires pourraient être annulées si la réforme des retraites était votée.

Quelles sont les perspectives du conflit ?

Je pense que la lutte va continuer au cours des prochaines semaines. Il y a longtemps, nous n’avons pas vu de manifestations aussi massives dans le pays. La jeunesse est très politisée face aux événements majeurs tels que le coup d’État institutionnel, l’avancée de l’autoritarisme judiciaire, l’assassinat de Marielle Franco, la détention arbitraire de Lula et l’un des processus électoraux les plus manipulés de l’histoire de notre pays, qui ont conduit à l’élection de Jair Bolsonaro.

Je suis membre d’un collectif de la jeunesse appelé "Faísca - Anticapitalista e Revolucionária" et du MRT, le Mouvement Révolutionnaire des Travailleurs. Nous luttons dans chaque assemblée dans les écoles, les universités et les lieux de travail pour que l’énergie des jeunes ne soit pas utilisée pour négocier avec le gouvernement. C’est pourquoi notre objectif est de montrer qu’il s’agit d’une même lutte : contre les coupes dans l’éducation et la réforme des retraites.

Depuis Etats-Unis, où Bolsonaro est parti pour un hommage ridicule auquel il n’était pas invité, il a déclaré que les millions qui sommes descendus dans la rue sommes des « idiots utiles ». La seule réponse possible est de choisir entre eux et nous, ce qui signifie qu’il faut rejeter complètement leurs plans d’ajustement. Face à la crise, au lieu de ces attaques, nous devons cesser de payer pour le vol qui représente la dette publique que chaque année paye aux hommes d’affaires et aux grandes banques l’équivalent de 250 fois le budget de la plus grande université du pays.




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