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Interview. Des enseignants en grève contre l’expulsion de familles à Aubervilliers : « nous avons notre mot à dire »

Mardi, le personnel du collège Jean Moulin à Aubervilliers s’est mis en grève et a occupé leur établissement en signe de protestation face à la mise à la rue d’habitants du quartier. Nous avons interviewé un des enseignants ayant participé à l’action.

jeudi 9 juin

Crédit photo : Compte twitter "Auber en Colère"

C’est en réponse à l’expulsion d’habitants d’Aubervilliers vivants en face de leur école, qu’une partie du personnel du collège Jean Moulin ont décidé de débrailler mardi matin, l’action s’est transformé en occupation de l’établissement. Colin, enseignant à Jean Moulin ayant signé le communiqué des personnels s’étant mis en grève a accepté de répondre à nos questions.

RP : Pourriez-vous revenir sur la situation qui vous a poussé à vous mobiliser ?

Colin : Il y a deux semaines nous avons appris que l’immeuble en face de notre collège était frappé d’un arrêté d’expulsion venant de la mairie pour péril imminent, donnant 10 jours aux habitants pour évacuer. Nous l’avons découvert grâce à la mobilisation des habitants qui ont installé des banderoles devant notre collège avec qui nous avons-donc pris contact. Nous nous sommes rendu compte à ce moment que plusieurs élèves vivaient dans cet immeuble et que la mairie n’avait proposé aucune solution de relogement.

Par la suite nous avons organisé une Assemblée Générale des travailleurs du collège et nous avons écrit un courrier à la mairie en demandant à être reçu ainsi que le relogement pérenne de l’ensemble des résidents, sans aucune réponse de celle-ci, ce qui nous a poussé à organiser un rassemblement devant l’immeuble vendredi dernier.

Devant le besoin critique de certaines familles dont celles de nos élèves à trouver une solution et en apprenant que l’expulsion se ferait mercredi, nous avons décidé de poser un préavis de grève pour ce jour et d’occuper le collège mardi soir.

RP : Quelle a été la réaction de la mairie ?

Colin : La maire nous a immédiatement appelé au moment où nous avons prévenu la mairie de notre action alors que cela faisait 10 jours qu’elle nous ignorait. Elle nous a alors expliqué que la mairie n’avait pas vocation à reloger des personnes sans bail et que malgré le fait qu’elle ait la possibilité financière de le faire elle le refuserait pour empêcher que toutes les personnes en difficulté de logement à Aubervilliers pensent que la mairie puisse les reloger. C’est une politique assumée qui ne s’éloigne pas de la ligne habituelle de la mairie qui essaye de diminuer le pourcentage de logements sociaux sur la ville en rasant les logements insalubres pour les remplacer par des logements non sociaux.

RP : Comment s’est déroulé la journée de grève ?

Colin : Nous nous sommes réunis devant le lycée avec plusieurs collègues puis nous nous sommes rendu devant l’immeuble au moment de l’expulsion pour montrer notre solidarité avec les habitants. Puis nous sommes partis en manifestation vers la mairie, accompagnés d’habitants du quartier, de parents d’élèves et de la fédération FCPE.

RP : Quelles sont les suites de la grève ?

Colin : Nous allons organiser une nouvelle assemblée générale demain pour décider des suites de la mobilisation. Elle aura pour but de décider de quelle action nous organiserons pour que les familles de nos élèves et les autres soient reloger sur le long terme.

RP : Est-ce que cette grève en solidarité avec les habitants est une nouveauté ?

Colin : Nous avons régulièrement été amené à soutenir des familles en difficulté de logement notamment à cause des incendies mais aussi certaines se retrouvant dans des cas similaires à celui d’aujourd’hui. Dès que cela touche à des élèves ça touche à l’éducation donc nous essayons d’amener notre parole parce que nous considérons que nous avons notre mot à dire et de prendre part à la lutte.

La nouvelle Assemblée Générale qui se tiendra jeudi au collège, décidera de la forme que prendra la mobilisation pour poursuivre le soutien aux habitants délogés par la mairie.



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