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Jeunesse

La plateforme impulsée par le CCR arrive en tête à la conférence nationale des jeunes du NPA

Interview. « Faire de la politique pour dialoguer avec des milliers de jeunes, construire une jeunesse révolutionnaire »

Ce weekend aura lieu la Conférence nationale de la jeunesse du NPA, en présence de délégué.e.s issu.e.s des quatre coins du pays. Dans cette interview, Marina Garrisi et Guillaume Loic, membres du Courant Communiste Révolutionnaire (CCR) et dont la plateforme est arrivée en tête au sein des assemblées électives locales, reviennent sur le contenu des discussions et les enjeux de cette conférence.

vendredi 12 février 2016

Révolution permanente : Si nous comprenons bien, les militants jeunes du NPA se sont déjà exprimés lors d’assemblées électives locales. Quels sont les résultats du vote des militant.e.s ?

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Marina Garrisi : On y reviendra certainement plus tard, mais cette Conférence Nationale Jeune (CNJ) a été marquée par une certaine dispersion, avec l’existence de 6 plateformes différentes. Celle que nous impulsions (la plateforme « D »), que l’on avait intitulée « Une politique révolutionnaire pour amorcer la reconstruction du secteur jeune », est finalement arrivée en tête avec 31% des voix, devant les cinq autres qui ont récolté entre 5% et 20%. Il est important de remarquer que la plateforme impulsée par l’ancienne majorité du NPA est arrivée en dernier.

R.P. : Comment interprétez-vous l’évolution dont témoignent ces résultats ?

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Guillaume Loïc : Il faut dire d’abord que ces scores témoignent d’une dynamique de terrain et de moyen terme, si bien que notre progression comme Courant Communiste Révolutionnaire, si elle est marquante pour une sensibilité qui était encore récemment très minoritaire, n’est une surprise que pour celles et ceux qui ne connaissent pas le secteur jeune de l’intérieur. Bon, j’admets que ça fait malheureusement beaucoup de monde (rires).

Mais la clé, c’est d’analyser les choses d’un point de vue politique. La crise du « vieux » secteur jeune, c’est d’abord la crise de l’anticapitalisme dans la jeunesse. Par là je ne veux pas désigner un sentiment général d’opposition au système, qui n’a pas cessé d’exister, mais ce projet politique particulier qui a guidé la majorité initiale du NPA. En ce qui concerne la jeunesse hexagonale, qui a vécu une décennie intense sur le plan des mobilisations durant les années 2000, cet anticapitalisme a pu canaliser, au lancement du NPA en 2009, le désir d’un secteur relativement large d’étudiant.e.s ou de jeunes travailleur.e.s de poursuivre ses expériences de lutte sur un terrain nouveau, plus directement politique.

Mais cette impulsion initiale a vite été confrontée aux difficultés, à l’absence de réponses suffisamment précises à une conscience politique qui n’était plus portée « facilement » par le mouvement réel, mais devait faire face au défi d’assurer sa continuité dans une phase de recul qui exigeait d’elle de clarifier sa stratégie, son programme, ses objectifs en tant qu’organisation. Sans AG régulières et massives, sans facs bloquées, sans les dizaines de milliers de jeunes salarié.e.s précaires du CPE, les questions fondamentales de définition de notre projet révolutionnaire devenaient désormais inévitables, et je pense que la première erreur du secteur jeune dans lequel je suis entré en 2010, en plein mouvement contre la réforme des retraites, est d’en être resté à l’indétermination initiale sur le plan stratégique.

Ce flou, qui se voyait peu dans les premiers mois du NPA, est devenu peu à peu fatal, car il ne nous permettait pas de répondre précisément aux problèmes posés à notre génération, qui avait énormément combattu sans parvenir à vaincre, ni à celle qui s’est politisée sous Hollande, dans une plaine bien plus morne mais pas sans radicalité. En un mot et pour ajouter un point aujourd’hui incontournable, les révolutionnaires ne sont pas libres de leurs positions politiques : la réalité trie, nous donne tort ou raison, et notre qualité doit être de tirer les leçons qu’elle nous impose.

C’est le cas avec la discussion qui a agité le NPA, et son secteur jeune, sur le rapport aux réformistes « nouveau style » des dernières années. Il y a à peine plus d’un an, Alexis Tsipras était élu Premier ministre. Il lui a fallu six mois pour trahir définitivement, capituler et endosser la plus dure politique d’agression envers les travailleurs et le peuple grec depuis le début de la crise.

Pour les camarades qui souhaitaient que les anticapitalistes se placent à l’intérieur de Syriza, et voyaient son gouvernement comme une étape positive, le verdict est sans appel. Il ne peut pas être question de construire une organisation qui se revendique d’en finir avec le capitalisme sans entériner cette expérience, et réaffirmer la nécessité pour les exploités et les opprimés de se doter de leur propre parti, en toute indépendance, structuré autour de la préparation d’un combat qui se situe sur le terrain de la lutte des classes, et pose la question de l’expropriation, de l’insurrection. Il en va de notre crédibilité, auprès de la jeunesse qui se politise aussi !

M.G. : Je suis d’accord avec ça, et je voudrais compléter à partir de mon expérience de militante à la fac du Mirail (aujourd’hui Jean Jaurès) à Toulouse. J’ai rejoint le NPA et le CCR à travers la grande mobilisation qui s’est développée chez nous l’an passé, après l’assassinat de Rémi Fraisse par la police. Pendant près de deux mois, l’université vibrait au rythme des AG qu’on organisait une à deux fois par semaine, et qui ont réuni jusqu’à 1600 étudiants au plus fort du mouvement. Toute la ville était touchée par la mobilisation, avec des manifestations tous les samedis, et chaque fois un dispositif policier et militaire spectaculaire.

Ce processus de lutte passionnant est le plus important qui ait eu lieu dans la jeunesse depuis la précédente CNJ, et il est venu mettre à l’épreuve les différentes positions défendues par le secteur jeune. Pour faire bref, je trouve qu’il y avait deux écueils dans lesquels les uns et les autres tombaient.

Le premier a consisté, pour des camarades venant de la tradition des Jeunesses Communistes Révolutionnaires, qui animent de longue date une tendance de gauche dans l’Unef, à vouloir à toute force rabattre l’état d’esprit des étudiants sur des problématiques matérielles, syndicales, et notamment la question budgétaire. Cette politisation demandait qu’on soit capable de dialoguer avec elle, en partant de ses préoccupations pour lui proposer des objectifs y compris concrets, un programme.

Le second écueil, de mon point de vue, est celui qui se retrouve chez les camarades qui pensent que pour se faire une place dans une telle mobilisation, les révolutionnaires devraient adapter leurs idées et leurs méthodes, alors justement qu’un phénomène comme les ZAD démontre qu’un secteur de la jeunesse se pose la question stratégique, qui est la plus importante pour nous.

Au contraire de cette adaptation, si nous avons pu convaincre toute une série de nouveaux camarades de nous rejoindre à travers ce mouvement, c’est parce qu’on a pu combiner la démonstration pratique de notre utilité, avec des discussions offensives où nous défendions notre perspective révolutionnaire, la lutte des classes, l’organisation, etc. Il fallait à la fois construire le mouvement à l’échelle de tout le Mirail, ses facultés et départements, contre les « anti-bloqueurs » et contre la Présidence de Jean-Claude Minnovez qui jouait les arbitres pour mieux imposer la fin de la partie, et discuter en profondeur avec les conceptions zadistes, les illusions réformistes, ou les idées des appellistes qui s’inspiraient du nouveau livre du « comité invisible », A nos amis.

R.P. : Venons-en à la situation actuelle. Est-ce qu’une place existe pour une jeunesse révolutionnaire face à l’état d’urgence, à la guerre, etc. ?

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M.G. : C’est justement pour ça que je revenais sur notre expérience toulousaine. Je suis persuadée que oui, et même une place de choix ! Si on se penche sur la situation, on constate d’une part que le tournant bonapartiste en cours ne laisse pas indifférent tout un secteur de la jeunesse, qui est pris d’un sentiment juste autour de la nécessité de défendre les libertés démocratiques, et d’autre part que cette dynamique de politisation se fait essentiellement par en bas, les directions réformistes ayant tellement montré patte blanche, voire collaboré, avec l’état d’urgence et les bombardements, qu’elles ne sont pas en mesure de canaliser la colère que tout cela suscite.

Après avoir voté l’état d’urgence, les députés du Front de gauche viennent de réussir, trois mois plus tard, à s’éclipser en grande majorité au moment du vote de vendredi dernier ! Au moins comme ça les choses sont claires. Et la responsabilité des jeunes révolutionnaires que nous sommes l’est aussi : il faut se mettre, partout où nous sommes, en première ligne de la construction d’un mouvement d’ensemble contre l’état d’urgence et la déchéance de nationalité, en faisant le lien avec l’ensemble des facettes de l’offensive du gouvernement.

On a commencé au Mirail avec deux assemblées générales, la plus grosse ayant rassemblé 250 personnes, un beau cortège étudiant lors de la manif du 30 janvier, et en fondant un collectif Stop état d’urgence sur l’université. Je sais que d’autres facs sont en train de faire de même, comme Paris 8, Paris 1, l’ENS, et c’est une bonne chose. Beaucoup reste encore à construire. Et dans le même temps, la jeunesse du NPA peut se saisir de cette mobilisation pour soulever les questions profondes qui sont posées par la situation, en apportant nos réponses de marxistes et de révolutionnaires. C’est une tâche concrète pour ce WE : lancer enfin une grande campagne des jeunes du NPA contre l’état d’urgence et tout ce qui va avec.

G.L. : Effectivement c’est important de souligner fortement cette possibilité : la configuration est telle qu’il y a à la fois un grand défi et une grosse opportunité pour la jeunesse du NPA. Personne d’autre que nous ne peut se mettre en première ligne, et nationalement, d’une lutte pied à pied contre l’offensive sécuritaire et liberticide dans la jeunesse, en partant des questions démocratiques immédiates pour poser la question de l’Etat, du pouvoir, de qui possède et qui décide dans cette société.

Mais pour cela il faut sortir d’une discussion qui à mon avis a constitué une impasse jusque-là, et qui consiste à ce que, face à la crise qui nous a traversés, chacun se replie sur sa petite routine, et se limite à argumenter autour de sa propre pratique, de sa petite « recette » de construction. Les uns expliquant qu’il faut faire plus de réunions publiques, les autres plus de mobilisations locales, etc. La question qui nous est posée n’est pas de voter pour un « mode d’emploi » militant abstrait qui serait valable partout et tout le temps, mais qu’on fasse de la CNJ un vrai moment de réflexion sur notre intervention dans la situation, le programme à développer dans la jeunesse face à l’état d’urgence, et les idées qu’on souhaite travailler, en sortant définitivement de la fausse discussion syndicalisme versus propagande.

L’an passé, face à la répression subie par un camarade toulousain qui s’appelle Gaëtan, on avait réussi à développer une grande campagne, visible, entrainante, et qui nous permettait de populariser quelques éléments de notre programme. C’est ça qu’il faut apprendre à faire : de la politique, pour dialoguer avec des milliers de jeunes travailleurs ou scolarisés.

R.P. : En quelques mots, que portiez-vous avec la plateforme D en plus de ces grands axes ?

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M.G. : Dans le secteur jeune, on porte de longue date l’idée qu’il faut réussir à incarner une jeunesse solidaire des combats de la classe ouvrière, dans le contexte où les mobilisations des années 2000 comme les courants actuels de politisation, sous le coup de la période d’offensive libérale des dernières décennies, ont souvent combiné une certaine radicalité avec une bonne dose de scepticisme sur la possibilité de reverser ce système et sur le rôle central que la classe ouvrière a à jouer dans ce processus.

C’est un enjeu de qualité, qu’on a cherché à promouvoir en développant un courant de solidarité envers les luttes ouvrières d’avant-garde qui ont pu se développer sous Hollande, des PSA aux postiers, en passant par la grève des cheminots et une série d’autres conflits. C’est donc un axe qu’on continue à porter, notamment autour de la défense des 8 condamnés de Goodyear, à côté d’autres enjeux comme ceux qui consistent à développer plus concrètement l’internationalisme du secteur jeune, ou sa prise en charge de la lutte contre les oppressions et notamment les questions féministes et de genre.

Nous portons aussi l’idée que les révolutionnaires ont une responsabilité aujourd’hui dans le mouvement étudiant, pour reconstruire un syndicalisme de masse et indépendant à la fois, contre la bureaucratie de l’Unef, en surmontant la faiblesse et les divisions actuelles du syndicalisme de lutte ; on serait ainsi bien mieux armés pour les futures mobilisations.

R.P. : Pour finir, quel est l’enjeu de ce weekend à votre avis ?

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G.L. : Il va falloir mener l’ensemble des discussions politiques nécessaires à ce qu’on se réarme et qu’on comprenne collectivement la situation. Mais il y a aussi un enjeu interne, en lien avec la dynamique des débats du parti. Il faut que le weekend serve à dépasser la situation d’émiettement et la dynamique centrifuge des derniers mois. Les camarades qui tirent un bilan commun sur la question essentielle de nos délimitations stratégiques avec les réformistes, et qui se retrouvent autour de la défense d’une candidature indépendante et révolutionnaire du NPA aux présidentielles, doivent pouvoir se regrouper dans le secteur jeune.

Ensemble, cette gauche du parti est largement majoritaire dans le secteur jeune, et elle doit à notre avis se saisir de cette situation pour se fixer une feuille de route commune, à travers laquelle engager une nouvelle dynamique de construction dans la jeunesse. Sans exclusive envers le reste des sensibilités, mais autour des clarifications qui sont aujourd’hui essentielles pour nous mettre à la hauteur des expériences des dernières années et des nouveaux défis posés par la situation. C’est au service de cette perspective que nous comptons mettre les bons résultats de notre plateforme lors de cette conférence nationale.




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