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Politique

Interview. La ZAD de Gonesse expulsée : soyons nombreux au rassemblement à Paris samedi !

Nous avons rencontrés deux militants de la ZAD de Gonesse : ils reviennent pour nous sur l'expulsion du lieu. Face à la répression, rendez-vous samedi matin à 11h devant Stalingrad pour exiger l’abandon du projet de gare du Charles de Gaulle Express !

vendredi 26 février

Crédit photo : AFP

Depuis le 7 février à Gonesse, une ZAD avait été installée pour lutter contre un projet immobilier prévoyant la construction d’une gare du Charles de Gaulle Express. Un projet inutile car il existe déjà le RER B qui assure la liaison entre Paris et l’aéroport. Mais ce projet immobilier cache de futures ambitions d’artificialisation des terres agricoles alentours.

Mardi dernier l’occupation a été expulsée par la police suite à la plainte de Valérie Pécresse , présidente de la Région Île-de-France et de l’Établissement Public Foncier. Malgré l’absence totale de besoins réels qui justifieraient aujourd’hui la construction de la gare, l’État est prêt à tout dans sa folle course au capital.

Mais les militants n’ont pas dit leur dernier mot, l’abandon de ce projet de gare et l’arrêt définitif de l’artificialisation des terres agricoles particulièrement fertiles de ce territoire n’est pas une option, mais une nécessité. Nous avons interrogé des militants présents lors de l’intervention policière de ce mardi.

RP : Vendredi dernier, le tribunal de Pontoise ordonnait l’expulsion de la ZAD, sous une astreinte de 500 euros par jour de retard. Mardi matin à l’aube, les gendarmes sont arrivés par dizaine afin de procéder à l’expulsion des militants sur place. Comment s’est passé l’expulsion ?

T. : Depuis la décision du tribunal et le passage de l’huissier, nous avions renforcé les tours de garde. Ce matin-là, c’était mon tour de garde. Sur les coups de 6h30-6h45, j’ai observé une voiture suspecte stationnée au rond-point qui permettait l’accès à la ZAD. Je suis vite revenu à l’intérieur du camp, et ensuite tout s’est passé très vite. Les camions de police sont arrivés par dizaines et nous ont encerclés. Je suis allé récupérer le sifflet qui avait été mis en place en cas d’intervention policière et j’ai réveillé tout le monde. Malgré les barricades de fortune que nous avions disposé aux portes, en 5 min, ils étaient tous entrés. Il y avait des dizaines de gendarmes, mais aussi la BAC et des policiers en civil. Tout le pâté de maisons aux alentours était cerné. Tout le monde était plus ou moins tétanisé, stressé. Nous avons été pris au dépourvus. Ils étaient trop nombreux. Certains ont réussi à s’enfuir comme moi et a aller se planquer chez les voisins, mais la majorité se sont regroupés au centre de la ZAD en protestant de manière pacifique et en s’accrochant. Les moyens mis en place pour l’expulsion étaient disproportionnés et aucune action n’était envisageable.

N. : Il s’est ensuite suivi toute une journée de GAV. Un bus nous était réservé pour nous emmener au poste. En guise de menotte, on avait des cerflexs que nous avons pour la majorité enlever dans le bus. Presque ridicule. Nous étions 13 dans la cellule.
Seulement vu les circonstances et les enjeux d’une ZAD, première en île de France, il ne fallait pas que ça se sache, c’est signe qu’il y a un problème. Ils avaient en effet le mot d’ordre de ne pas faire de cette expulsion trop de bruit, ça serait aberrant pour eux. Aujourd’hui, un pote a voulu aller prendre des photos de ce qu’il reste de la ZAD. Sur place, le lieu est encore complètement bouclé par des flics et des vigiles privés mettant la pression à quiconque voulant s’approcher. Mon pote s’est fait agressé verbalement par les vigiles qui l’ont obligé à rebrousser chemin. De plus, aucun nom d’entreprise apparaît sur les habits des vigiles, ni sur leurs voitures. Tout ça, ça montre que nous ne sommes pas en démocratie. Mais malgré leur volonté d’invisibiliser ce qui se passe à Gonesse, ils n’ont pas réussi.

T. : Le pouvoir voudrait enterrer cette lutte. Il n’y a aucune poursuite pour les 25 militants, seulement des avertissements et des rappels à loi, histoire de dire « nous avons été cléments avec vous, maintenant arrêtez cette histoire ». Mais nous, on ne lâchera rien tant qu’ils ne lâcheront pas la ligne 17, projet qui n’a aucun fondement.

RP : Après la destruction de la ZAD, quelles perspectives face au projet de construction de la gare du CDG Express ?

D.  : Malgré la destruction de la ZAD, il va de soi que l’engagement que nous avons pris reste entier et se renforce. Il a été décidé à la ZAD d’ouvrir une enquête citoyenne sur les gros enjeux financier qui entourent la constitution d’une gare du Grand Paris Express : où va l’argent ? D’où vient l’agent ? Tenter de décortiquer le montage financier du Grand Paris express et des entreprises travaillant pour. La ZAD a pris conscience de son rôle politique à l’échelle nationale : grâce à la ZAD, le sujet des terres de Gonesse est devenu d’actualité ce qui a fait renaître le débat au niveau des ministères. Les propositions qui paraissaient extrémistes sont revenues dans le débat public. Cela a occasionné une prise de conscience des problèmes de la gare et de la ligne 17.

T. : La ZAD de Gonesse, c’est historique : c’est la première en île de France. Le retentissement au niveau politique est énorme, et ça a donné beaucoup de courage ; ça a permis de montrer à pas mal de gens que cela été possible. Il faut donc poursuivre dans ce sens et ne rien lâcher. Il faut essayer d’aller sur un autre terrain de lutte, notamment à Saclay où les terres agricoles sont également menacées par la ligne 18. Pourquoi pas faire une autre ZAD ? On a mis un pied dans la porte et le but c’est de défoncer cette porte.

N. : Il faut que tout le monde se réveille, ça nous concerne tous, surtout les habitants de Paris, c’est l’avenir de la ville qui est en jeu. Il faut que tout le monde prenne conscience que la sur-urbanisation va poser un problème plus rapidement que ce que l’on pense. On n’a plus le temps. C’est une urgence de ne pas laisser se faire la gare et la ligne 17 et détruire des terres aussi belles.

Il est donc important de se mobiliser aux côtés des militants écologistes réprimés par l’État alors qu’ils défendent l’environnement et les intérêts des habitants d’une des dernières zones agricoles autour de Paris encore épargnée par la bétonisation.

Un rassemblement est appelé aujourd’hui 26 février à 12h30 devant la préfecture de Cergy contre l’expulsion de la ZAD, et un second samedi matin à la station Stalingrad à 11h pour exiger l’abandon immédiat de la construction de la gare du CDG Express et de la ligne 17. Il faudra être nombreux pour construire le rapport de forces nécessaire pour faire abandonner le projet !




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