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Interview de Benjamin, gréviste à la FNAC Champs-Élysées

Interview. Les salariés de la FNAC Champs-Élysées appellent à un rassemblement après 50 jours de grève

Les salariés de la FNAC Champs-Élysées sont en grève depuis presque deux mois. Dans la plus longue grève de l’histoire de la FNAC Champs-Élysées, les grévistes restent déterminés. Ils sont tous les jours présents au piquet de grève et continuent de se battre pour la réévaluation de la prime amplitude, l’équité salariale avec les travailleurs d’autres FNAC, ainsi que pour le maintien des salaires à 100% lors des congés maternités et accidents de travail. Ils appellent à un grand rassemblement ce mercredi à 18 heures devant le magasin de la FNAC Champs-Élysées, pour montrer à la direction qu’ils ne sont pas isolés et qu’ils ne baisseront pas les bras. Tout le soutien aux grévistes de la FNAC ! Propos recueillis par Laura Varlet

lundi 30 janvier 2017

Révolution permanente : Est-ce que tu peux nous raconter où en est votre grève actuellement ?

Benjamin : Nous sommes à notre 49e jour de grève aujourd’hui et on continue. Samedi 21 janvier, on avait fait un rassemblement devant le magasin des Champs-Élysées avec des nombreux soutiens extérieurs, et puis on a décidé d’aller chercher la solidarité dans d’autres FNAC, donc on est partis au magasin FNAC de Saint-Lazare]. On est restés une heure, on a diffusé un tract et on a pris la parole avec le mégaphone, ce qui nous a permis de nous adresser aux collègues et aux clients. On a été plutôt bien accueillis, notamment par les collègues des caisses, de l’accueil, des produits éditoriaux. Ensuite, dimanche 22, on avait organisé un black-out, c’est-à-dire qu’on proposait à tous les salariés du magasin des Champs de quitter leur poste pendant une heure, de 16 heures à 17 heures, pour nous rejoindre. Cette action a été très suivie, avec une grosse mobilisation et même des collègues qui ne montaient jamais. Ce jour-là la mobilisation a été forte, fondamentalement pour deux raisons. Ils nous ont dit qu’ils n’avaient pas bien reçu l’ultimatum de la direction suite à leur dernière proposition, car ils nous ont dit « on rehausse la prime de 10 euros, mais c’est notre dernière et ultime proposition », en nous disant clairement que si on l’acceptait pas, il n’y aurait rien du tout et que le dialogue serait rompu. La plupart des salariés du magasin ont compris que ce chantage n’est pas normal, que ce n’est pas ça une négociation. En plus de ça, le matin même, les chefs sont venus faire le débriefing habituel où ils nous communiquent des chiffres sur les ventes, où ils cherchent à motiver les gens, etc. Ce dimanche-là, le débriefing tournait autour de l’action de black-out qu’on préparait, et les chefs ont débarqué avec l’ordonnance du juge, en disant que lorsqu’on faisait grève il y avait des grosses conséquences, en menaçant les salariés. La réaction des travailleurs a été nette, ils ont très majoritairement suivi notre appel au « black-out », donc au final le coup de pression s’est retourné contre la direction.

Hier, on a aussi fait un rassemblement devant le magasin. On avait invité des amis à venir jouer de la musique, donc cela a permis de rassembler du monde, de remplir la caisse de grève, et de passer un bon moment avec les collègues. L’intérêt a aussi été de montrer que malgré les pressions de la direction, l’absence de dialogue social, et les répercussions financières d’une grève qui dure si longtemps, nous gardons le sourire et ne perdons pas notre motivation.

RP : Quel est le soutien que vous avez des collègues ?

B : On a beaucoup de soutien de la part de nos collègues. Entre ceux qui montent nous voir régulièrement, ceux qui ne montent pas trop parce qu’ils ont peur de perdre leur boulot mais qui sont solidaires, qui nous encouragent, en nous donnant de l’argent pour la caisse de grève, il est clair qu’on a beaucoup de soutien et c’est très important. Il faut voir qu’il y a énormément de pression de la part de la direction, limite du harcèlement. Et il y a aussi le côté financier, sachant qu’il y a beaucoup de travailleurs qui ont des familles, des loyers à payer, et beaucoup sont en temps partiel… La direction joue vachement là-dessus. On discute beaucoup avec nos collègues, il y en a qui montent nous voir pendant les horaires de pause, et c’est clair que plus la grève est dure et longue, plus ils se rendent compte que notre combat est légitime et respectent la ténacité des grévistes.

RP : Vous êtes allés sur le piquet de grève des cheminots, vous êtes allés voir les postiers de Clamart en grève, pourquoi ?

B : C’est à partir de l’expérience même de cette grève, des discussions que nous avons pu avoir avec des militants et des gens qui nous soutiennent, qu’on a finalement ouvert les yeux sur la nécessité de sortir de l’isolement, de se tourner vers l’extérieur. En même temps nous avons fait l’expérience de nos propres organisations syndicales qui malheureusement ne nous soutiennent pas. On est nouveaux dans tout ça, mais du coup on a été en lien avec Brahim de SUD Poste 92 qui nous a beaucoup soutenus, et conseillés, et puis on a aussi rencontré les cheminots du Bourget qui étaient en grève. Ils sont venus nous soutenir et puis nous on est allés les soutenir le jour de leur grève. Maintenant, ça nous semble logique, et c’est également pour ça que nous avons créé une association qui s’appelle « Collectif des salariés des Champs-Élysées » qui a pour objectif de regrouper les salariés de toutes les enseignes de l’avenue et pas seulement ceux de la FNAC. Parce que beaucoup de travailleurs d’autres magasins, comme Nike, Yves Rocher, et plein d’autres, s’arrêtent à notre piquet pour dire qu’ils nous soutiennent. En discutant avec eux, on s’est rendu compte qu’on a tous des problèmes semblables, on travaille le dimanche et tard le soir et on subit tous les mêmes conséquences sur la vie sociale, familiale et sur la santé. Ce sont les mêmes arguments partout, la direction va toujours dire « vous comprenez, on n’a plus d’argent à cause de la crise et des attentats », alors que nos conditions de travail sont de plus en plus compliquées sur tous les magasins de l’avenue, notamment à cause des amplitudes horaires. Tout comme on a construit la convergence avec les cheminots et les postiers, il est clair que la direction a peur qu’on se rassemble avec tous les autres travailleurs de l’avenue. Parce que si à chaque fois qu’il y a un problème avec les salariés de Nike par exemple, on débarque avec les salariés de tous les autres magasins, ils vont être mal. On a une force, il faut se fédérer et montrer qu’on a pas peur, en même temps qu’on maintient le piquet, qui est important pour donner une visibilité à notre lutte, parce qu’une banderole sur les Champs, on n’en voit pas tout le temps. Cela dérange la direction et elle va devoir finir par nous entendre parce qu’on ne compte pas laisser tomber. C’est un travail de longue haleine mais ça nous paraît très important, et ça fait partie des apprentissages de notre grève.

On invite tout le monde à venir au rassemblement qu’on organise mercredi à 18 heures pour les 50 jours de grève. Il y aura des prises de parole, on invite tout le monde à passer. Ce rassemblement est très important pour montrer à la direction qu’on ne baisse pas les bras et qu’on tient bon.




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