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Interview. Tentative de meurtre contre Kamel Guemari, syndicaliste à McDonald’s à Marseille

Kamel Guemari est syndicaliste FO à McDonald's, véritable figure de la contestation contre la multinationale. Lundi dernier on a tenté de le renverser en voiture. Il a porté plainte pour tentative de meurtre. Nous l’avons interviewé.

lundi 2 septembre

Révolution Permanente : Que s’est-il passé lundi 26 août ?

On m’a déposé au McDo. Quand je suis arrivé au niveau du parking, il y a eu une voiture qui a déboulé dans ma direction, instinctivement je me suis jeté sur le côté esquivant le véhicule, j’ai pu apercevoir le conducteur, je ne l’avais jamais vu auparavant. De colère j’ai mis un coup sur la vitre, il a de nouveau accéléré me déséquilibrant et a pu s’enfuir. Cette violence j’essaye de la relativiser, ça peut être un coup de pression, ça peut être une vraie tentative. Je ne sais pas, j’essaye de prendre un peu de recul. J’ai porté plainte suite à cet incident, mercredi auprès du procureur directement pour tentative de meurtre.

Révolution Permanente : Le restaurant de Saint-Barthélemy est engagé depuis plusieurs années dans une lutte contre McDonald’s, qu’est-ce que vous dénoncez et vous revendiquez ?

On dénonce les actes de cette multinationale, elle exploite et fait des bénéfices énormes sur la sueur des salariés. Elle impose un travail difficile, des cadences intenses, des horaires disséminés. Personne ne peut faire carrière au sein de cette entreprise, cela fait 20 ans que j’y travaille, je n’ai jamais vu personne atteindre l’âge de la retraite et encore moins des salariés de bas niveau.

À Saint-Barthélemy, grâce à nos luttes, on a essayé de créer un modèle social, un lieu d’intégration pour les personnes en échec scolaire, pour les personnes rejetées. Dans le travail, ces personnes peuvent reprendre confiance en elles et s’en sortir. On défend également une unité économique et sociale : face au système de franchise, les salariés de McDonald’s n’ont pas les mêmes conditions d’un restaurant à l’autre. On revendique donc les mêmes conditions pour tous les travailleurs et travailleuses, avec les mêmes possibilités d’évolution. Ce système-là, on a essayé de le mettre en place, et c’est pour cela que l’on gêne aujourd’hui.

Révolution Permanente : Des actes de violence comme celui que tu as subi, il y en eu d’autres ?

C’est un conflit qui dure depuis 15 ans. On a gagné plusieurs batailles, on en a perdu d’autres, mais la répression elle existe depuis des années. On a pu le voir à la Valentine, à Rouen ou à Paris : des coups de pression, des salariés violentés, plusieurs plaintes déposées. À Marseille, au McDonald’s de Saint-Barthélemy on s’est fait agresser plusieurs fois, des travailleurs et travailleuses ont été menacés, on a été braqué, il y a même eu plusieurs gars qui ont débarqué au restaurant un jour, dans l’objectif de nous agresser. Et face à cela, plutôt que d’être défendu, on est stigmatisé, ils nous font passer pour des voyous, pour des personnes non fréquentables.

Je ne veux accuser personne, je ne sais pas qui est responsable, mais ce que l’on sait c’est qu’on subit de la répression, et cela parce qu’on se bat. On devient donc l’ennemi public numéro 1 de McDonald’s, de sa direction. On ne peut plus s’exprimer, ni parler, ni prendre la défense des salariés opprimés. Mohamed Abassi (un franchisé McDonald’s à Marseille) a même acheté un faux témoignage 25 000 euros. Dans une écoute téléphonique on entend très clairement Christophe Chappuis alors vice-président de région de McDonald’s France vouloir se débarrasser de moi. Il y a de la répression, et c’est cela que l’on subit aujourd’hui.

Révolution Permanente : Vous êtes toujours en conflit avec la multinationales et le franchisé. Comment cela se passe ?

On a donné un ultimatum de 10 jours, depuis le 22 août jusqu’au 31 août, pour exiger que McDonald’s et le franchisé viennent négocier. Ils refusent, font la sourde oreille, laissent mourir le restaurant. Cela fait 18 mois que Jean-Pierre Brochiero, le franchisé, n’est pas rentré dans le restaurant alors qu’il est responsable. Ce conflit perdure, il est intense, et l’entreprise refuse de négocier. On n’arrive pas à assurer la sécurité alimentaire, il n’y que deux personnes formées pour cela ; on n’a pas de formateurs, il y a des CDD reconduits tous les deux mois. Des salariés sont licenciés soi-disant pour des raisons économiques alors que l’inspection du travail a déclaré que le franchisé avait reconnu lors d’un entretien « ne pas avoir mis en œuvre les solutions existantes pour améliorer la compétitivité de l’entreprise ».

Révolution Permanente : Face au silence de McDonald’s et du franchisé, qu’avez-vous prévu ?

Aujourd’hui, on a fait une assemblée générale avec les salariés. On a décidé de ne pas rentrer dans le jeu de McDonald’s, qui essaye de tout faire pour que le restaurant passe en cessation d’activité. Il l’abandonne sans faire d’investissements, maquille des pertes faisant croire que le restaurant ne serait plus rentable. Ce qu’ils veulent c’est nous abattre, car on a réussi à créer un système social. On a décidé de mener d’autres actions avec les salariés d’autres restaurants, ainsi que les collectifs, groupes gilets jaunes et groupes politiques qui nous soutiennent depuis le début, pour attaquer l’image de McDonald’s au travers de rassemblements, manifestations, actions. L’objectif c’est de démontrer que cette multinationale réprime, exploite, corrompt et pollue.

Soutien à Kamel Guemari et aux autres salariés réprimés

Révolution Permanente soutient Kamel Guemari et l’ensemble des salarié.es du McDonald’s dans leur lutte, face à une multinationale qui exploite, corrompt et réprime. Nous condamnons fermement les actes de violences et de répression qu’ils ont subis. Tant qu’il n’y aura pas de justice, McDonald’s n’aura pas la paix !

Nous relayons leur caisse de grève pour leur permettre de continuer à lutter.




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