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Politique

Un procès politique

Intimidation judiciaire contre Eric Drouet : le Gilet Jaune sera jugé le 5 juin

Interpellé lors de la manifestation du 22 décembre à Paris, la figure du mouvement des Gilets Jaunes est sortie de garde à vue dimanche et sera jugé le 5 juin pour « port d’arme ». Un procès très politique, inscrit dans la vague de répression actuelle contre les Gilets Jaunes.

lundi 24 décembre 2018

Une nouvelle tentative de répression judiciaire

Ce n’est pas la première fois que le chauffeur routier de 33 ans, initiateur de la première journée de blocage le 17 novembre et devenu une figure importante du mouvement des Gilets Jaunes, est menacé de répression judiciaire.

Le 8 décembre, Eric Drouet avait ainsi déjà été convoqué par le parquet de Paris dans le cadre d’une enquête pour « provocation à la commission d’un crime ou d’un délit » et « organisation d’une manifestation illicite ». Le signalement avait alors été effectué par la Préfecture de police de Paris suite aux propos d’Eric Drouet qui avait répondu, sur BFM TV, à une question portant sur l’objectif des Gilets Jaunes s’ils atteignaient l’Elysée en expliquant : « On rentre dedans ».

Finalement, après 5 heures d’interrogatoire, les charges avaient été abandonnées. L’opération était alors apparue clairement comme un coup de pression judiciaire contre une des figures publiques des Gilets Jaunes, dont l’avocat avait par la suite dénoncé « l’instrumentalisation des services de police et judiciaires aux fins de criminalisation des revendications sociales et politiques du mouvement des Gilets Jaunes. »

Des accusations floues et un dossier vide

Samedi, l’Etat est allé plus loin dans la répression judiciaire en interpellant directement Eric Drouet en début d’après-midi, au cours de la manifestation qui réunissait des centaines de Gilets jaunes à Paris. Libéré dimanche, celui-ci sera donc jugé le 5 juin pour « port d’arme prohibé de catégorie D » et pour « participation à un groupement formé en vue de violences ou de dégradations ». En revanche la réquisition du parquet qui souhaitait interdire à Eric Drouet de se rendre à Paris d’ici là n’a pas été retenue.

Ces charges témoignent de la volonté de l’Etat de se saisir de n’importe quel prétexte pour faire plier ceux qui continuent d’animer le mouvement des Gilets Jaunes. D’abord, le « port d’arme » évoqué vise la détention par Eric Drouet d’une « sorte de matraque ». Comme l’a expliqué l’avocat du prévenu, Khéops Lara, sur BFM TV, il s’agirait en réalité un « bout de bois » utilisé comme un « prétexte à sa garde à vue et à sa nuit au dépôt. »

En ce qui concerne, la deuxième charge, il s’agit d’un délit connu pour son caractère très flou, faisant de lui une véritable arme au service de la limitation du droit de manifestation. Créé en 2009 suite à une proposition de Laurent Estrosi, instrumentalisé depuis contre les mouvements sociaux, ce délit a largement été mobilisé contre les Gilets Jaunes depuis le début du mouvement.

En définitive, comme l’a expliqué l’avocat du Gilet Jaune, « Il n’y a absolument rien, y compris dans cette procédure judiciaire. » Rien, si ce n’est la volonté de l’Etat de faire taire les figures du mouvement par une répression judiciaire qui n’est que le pendant acceptable de la répression policière ultra-violente dont font l’objet les Gilets Jaunes depuis le début du mouvement. Pourtant, la répression judiciaire ne semble pas plus avoir atteint ses objectifs que la répression policière : en sortant de garde à vue, Eric Drouet a rapidement annoncé la tenue d’un Acte IX le 12 janvier à la Défense. Un lieu de rendez-vous soumis à caution puisque, comme le 22 décembre, celui-ci pourrait être modifié au dernier moment afin de tromper les forces de répression.

Crédit photo : AFP




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