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Monde

« A bas le régime ! »

Irak. Un consulat iranien en feu, les autorités répondent par un bain de sang

Des manifestants irakiens ont incendié le consulat iranien de Nadjaf, le gouvernement répond par un massacre faisant au moins 25 morts. Le divorce entre l’Iran et la population irakienne consommé ?

jeudi 28 novembre

Crédit photo : AFP

Mercredi soir des manifestants irakiens dans la ville de Nadjaf, dans le sud du pays, ont incendié un consulat iranien. C’est la deuxième fois depuis le début de la contestation le 1er octobre contre le régime en place depuis 2003 que les manifestants s’attaquent à un consulat iranien dans le pays. Le nombre de morts dépasse déjà les 355 et on estime que 15 000 personnes ont été blessées. La lutte de la jeunesse précaire contre le chômage, la misère et contre un régime corrompu se poursuit malgré la répression sanglante.

Après l’incendie du consulat iranien de Nadjaf les autorités de Téhéran n’ont pas tardé à répondre et à exiger plus de brutalité contre les manifestants. Ainsi, le ministère des affaires étrangères iranien a réclamé à Bagdad « une action décisive, efficace et responsable contre les agents destructeurs et les agresseurs ». Et la réponse des autorités irakiennes, dépendantes du régime des ayatollahs, n’a pas tardé et elle a été brutale, sauvage. De façon revancharde, les forces spéciales ont ouvert le feu sur les manifestants à Nasiriya dès jeudi matin. Bilan : au moins 25 morts et 230 blessés.

La répression a été tellement brutale que le général lieutenant Jamil al-Shammari, qui venait d’être nommé commandant militaire de la province de Dhi Qar dont la capitale est Nasiriya, a été limogé ; il ne sera resté qu’une journée au poste avec un bilan sanglant, peu enviable.

La violence est clairement montée d’un cran et elle vise plus que jamais à intimider les manifestants pour mettre fin à la contestation. Comme l’ont affirmé les autorités en envoyant les militaires au sud du pays, l’un des foyers des mobilisations, ils cherchent à « rétablir l’ordre ». Or, rien ne peut assurer le succès d’une telle politique. En effet, les manifestants font face à une répression littéralement barbare depuis le début et ce n’est pas pour autant qu’ils ont arrêté. Au contraire, ce saut dans la répression pourrait radicaliser certains manifestants. L’un d’eux déclarait à Aljazeera : « la douleur est profonde et cela ne fait que nous rendre plus déterminés à manifester (…) Nous allons rester dans les rues jusqu’à ce que nos revendications soient satisfaites, peu importe le niveau de répression qui sera employée contre nous ».

L’incendie du consulat iranien, déjà le deuxième depuis le début du mouvement, n’est pas un détail. C’est l’expression la plus forte du rejet de la population irakienne face à la politique iranienne d’ingérence dans leurs affaires nationales. En effet, depuis la chute de Saddam Hussein suite à l’invasion nord-américaine en 2003, l’Iran a été une pièce centrale pour le façonnement du régime politique irakien. Main dans la main avec Washington, Téhéran a placé ses hommes dans les différentes institutions étatiques, dans tous les étages du pouvoir, et ainsi l’Irak est devenu un pays totalement à la merci des intérêts des capitalistes iraniens. Une caste politicienne corrompue y règne. Et c’est contre ce régime imposé par l’Iran et les États-Unis qu’aujourd’hui les jeunes se mobilisent, y compris au risque de perdre la vie.

La haine contre la politique iranienne en Irak a encore augmenté car les milices armées par Téhéran ont participé et participent activement pour réprimer les manifestants, et elles sont parmi les plus brutales. Et ce rejet de l’Iran est d’autant plus significatif que c’est surtout la population chiite qui est mobilisée actuellement en Irak.

La classe ouvrière irakienne, la jeunesse et l’ensemble des classes populaires dans le pays ont été écrasées tout au long de ces dernières années rendant plus compliqué tout changement décisif à court terme. Regrettablement, la contestation reste majoritairement cantonnée à la population chiite avec beaucoup moins de participation, voire pas de participation du tout, des populations sunnites et kurdes. Cependant, le courage et la détermination des manifestants irakiens est incroyable, c’est la base du surgissement d’une nouvelle génération de résistants et de combattants, luttant pour un futur digne. Les manifestations en Irak peuvent aussi devenir un exemple pour les autres peuples de la région, à commencer par le peuple iranien, lui aussi mobilisé contre le régime réactionnaire de ayatollahs. Dans un monde en ébullition, la contestation en Irak devient effectivement un point d’appui pour l’ensemble des exploités et opprimés dans la région et au-delà.




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