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Monde

« Mort au dictateur ! »

Iran. Des femmes se révoltent après la mort de Mahsa, torturée par la police des mœurs

Vendredi, Mahsa Amini est morte après avoir été arrêtée et torturée par la police des mœurs iranienne et avoir passé trois jours dans le coma. Un meurtre à la suite duquel de nombreuses femmes iraniennes se révoltent contre le régime réactionnaire du pays et les institutions religieuses d’État qui jouent un rôle central dans l’oppression qu’elles subissent.

lundi 19 septembre

Mardi dernier, Mahsa Amini, âgée de 22 ans, était arrêtée par la police des mœurs, chargée de faire respecter les lois du régime iranien, alors qu’elle visitait Téhéran avec sa famille. Celle-ci aurait mis en cause la façon dont la jeune femme portait son voile, qui ne recouvrait pas tous ses cheveux.

Quand le meurtre de Mahsa Amini, 22 ans, par la police des mœurs déclenche une vague de colère

Immédiatement après son arrestation, des témoins rapportent avoir entendu les cris de Mahsa dans le fourgon. Quelques heures à peine après son arrivée au commissariat, Mahsa Amini était transportée à l’hôpital, après avoir été torturée. Après 3 jours de coma, elle est finalement décédée vendredi.

Ce décès, directement lié à la politique ultra-réactionnaire du régime, a déclenché une vague de colère dans la population iranienne, et notamment chez les femmes. Samedi, lors de ses obsèques à Saqqez, sa ville natale au Kurdistan, des femmes ont ainsi retiré leur voile et scandé le slogan «  mort au dictateur  » en faisant référence à l’ayatollah Khamenei, qui est le « guide suprême de la révolution islamique » poste le plus élevé de la république islamique d’Iran. Certaines ont également jeté des pierres sur le bâtiment où siège le gouverneur.

D’autres manifestations ont éclaté par la suite. Selon l’AFP des étudiants auraient lancé des mouvements de contestation dans plusieurs universités, dont celles de Téhéran et Shahid Beheshti. Sur les réseaux sociaux, plusieurs femmes se sont également filmées en train de retirer leur voile, le brûlant ou se coupant les cheveux pour exprimer leur colère et protester contre le meurtre de Mahsa et les lois du régime.

Une colère qui s’est manifestée au-delà de l’Iran : ce dimanche, plus d’1,5 million de tweets était recensés sous le #mahsa_amini. Des personnalités iraniennes ont participé à ce hashtag, dont le cinéaste iranien Asghar Farhadi ou encore le joueur de foot Sardar Azmoun.

Par ailleurs, cette colère n’est pas nouvelle. Depuis la révolution iranienne de 1979 et le rétablissement de la loi de la charria, de nombreuses lois ont pour objet de contrôler les vies et les corps des femmes, dont le statut est globalement celui de propriété d’un homme. Notamment, elles ont l’obligation de porter le hijab et de se couvrir la totalité du corps de sorte à ce qu’aucune partie de leur corps ne soit visible. Ces lois religieuses sont largement contestées par les iraniens et iraniennes depuis cette époque, et ces dernières années de nombreuses mobilisations de féministes ont notamment mis au centre le rejet du hijab obligatoire comme symbole de l’oppression patriarcale qu’elles subissent. En 2014 par exemple, des femmes manifestaient contre le port du voile en l’enlevant dans des endroits publics, se prenant en photo et diffusant sur les réseaux sociaux leur mouvement. Cela a pris plus d’ampleur dès décembre 2018, en même temps que des manifestations contre la vie chère dans le pays. En juillet dernier, des femmes ont repris les codes du mouvement de 2018 et ont à nouveau publié en ligne des photos sans voile.

Dans ce contexte, l’institution de la police des moeurs est largement dénoncée en ce qu’elle a pour rôle de faire respecter les lois islamiques de l’État qui ont un rôle central dans l’oppression des femmes en Iran mais aussi dans le contrôle de la jeunesse et des classes populaires. Concrètement, c’est cette institution qui surveille quotidiennement les femmes dans la rue afin de s’assurer qu’elles soient suffisamment couvertes, qu’aucun cheveu ne dépasse de leur foulard, ou qu’aucun couple ne se donne la main en public par exemple.

En juillet dernier, Courrier International rapportait que les patrouilles et les cas de violences policières se sont intensifiés à partir du mois de juin. La mort de Mahsa est venue s’ajouter à la violence exercée quotidiennement contre les femmes ne portant pas le voile, qui passe par leur interdiction d’accès à des services bancaires et administratifs, ou leur interdiction d’accéder au métro dans une partie de l’Iran. Le meurtre de Mahsa a fait ressortir la colère des Iraniennes face à l’acharnement qu’elles connaissent.

Face à la colère, le régime iranien tente d’étouffer l’affaire

Le gouvernement iranien tente depuis d’étouffer l’affaire. La chaîne de télévision officielle a par exemple montré une vidéo où une femme tombe devant la police sans que cette dernière ne la touche, l’instrumentalisant pour faire croire qu’aucune violence n’a été perpétrée à l’encontre de Mahsa.

Hossein Rahimi, chef de la police de la capitale iranienne, a rejeté des « accusations injustes contre la police » et déclaré : « Il n’y a eu aucune négligence de notre part. Nous avons mené des enquêtes (...) Et toutes les preuves montrent qu’il n’y a pas eu de négligence, ou de comportement inapproprié de la part des policiers ». Ahmad Vahidi, ministre de l’Intérieur, a lui utilisé une opération du cerveau que Mahsa a eu à 5 ans pour justifier un état de santé fragile, ce que le père de la jeune fille a démenti. Face à l’ampleur de cette colère qui s’est étendue à l’internationale, le gouvernement a mis en place des restrictions sur l’utilisation d’Internet.

Selon l’organisation Netblocks, spécialiste en cybersécurité et en gouvernance d’Internet, « depuis l’annonce de la mort de Mme Amini, la connexion a été interrompue en plusieurs endroits du pays, dont la capitale Téhéran et Saqqez. De nombreuses personnes ont déclaré qu’elles n’avaient pas pu charger de vidéos sur Instagram ou envoyer du contenu via Whatsapp ». Un moyen de censure du gouvernement qui vise à étouffer l’affaire et étouffer toute velléité de protestation. Pour tenter de canaliser les tensions, le président iranien Ebrahim Raïssi, partisan d’une ligne dure, a annoncé avoir demandé l’ouverture d’une enquête.

Malgré la répression qu’elles risquent, les Iraniennes se battent pour leur droit à disposer de leurs corps et contre un régime profondément réactionnaire. Pour lutter pour se libérer de leurs chaînes, la colère des Iraniennes doit s’organiser avec le reste de la population qui veut lutter contre le régime réactionnaire du pays.



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