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Iran : après l’exécution d’un deuxième manifestant, les manifestations s’intensifient

Le gouvernement iranien a exécuté lundi le deuxième manifestant qui avait été condamné pour avoir pris part aux manifestations qui se déroulent depuis trois mois dans le pays. L'objectif du régime avec ces exécutions est d'intimider ceux qui descendent dans la rue, mais il provoque l'effet inverse et les manifestations se multiplient contre lui.

La Izquierda Diario.ar

15 décembre 2022

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Crédits photo : AP

Quatre jours seulement après l’exécution d’un militant des droits de l’homme, le gouvernement iranien a procédé lundi à l’exécution publique d’une deuxième personne reconnue coupable d’avoir participé aux manifestations qui secouent le pays depuis septembre en raison de la mort de la jeune Mahsa Amini. L’objectif du régime, qui est de plus en plus remis en question, est d’inspirer la peur aux manifestants en montrant publiquement les exécutions. Cependant, les mobilisations et les manifestations se poursuivent et se renforcent dans plusieurs villes du pays, notamment parmi les jeunes.

La nouvelle victime est Majidreza Rahnavard, qui a été condamné à mort par un tribunal de la ville de Mashhad (nord-est du pays), accusé d’avoir tué deux membres des forces de sécurité. Il a été pendu en public et non à l’intérieur de la prison, a rapporté Mizan Online, l’agence de presse du pouvoir judiciaire, citée par l’AFP. Mizan Online a également publié des images de l’exécution de Rahnavard, montrant un homme aux mains attachées derrière le dos, suspendu à une corde attachée à une grue.

« L’exécution publique d’un jeune manifestant, 23 jours après son arrestation, est un autre crime grave commis par les dirigeants de la République islamique et une escalade significative du niveau de violence contre les manifestants », a déclaré à l’AFP Mahmood Amiry-Moghaddam, directeur de l’association Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège. « Majidreza Rahnavard a été condamné à mort sur la base d’aveux obtenus sous la contrainte, à l’issue d’un procès manifestement inéquitable et d’un procès-spectacle », a-t-il ajouté.

Cette nouvelle exécution est la première en public dans le contexte des manifestations suscitées par la mort, le 16 septembre, de Mahsa Amini, une Kurde iranienne de 22 ans, décédée après avoir été arrêtée par la police des mœurs pour avoir enfreint le code vestimentaire strict imposé aux femmes dans le pays. Le système judiciaire iranien a déclaré avoir prononcé à ce jour onze condamnations à mort en rapport avec les manifestations, qualifiées par les autorités de « troubles ».

Mais selon les militants, une douzaine d’autres personnes risquent d’être condamnées à mort. « Pas de procédure régulière. Des procès fictifs. C’est ainsi qu’ils veulent mettre un terme aux manifestations dans tout le pays », a déclaré Omid Memarian, analyste de l’Iran pour l’organisation Democracy for the Arab World Now (DAWN). Selon Amnesty International, Mahan Sadrat, 22 ans, condamné à mort à l’issue d’un procès sommaire et « inéquitable » le 3 novembre, a été transféré samedi à la prison de Rajai Shahr à Karaj, près de Téhéran, « faisant craindre une exécution imminente », comme le rapportait hier Télam. Il a été reconnu coupable d’avoir sorti un couteau pendant les manifestations, ce qu’il a fermement nié devant le tribunal.

Amnesty International a également signalé que la vie d’un autre jeune homme, Sahand Nourmohammadzadeh, est en danger après qu’il ait été condamné à mort le 6 novembre pour avoir « détruit des parapets d’autoroute et brûlé des poubelles et des pneus ». Parmi les autres personnes condamnées à la même peine figure le rappeur Saman Seyedi, 24 ans, membre de la minorité kurde iranienne. Un autre rappeur, Toomaj Salehi, qui a soutenu les manifestations contre le régime, est accusé de « corruption sur terre » et pourrait être condamné à la peine de mort, ont confirmé les autorités judiciaires iraniennes le mois dernier.

De nouvelles manifestations

Quelques heures après l’annonce de la deuxième exécution, des militants iraniens ont appelé la population à redescendre dans la rue pour dénoncer les autorités. « Appel urgent sur les places principales des villes », pouvait t-on lire dans l’appel lancé par un collectif de militants au nom de Mayid Reza Rahnavard. Un autre groupe de militants a appelé à une marche silencieuse demain pour dénoncer les exécutions et les arrestations de manifestants qui protestent depuis la mort de Mahsa Amini en septembre. « Demain, nous marcherons en silence » et « tiendrons des rassemblements nocturnes » dans différents endroits, pouvait-on lire dans l’appel.

La semaine dernière, après l’annonce de la dissolution présumée de la police des mœurs et avant la première exécution, des appels à trois jours de grève ont été lancés, qui se sont en fait concrétisés par une sorte de grève civique dans certaines villes où les commerce étaient fermés, et par des manifestations dans différentes parties du pays.

Mercredi dernier, lors de la célébration de la Journée des étudiants, les jeunes sont sortis pour défiler et s’exprimer en masse. Les étudiants des universités et des écoles secondaires constituent un secteur clé des manifestations et ont acquis une importance singulière au fil des semaines.

Des étudiants de différentes universités et écoles secondaires ont scandé des slogans anti-régime tels que « Mort au dictateur » et « Avec ou sans hijab, nous allons vers une révolution ! » Défiant la répression brutale et l’intimidation du régime, les jeunes sont un élément clé des mobilisations.

La tentative ratée et tardive d’annoncer la dissolution supposée de la police morale n’a pas servi à arrêter les manifestations, qui en sont maintenant à leur troisième mois. Le régime tente donc d’intimider les manifestants en procédant aux deux premières exécutions et en retenant en otage des milliers de détenus. Mais jusqu’à présent, ils n’ont réussi qu’à accroître la colère des manifestants, qui réclament depuis des semaines la chute du régime.


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