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Monde

Vers une guerre ?

Iran : nouvelles sanctions américaines et nouvelles tensions.

Les relations entre Téhéran et Washington ne cessent de s’envenimer. Après la destruction d’un drone de l’armée américaine par les forces iraniennes la semaine dernière, Donald Trump réplique par de nouvelles sanctions.

jeudi 27 juin

Trump ou l’anti-désescalade

La semaine dernière, l’Iran a abattu un drone américain qu’il accuse d’avoir franchi ses frontières. Le pays a mis en garde les États-Unis : l’Iran “n’a aucune volonté de faire la guerre avec quiconque, mais nous y sommes prêts” et disposerait de "preuves irréfutables" que le drone américain était sur son territoire.

Les États-Unis réfutent cette version des faits, affirmant que le drone survolait une zone internationale. Le lendemain de l’attaque, Trump a déclaré avoir ordonné des frappes contre l’Iran, avant de les suspendre à la dernière minute. Comme à son habitude, il s’est laissé aller à des menaces sur Twitter : il a précisé que les frappes n’avaient pas été “annulées” mais “suspendues pour le moment.”

Lundi, le président américain a annoncé de nouvelles “sanctions majeures” contre l’Iran, ajoutant dans un tweet “il ne faut pas que l’Iran ait d’armes nucléaires !” Rappelons que Donald Trump s’est retiré unilatéralement de l’accord sur le nucléaire entre les États-Unis et l’Iran dès son investiture, et multiplie les sanctions depuis.

Les dernières en date ont donc été annoncées lundi. Essentiellement symboliques, elles visent directement l’Ayatollah Ali Khamenei et l’organisation paramilitaire à ses ordres, les Gardiens de la révolution islamique. Le décret signé par Trump empêche "le guide suprême, son équipe et d’autres qui lui sont étroitement liés d’avoir accès à des ressources financières essentielles" (le président s’est par ailleurs trompé de nom d’Ayatollah en signant, et a confondu l’actuel guide suprême avec l’Ayatollah Khomeini, mort en 1989.)

Hassan Rohani, le président iranien, a vivement réagi, en déclarant que "Cette Maison-Blanche souffre de troubles mentaux". Une fois n’est pas coutume, Donald Trump a de nouveau fait monter la pression dans un Tweet : “La déclaration de l’Iran parue aujourd’hui est très stupide et insultante, et ne fait que prouver qu’ils n’ont pas le sens des réalités. Toute attaque iranienne sur les États-Unis mènera à une écrasante réponse par la force. Par endroit, écrasante pourra signifier l’annihilation. John Kerry et Obama, c’est fini !”

Toutefois, selon Elizabeth Rosenberg, spécialiste des sanctions au Center for a New American Security : "D’autres sanctions économiques sont presque entièrement symboliques, plutôt qu’importantes sur le plan économique […] Les sanctions à ce stade sont un moyen de contourner la menace réelle d’une escalade militaire et d’une guerre totale."

De moins en moins de marge de négociation

En réalité, derrière ce crescendo de déclarations interposées se cache un véritable danger de conflit armé, qu’aucun des deux pays n’a intérêt à engager. Les deux partis s’en défendent, bien entendu, tout en maintenant la pression. “L’Iran n’a aucun intérêt à faire croître les tensions dans la région et ne cherche la guerre avec aucun pays, États-Unis y compris”, a déclaré le président Hassan Rohani, tandis que l’Ayatollah Khamenei qualifie les États-Unis de “régime le plus vicieux du monde”, et affirme que “la nation n’abandonnera pas”. Quant à Donald Trump, il dit “espérer” qu’un conflit armé n’ait pas lieu, mais explique à Fox News que les États-Unis sont “dans une position très forte si quelque chose devait arriver.”

Chacun des deux pays est dans une posture de fermeté, et souhaite garder une position de force pour d’éventuelles négociations ; or la marge de négociation est de plus en plus réduite. Pour les Etats-Unis, la stratégie de pression maximale vise à humilier l’Iran, après que Trump s’est retiré de l’accord nucléaire de 2015. Quant à l’Iran, il est impensable d’accepter une humiliation de la part de son ennemi de toujours.

Ainsi, jusqu’à présent, la stratégie “John Kerry et Obama, c’est fini !” du gouvernement de Trump en Iran a consisté à faire pression et à isoler le pays par des biais économiques et diplomatique, l’objectif étant de faire entrer l’Iran de force dans des négociations qui seraient favorables aux intérêts de l’impérialisme américain. Sur le plan électoral, Trump n’a pas intérêt à déclencher une guerre probablement très longue et coûteuse qui le rendrait globalement impopulaire, bien qu’elle soit ardemment défendue par l’aile la plus dure de son gouvernement, notamment les hauts responsables Mike Pompeo et John Bolton.

De son côté, l’Iran est désormais étranglé suite à la pression maximale de la ligne Trump et a menacé de reprendre son programme nucléaire. D’un point de vue politique et militaire, l’Iran n’a pas les moyens d’entrer dans une guerre directe avec la superpuissance étatsunienne ; en outre, cela ne lui permettrait pas de sortir de l’isolement géopolitique imposé par les Etats-Unis depuis plusieurs années, et renforcé depuis l’arrivée au pouvoir de Trump.

In fine, loin d’avoir servi ses objectifs, la ligne de pression maximale de Trump n’a fait que renforcer la confrontation avec l’Iran. Ainsi, bien qu’aucun des deux pays n’aient intérêt à provoquer un conflit armé direct, la situation actuelle laisse très peu de marge pour une éventuelle désescalade du conflit.

Le regain de tension entre les États-Unis et l’Iran fait ainsi craindre une guerre qui, si elle éclatait, pourrait avoir des répercussions géopolitiques profondes sur marché de l’énergie et des conséquences funestes s’étendant à toute la région du Moyen-Orient.




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