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Jeunesse

Au meeting d’Anasse Kazib

Irène : « On veut une université ouverte aux enfants d’ouvriers, aux travailleurs, aux étrangers ! »

Irène, étudiante, membre du Poing Levé, l’organisation de jeunesse révolutionnaire de Révolution Permanente, intervenait jeudi soir au meeting de campagne d'Anasse Kazib, qui se tenait dans son université à Paris 8. C'est pleine de détermination qu'elle a défendu une université ouverte à tou.te.s et qu'elle est revenue sur son combat pour un monde libéré de toute oppression et de toute exploitation.

vendredi 10 décembre 2021

Je m’appelle Irène, ça fait deux ans et demi que je suis étudiante à Paris 8. C’est un bonheur pour moi de voir autant de personnes dans cet amphi et autant d’étudiants et d’étudiantes de Paris 8 et c’est un honneur de recevoir une telle tribune, avec Youcef Brakni, Oumou et mes camarades Anasse et Rozenn.

Je voulais commencer mon intervention avec une adresse particulière à ces jeunes des barrages de Guadeloupe et Martinique, qui s’affrontent à l’État colonial français depuis plusieurs semaines pour exiger autre chose que le chômage, la misère, l’insalubrité des logements, l’effondrement des hôpitaux, l’eau non-potable et le chlordécone. Je voulais rendre hommage à ces jeunes-là, à leur détermination impressionnante face à l’armée et au GIGN, je voulais leur adresser toute ma solidarité, tout mon soutien, mais aussi mon admiration. Leur lutte contre l’Etat colonial est un exemple pour la jeunesse ici où la précarité et la détresse font rage aussi.

Pour ceux qui ne le savent pas, par là même où vous êtes passés pour arriver dans cet amphi, il y a quelques mois, des files d’étudiants faisaient la queue pour recevoir des colis alimentaires. Rien que le 17 avril, 110 colis étaient distribués à l’entrée de la fac. Et ces chiffres, c’était le reflet d’une réalité frappante, celle de la précarité grandissante chez les étudiants à laquelle s’est ajoutée une explosion de la détresse psychologique dans une jeunesse confinée et coupée de toute vie sociale pendant près d’un an et demi. Combien d’entre nous ont perdu leur job pendant la crise ? Combien parmi nous ont essayé, vainement, d’obtenir des rendez-vous chez des psy ? Combien parmi nous ont souffert de la faim pendant les différents confinements ? Combien ont galéré à suivre leurs cours en distanciel, faute de matériel, de lieu calme où travailler ou tout simplement de l’isolement ?

Un an et demi après, rien n’a changé. Et aujourd’hui, on est au début d’une cinquième vague qui ne risque pas de s’arrêter de sitôt. Et vu que le gouvernement refuse de mettre les moyens qu’il faut dans les hôpitaux, on risque bien de retourner à la case départ et de revivre à l’infini ce qu’on a vécu pendant un an et demi. Mais aucun problème pour notre cher président, qui continue à se revendiquer "président des jeunes". Un président des jeunes qui disait aux étudiants en détresse “d’attendre encore un peu”, un président des jeunes qui a mis en place la baisse des APL en pleine pandémie, un président des jeunes qui a utilisé le confinement pour accélérer la sélection à l’université en misant sur le décrochage scolaire de ceux qui étaient occupés à faire tourner la société à Auchan, Chronodrive, UberEats !

Ces attaques, elles ne vont pas s’arrêter là. Y a deux semaines, on apprenait la mise en place d’un Parcoursup bis pour l’entrée en Master, qui va venir sélectionner toujours plus en fin de licence. Et ceux qu’ils sélectionnent, ceux qu’ils jettent aux marges de l’université, c’est toujours les mêmes : c’est les étudiants étrangers, c’est les étudiants précaires qui sont obligés de taffer à côté pour pouvoir étudier, et c’est les enfants d’ouvriers, à commencer par les jeunes des quartiers populaires. Et après, ils viennent nous parler d’égalité des chances et de méritocratie !

La réalité, c’est que depuis Mai 68 la bourgeoisie cherche à refermer l’université aux classes populaires en sélectionnant toujours plus. Sarko, Hollande, Macron : sur les trois derniers quinquennat les attaques s’enchaînent : en quelques années, on a eu droit à l’instauration de la sélection en master et la création de Parcoursup et Bienvenue en France. Ça peut paraître dingue, mais il y a trois ans, formellement, le fait d’avoir le bac, et y compris un bac pro, ça donnait le droit d’entrer à l’université !

Nous on est pour se battre pour un projet d’université radicalement opposé au leur, une université gratuite, ouverte à toutes et tous ! Aux étudiants étrangers, aux enfants d’ouvriers, aux travailleurs. L’exemple de Vincennes est parlant pour ça. Parce que vous le savez peut-être pas, mais c’est dans cet esprit-là qu’a été fondé Paris 8. En mai 68, Paris 8, ou plutôt l’université de Vincennes, c’était une expérience embryonnaire d’université ouverte qui doit toutes et tous nous inspirer pour nos combats futurs. Vincennes, c’était une crèche à disposition des femmes pour qu’elles puissent étudier tout en faisant garder leurs enfants. Vincennes, en 1976, c’était 46,2% d’étudiants étrangers, 39% de non-bacheliers et 43% de salariés à plein temps. Vincennes, c’est aussi les cours de 18h à 21h pour que les travailleurs puissent étudier après le travail. Et aujourd’hui, Paris 8, c’est les vestiges de ce laboratoire que Pécresse, Macron et compagnie veulent détruire.

Aujourd’hui, à Paris 8, il n’y a plus de crèche et les étudiants étrangers risquent très prochainement de voir leurs frais d’inscription augmenter si on n’agit pas, ce qui les pousserait tous à l’exception des familles très riches à quitter l’université. Paris 8, c’est aussi 600 étudiants à l’IUT de Montreuil qui n’ont plus de resto U depuis deux ans et qui sont obligés de manger dehors et de payer chaque repas deux fois plus cher. Paris 8, aujourd’hui, c’est aussi plus de 40 étudiants sans-papiers qui risquent de se faire expulser à tout moment parce que la préfecture refuse de les régulariser.

Et ces attaques, ils les expliquent en disant qu’il y a pas assez de place et qu’il faut préserver la valeur du diplôme ! Nous, on est pour leur dire que c’est pas le nombre de place qu’il faut baisser, mais les budgets qu’il faut augmenter. Revendiquer ça, ça veut dire qu’on doit se battre jusqu’au bout pour le retrait de toutes les réformes sélectives passées par les gouvernements successifs, pour qu’une carte étudiante soit égale à un titre de séjour et plus largement pour la régularisation de tous les sans-papiers ! Mais pour que l’université soit réellement ouverte, il faut que tous les étudiants aient la possibilité matérielle de suivre leurs cours et ne soient pas obligés de se salarier pour vivre et payer leurs études. Et pour ça, on doit se battre pour un revenu étudiant à hauteur du SMIC. Et à ceux qui nous demanderont comment financer ce revenu, nous on répond qu’il faut le financer par un impôt fortement progressif sur les grandes fortunes, ces mêmes fortunes qui n’ont aucun problème à évader 11 300 milliards de dollars !

Mais nous, on n’a pas envie de s’arrêter aux portes des universités. On a bien conscience que notre avenir est intimement lié à celui des travailleurs, qui font tourner la société. Ces travailleurs, qui sont les premiers à nous soutenir dans nos combats pour faire de l’université une université ouverte et gratuite pour tous, car ce sont de leurs enfants dont il s’agit, en particulier à P8 où une grande partie des étudiants sont des jeunes des quartiers populaires, des enfants d’ouvriers, c’est-à-dire de ceux qui font tourner la société au quotidien, des caissiers et des caissières, des femmes de ménage, des éboueurs qui voient leur salaire baisser, leurs factures de gaz et d’électricité augmenter et le prix de leurs courses exploser. Anasse, je l’ai rencontré en 2018, pendant le mouvement contre Parcoursup et la sélection à l’université, où on s’était associés aux cheminots en lutte contre la réforme de privatisation du Rail. On organisait des fêtes de soutien pour remplir les caisses de grève des travailleurs à Tolbiac, à Paris 8 parce qu’on était conscient que sans la force de la grève, on ne pourrait pas faire reculer le gouvernement. C’est avec cette même logique qu’on a été chaque jour à 4h du matin sur les piquets contre la réforme des retraites, où les grévistes disaient que leur principale source de détermination, c’était de lutter pour notre avenir et celui de leurs enfants.

Notre génération, elle a des rêves et elle se bat pour les réaliser. Notre génération, c’est celle qui est descendue massivement dans la rue pour dénoncer les violences sexistes et sexuelles, c’est celle qui s’est battue contre les violences policières et le racisme d’État, pour réclamer justice et vérité pour George Floyd et Adama ! C’est celle qui refuse de trouver ça normal qu’il y ait douze migrants qui meurent à la frontière biélorusse pendant que sur les plateaux télés, les politiciens surenchérissent sur la hauteur du mur à construire pour les empêcher de passer ! C’est celle qui refuse la fatalité de la crise climatique, qui ne trouve pas ça normal que pendant qu’il y a des incendies terribles en Grèce, en Turquie et en Algérie, il fasse 48 degrés en Sibérie !

À l’heure où le capitalisme est en train de faire entrer dans le champ des possibles la disparition de l’humanité dans son ensemble, je sais qu’on est de plus en plus nombreux à penser qu’il faut changer en profondeur ce système capitaliste, patriarcal et raciste qui détruit la planète. Notre génération, si elle se retrouve dans aucun institut de sondage et si elle constitue le gros de l’abstention, c’est parce que pendant que tout l’échiquier politique se décale à droite, nous on est dans la rue à scander « Justice pour Floyd et Adama », on manifeste par dizaine de milliers contre les lois liberticides du gouvernement, on lutte contre les violences patriarcales en pointant la responsabilité de l’Etat dans la mort de Chahinez, Julie Douib, Dounah, Stéphanie.

Ils disent que parce qu’on ne vote pas, on ne s’intéresserait pas à la politique, qu’on serait égoïste mais la vérité c’est qu’ils ont peur de nous, ils ont peur de ce qu’a réalisé le comité Adama en réunissant 100 000 personnes contre les violences policières, ils ont peur de ces jeunes pour le climat qui refusent le greenwashing des multinationales et de la cop26, de ces jeunes qui refusent qu’on fasse des musulmans les ennemis intérieurs et les boucs émissaires de la politique raciste du gouvernement ! Toute la chasse aux sorcières contre les islamo-gauchistes et le wokisme dans les universités, toute l’offensive sécuritaire qui se mène aussi à la fac, c’est une politique consciente des classes dominantes pour diviser et criminaliser tous ceux qui osent critiquer l’ordre établi, et qui refusent un monde fait d’exploitation et d’oppression !

À rebours de la gauche qui s’adapte au climat réactionnaire, qui se sent comme un poisson dans l’eau à la manif des flics, qui stigmatise les communautés pour rentrer dans l’unité nationale derrière Macron, qui se satisfait de l’existence des frontières qui tuent quotidiennement dans la Manche et la Méditerranée, qui se félicite de l’élection d’une bourgeoise raciste à la tête des Républicains comme si c’était une victoire pour les femmes, nous on veut faire exister une candidature ouvrière et révolutionnaire en opposition radicale qui aille jusqu’au bout de la défense des exploités et des opprimés.

Une candidature qui aille jusqu’au bout de la lutte contre l’Etat autoritaire, qui réprime et qui tue dans les quartiers. Une candidature qui aille jusqu’au bout de la lutte pour la régularisation de tous les sans-papiers et l’ouverture des frontières. Une candidature qui aille au bout de la défense des femmes, et des femmes travailleuses qui nettoient très tard le soir ou très tôt le matin, les bureaux et les gares. Une candidature qui aille au bout de la lutte pour la neutralité carbone quand il est évident que le gouvernement est incapable de se hisser à la hauteur des recommandations du GIEC.

Et c’est pour ça qu’aujourd’hui, avec les militants du Poing Levé, on fait la campagne d’Anasse Kazib, pour une candidature révolutionnaire et ouvrière. C’est pour ça qu’en tant que jeune, en tant qu’étudiante, je soutiens la candidature d’un cheminot issu des quartiers populaires et le projet qu’il y a derrière. C’est pour ça que je défends un projet de renversement de la société capitaliste et la construction d’un parti révolutionnaire au service de ce projet, au service de la construction d’une autre société, d’une société communiste, d’une société sans classe, sans exploitation et sans oppression.

Mais cette candidature elle ne va pas pouvoir exister toute seule. Elle a besoin de vous tous ici. Les 150 parrainages qu’on a déjà obtenus, en partant de rien, c’est le travail acharné d’étudiants et de travailleurs qui partent tous les week-ends à la recherche de signatures, avec une détermination sans faille. C’est la détermination de Yassine, Gaétan, Adrien, Raphaël, Esther, Rozenn, qui prennent les routes après avoir fini leur service et arrivent chez le maire en bleu de travail ou en tenue de conducteurs de bus. C’est celle des étudiants que vous voyez ici, qui pendant leurs vacances de la Toussaint sont partis 4,5,6,7 jours d’affilée pour permettre à la candidature d’Anasse d’exister dans le paysage politique. De la même manière qu’on a été déterminé tous les matins pendant la grève des retraites, on est déterminé à être sur la ligne de départ et je vous invite tous ici à prendre la mesure de la gueule qu’auraient les présidentielles si on arrivait à y imposer Anasse Kazib face à Le Pen, Zemmour, Macron, Pécresse. Je vous invite à prendre part à cette grande campagne pour qu’en mars 2022, on arrive à s’incruster à ce grand dîner de bourgeois auquel on n’a pas été invité.



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