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Politique

Islamophobie

« Islamo-droitisme », « islamo-gauchisme » : surrenchère islamophobe pour l’entre-deux tour des régionales

"Islamo-droitisme", "islamo-gauchisme" : avant le second tour, l'islamophobie bat son plein dans les Régionales. Dans l’entre-deux tours c’est un nouveau concept raciste inventé par le Rassemblement National qui a fait son apparition « l’islamo-droitisme ». Une attaque qui s’inscrit pleinement dans un calendrier réactionnaire dicté par le gouvernement et l’agenda raciste des classes dominantes.

vendredi 25 juin

La campagne pour les élections régionales s’inscrit depuis son départ dans un climat islamophobe et par des débats trustés par les thèmes sécuritaires de l’extrême droite et de la droite. A l’image du grand débat des élections régionales en Île-de-France la campagne s’exprime sur un terrain on ne peut plus réactionnaire. Dans ce combat de qui sera le plus à droite, le rassemblement national a sorti une nouvelle carte pour tenter de se démarquer sur la droite de ses adversaires du parti Les Républicains (LR), celle de « l’islamo-droitisme » lancée par la tête de liste du Rassemblement National Jordan Bardella en direction de Valérie Pécresse (LR) à qui il s’oppose pour le deuxième tour des élections régionales.

Cette apparition du terme « islamo-droitisme » n’est évidemment pas anodine. Elle intervient dans un contexte où la stratégie de « normalisation » du parti lancé par Marine le Pen a eu des résultats pour le moins contrastés lors du premier tour des élections régionales. En voulant d’une part maintenir son propre socle d’électeurs attirés par le marketing « antisystème » et en tentant d’un autre côté de draguer une partie de l’électorat de la droite traditionnelle, le RN a eu du mal à se démarquer sur ses thématiques, reprises largement par la droite. Déjà lors du débat précédant le premier tour en île de France, Jordan Bardella attaquait Pécresse autour d’un soit disant laxisme vis-à-vis de l’Islam, laissant place ensuite à une véritable joute chacun essayant de démonter son exemplarité réactionnaire en matière de racisme et de xénophobie : « Pécresse dénonce l’islamo-gauchisme, mais personne ne parle de l’islamo-droitisme et de votre véritable visage, vous avez comme tête de liste Seine Saint Denis, un maire qui a accordé des locaux publics à des prédicateurs radicaux, nous serons une assurance contre toutes ces dérives, contre ces accointances avec les islamistes ».

Un terrain sur lequel les figures du rassemblement national n’ont pas attendu longtemps avant de jouer à fond la carte de l’islamophobie à l’image de Damien Rieu qui n’a pas hésité à tweeter sobrement « L’islamo-droitisme c’est Xavier Bertrand » ou encore de Marie-Caroline Le Pen qui sur le plateau d’Europe 1 affirmait jeudi soir : « il y a une compromission entre Pécresse et les candidats de gauche » ou encore « il y a de l’islamo-gauchisme et de l’islamo-droitisme »

Avec ces nouvelles attaques c’est une nouvelle fois une offensive raciste et stigmatisante qui se met en place contre les musulmans. Dans la droite lignée de l’offensive gouvernementale contre l’islamo-gauchisme, l’extrême droite tente aujourd’hui d’imposer son discours raciste pour tenter de gagner des électeurs mais aussi et surtout de cacher une élection placée sous le signe de la thématique sécuritaire qui a été massivement rejeté par les 66% d’abstentionnistes.

Un second tour marqué par une campagne islamophobe

Ces attaques s’inscrivent dans un climat réactionnaire instauré par le gouvernement. En effet, depuis un an les mesures réactionnaires se multiplient : dissolution du CCIF, attaques contre l’UNEF, lois islamophobes et liberticides, au premier rang desquelles la loi séparatisme. De plus en février dernier le gouvernement par la voix de Frédérique Vidal dénonçait l’islamo-gauchisme au sein de l’université, le gouvernement était alors à l’initiative d’une campagne réactionnaire et raciste. Des attaques contre la communauté musulmane et contre des secteurs d’intellectuels critiques et une partie de la gauche qui ont été soutenues par quasiment l’ensemble du spectre politique du PCF au RN. Les procès en islamo-gauchisme et des mesures islamophobes et liberticides comme la loi séparatisme ont ainsi été cautionnées par une partie importante de la gauche institutionnelle, en particulier le PS et PCF.

De son côté, la droite n’est pas en reste et Valérie Pécresse n’a pas hésité non plus à traiter l’alliance d’union de la gauche d’ « islamogauchistes » dans un tract particulièrement réactionnaire appelant à « faire barrage à la gauche radicale et extrême ».

Quant à la gauche réformiste de la France Insoumise, à EELV, en passant par le PS et le PC, elle n’hésite pas à soutenir Mathieu Orphelin, ancien député macroniste et partie prenante des politiques de casses sociales du gouvernement mais aussi de ses politiques islamophobes. Le Parti communiste n’hésite pas à appeler à voter dans la région PACA Les Républicains, parti qui n’a cessé de stigmatiser les musulmanes et les musulmans.

Des attaques qui visent encore et toujours le même objectif

Ces concepts d’islamo-gauchisme ou d’islamo-droitisme, sont en réalité de véritables attaques racistes et islamophobes et c’est encore une fois les musulmanes et les musulmans qui sont visés avec cette agitation incessante du spectre de l’islamisme. Ils sont ici encore assimilés de manière nauséabonde à des ennemis de l’intérieur qui seraient la cause de tous les maux et qui seraient présents partout et en tout lieu, allant même jusqu’à avoir des accointances avec la droite des Républicains… Cette même droite qui n’a absolument pas à rougir en matière d’islamophobie et de stigmatisation des personnes musulmanes. Le terme « islam » est ainsi devenu dans la bouche des réactionnaires une véritable insulte, l’on parle désormais de la défaite des « islamo-écologistes » dans les colonnes de Marianne, d’islamo-gauchisme et d’islamo-droitisme.

En réalité, qu’elles viennent de la droite, de l’extrême-droite, de LREM et d’une partie d’une gauche institutionnelle instrumentalisant sans cesse la laïcité à des fins islamophobe, ces attaques ont bien pour objectif d’empêcher les personnes musulmanes, majoritairement présente aux seins des classes populaires et de la classe ouvrière, de se lier avec le reste de celles et ceux qui vivent également l’oppression et l’exploitation au quotidien. Elles visent en outre à centrer le débat public sur un prétendu « péril islamiste », dans une période où les classes populaires (et donc une partie importante des musulmans) subissent de plein fouet la crise économique (licenciements et suppressions d’emploi) et ont payé un lourd tribu à la crise sanitaire du fait de la gestion catastrophique du gouvernement. Or, une jonction entre les différents segments de la classe ouvrière s’avèrerait particulièrement explosive pour le gouvernement et les classes dominantes qui marchent sur des œufs et qui craignent l’explosion d’un mécontentement généralisé.

Dans le contexte actuel de polarisation politique et sociale dont l’abstention est aussi l’une des expressions, le climat islamophobe ambiant qui habite ces élections régionales est symptomatique d’un climat politique imposé par la droite et le gouvernement. Face à ces attaques racistes il est central de combattre fermement l’extrême droite et ses idées, mais aussi les piliers du régimes responsables de cette montée islamophobe, au premier rang desquels se trouve aujourd’hui le gouvernement Macron et des secteurs comme la police et ses syndicats.

Il est ainsi central, que l’ensemble du mouvement ouvrier se positionne contre ces attaques islamophobes. Car on l’a vu, derrière ces attaques islamophobes c’est aussi l’ensemble des forces militantes du mouvement ouvrier qui à terme pourra être visé et marginalisé.




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