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Jeunesse

Offensive islamophobe

« Islamogauchistes » : l’offensive liberticide de Julien Aubert et Damien Abad contre l’université

Mardi, deux députés LR ont réclamé l'ouverture d'une mission parlementaire sur les « dérives intellectuelles idéologiques dans les milieux universitaires », des « courants islamo-gauchistes au sein de l'enseignement supérieur ». Une attaque contre l'université dans la lignée de la LPR.

samedi 28 novembre 2020

Julien Aubert à gauche, Damien Abad à droite

Ce mardi 25 novembre, les députés Les Républicains Julien Aubert et Damien Abad, ont réclamé l’ouverture d’une mission parlementaire sur les « dérives intellectuelles idéologiques dans les milieux universitaires » en fustigeant des « courants islamo-gauchistes au sein de l’enseignement supérieur ». Cette nouvelle attaque contre l’université s’inscrit dans la droite lignée de la LPR, pour contrôler les programme universitaires, et ce dans un climat particulièrement liberticide contre l’enseignement supérieur.

Une offensive réactionnaire islamophobe contre l’université

Mardi 25 novembre, Julien Aubert, député Les Républicains et président du groupe parlementaire « Osez la France » et Damien Abad président du groupe Les Républicains à l’Assemblée Nationale, exigeaient avec beaucoup de bruit l’ouverture d’une mission parlementaire sur les dérives intellectuelles et idéologiques au sein de l’université. Les deux députés de droite expliquent dans leur communiqué de presse réagir face à l’apparition de deux phénomènes au sein de l’université. D’une part «  l’importation depuis États-Unis d’une cancel culture, ou culture de l’annulation  », un thème récurrent de la droite et l’extrême droite qui dénonce la mise au silence de ceux qui tiendraient des propos jugés offensants par la gauche. En second plan les deux hommes mettent en garde contre l’existence « de courants islamogauchistes puissants au sein de l’enseignement supérieur ». La lecture du communiqué nous apprend également l’inquiétude de Julien Aubert et Damien Abad face à une situation où selon eux de plus en plus d’intellectuels se retrouveraient dans l’impossibilité de s’exprimer dans le débat public.

Cette offensive de la droite annoncée par Julien Aubert sur le plateau de Cnews s’affirme dans son caractère islamophobe et réactionnaire comme l’expriment les propos du député « contre la cancel culture, contre cette culture de l’ostracisation dans notre université,sur l’islamo-gauchisme un certain nombre d’intellectuels qui se sont exprimés notamment sur Valeurs Actuelles, expliquent que certains enseignements étaient revus de manière à ne pas perturber l’islamisme, que le nombre d’étudiants voilés se multiplient, que dans les bibliothèques certains ouvrages sont déplacés pour ne pas froisser la susceptibilité religieuses de certains, si vous voulez ces deux mouvements qui se construisent en parallèle ou en convergence , nient le débat contradictoire et sont pour ostracisation de ceux qui ne pensent pas comme eux  ». Derrière le voile de la liberté d’expression sur lequel s’appuient le député, c’est clairement à la communauté musulmane et à la liberté d’enseigner des professeurs qu’il s’attaque.

Plus largement l’offensive de Julien Aubert et Damien Abad s’inscrit dans un climat particulièrement réactionnaire et ce au sein de l’université et de l’enseignement. Jeudi 22 octobre déjà, Blanquer le ministre de l’éducation fustigeait sur Europe 1 et au Sénat, les ravages de « l’islamo-gauchisme » au sein de l’université. Il déclarait alors : « Ce qu’on appelle l’islamo-gauchisme fait des ravages, Il fait des ravages à l’université, il fait des ravages quand l’UNEF [Union nationale des étudiants de France] cède à ce type de chose, il fait des ravages quand dans les rangs de La France insoumise, vous avez des gens qui sont de ce courant-là et s’affichent comme tels. Ces gens-là favorisent une idéologie qui, ensuite, de loin en loin, mène au pire  ». Derrière les déclarations scandaleuses de Blanquer ou derrière la demande d’une mission parlementaire de contrôle par deux députés républicains ce qui paraît en filigrane, c’est la remise en cause du droit à contredire le climat raciste et islamophobe instauré par le gouvernement et soutenu par la droite. C’est aussi le droit de militer dans nos universités qui est toujours plus restreint.

Des attaques liberticides contre les enseignants à l’université

 
La lecture de la lettre envoyée au président de l’Assemblée Nationale révèle également la volonté tout aussi explicite des deux députés : attaquer l’université et contrôler l’enseignement. En effet les deux députés écrivent « Monsieur le Président, il s’agit d’un sujet important qui mérite d’être saisi par la représentation nationale. Un travail doit être conduit, tant afin d’analyser le niveau de pénétration de cette culture de l’annulation et de cet islamo-gauchisme dans le milieu universitaire, que pour rechercher les solutions qui pourraient y mettre fin ».
 
Ces propositions s’inscrivent évidemment dans la droite lignée des dernières réformes sur l’université. La ligne est claire, précariser l’enseignement, mater toute contestation et contrôler l’enseignement sur fond d’islamophobie et de « cancel culture ». Elles s’inscrivent dans la droite lignée de la LPR qui accentue la précarité et l’insécurité des chercheurs en les rendant entièrement dépendants des directions d’établissements et en les soumettant aux intérêts du secteur privé, tout en restreignant grandement le champ des thématiques de recherche et en la contrôlant. Un amendement a également été ajouté dans le but de criminaliser le mouvement étudiant, désormais les étudiants sont passibles de trois ans de prison et de 45 000 euros d’amende, s’ils rentrent dans une université « dans le but d’entraver la tenue d’un débat organisé ». Derrière ces termes, c’est les modalités d’actions des mobilisations étudiantes historiques qui sont menacées et les libertés politiques dans les facs qui sont attaqués.
 
Dès lors la proposition des deux députés républicains se veut dans la continuité de ces lois et de ce climat. Ce que ce gouvernement et cette droite cherchent à nous imposer, c’est de pouvoir contrôler et dicter le contenu des cours. Cette demande d’une mission d’information de l’assemblée nationale révèle la nature d’une période marquée par des attaques anti-démocratiques et liberticides. C’est également un renforcement sur le terrain de la bataille idéologique qui est visé, dans une université déjà au service de la production et reproduction du système capitaliste, il s’agit d’éviter tout contre feu à leur monde.Enfin, si l’université est aussi dans le viseur du gouvernement et de la droite c’est d’une part pour contrôler un secteur particulièrement mis à mal par des séries de réformes mais aussi tuer dans l’œuf toute possibilité de combativité et d’explosion que le monde universitaire a pu connaître historiquement.




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