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Politique

Violences islamophobes

Islamophobie. Communiqué de personnels du lycée Charlemagne en soutien à la lycéenne agressée

Alors qu'une jeune fille se présentant au lycée Charlemagne pour passer son bac a été victime de violences islamophobes, l'affaire est montée en épingle par l'extrême-droite et fait l'objet d'une offensive du gouvernement. C'est dans ce contexte que les personnels du lycée ont souhaité prendre la parole pour rétablir leur version des faits. Nous relayons leur communiqué.

jeudi 23 juin

FRANCOIS GUILLOT / AFP

Communiqué de personnels du Lycée Charlemagne

Jeudi dernier plusieurs personnels du lycée Charlemagne ont assisté à une scène violente. Une élève portant le foulard qui se rendait à l’épreuve du baccalauréat sur notre établissement a été agressée par une CPE.

Alors que l’élève avait déjà retiré son voile à l’entrée du lycée, la CPE s’est mise à lui hurler dessus : « Tu enlèves ton truc, tu l’enlèves point ! Je me fiche de mon collègue et il peut y avoir des témoins, j’en ai rien a faire ! On rentre pas voilée ! ». Durant plusieurs minutes, la CPE l’a prise à partie et lui a crié dessus, refusant de la laisser entrer dans l’établissement, et ce alors même que son épreuve avait débuté.

Nous sommes profondément choqués de l’attitude de cette responsable envers une jeune lycéenne qui ne demandait qu’à passer son bac dans de bonnes conditions. De surcroît, la déferlante réactionnaire et les menaces qu’elle a reçue par centaines de la part de l’extrême-droite ajoutent au traumatisme.

Pourtant, auprès de la hiérarchie, c’est la jeune fille et ses soutiens qui sont pointés du doigt. Le 19 juin, un mail de notre proviseur adressé à l’ensemble des personnels de l’établissement rappelait en faisant référence à des témoignages anonymisés de personnels pour un journal indépendant, notre “devoir de réserve et de discrétion professionnelle” : une façon de nous enjoindre au silence face à une situation inacceptable. Largement dans la presse, il est reproché à ceux qui osent parler de mettre en danger la CPE, assimilant la dénonciation d’un acte profondément violent et islamophobe à de l’incitation à la haine à son encontre. L’Etat a réagi de la même façon en convoquant la lycéenne au commissariat. A l’inverse, pas un mot sur la déferlante réactionnaire émanant de l’extrême-droite contre la lycéenne sur les réseaux sociaux.

Nous ne céderons pas aux menaces et au mutisme, nous souhaitons prendre la parole et dénoncer les agissements violents dont plusieurs membres du personnel du lycée ont été témoins, et apporter notre soutien à l’élève. Nous dénonçons à nouveau cette agression et son instrumentalisation par l’extrême-droite qui s’inscrivent dans la continuité d’une offensive islamophobe initiée par le gouvernement. Un climat réactionnaire dont les élèves sont les principales victimes.

Puisque la parole ne nous est pas donnée, nous la prenons. Nous souhaitons réaffirmer notre plein soutien à l’élève, et à l’ensemble des élèves qui se rendent dans les établissements scolaires pour passer les épreuves du baccalauréat. Nous souhaitons accueillir les élèves dans des lieux où seul l’apprentissage et l’émancipation ont de l’importance. Les élèves doivent pouvoir venir dans les tenues qui leurs conviennent : trop couverts ou pas assez c’est à elles et eux de décider !

Des personnels du lycée Charlemagne



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