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Politique

Blanquer sort de ce corps

Islamophobie : Macron évoque une « épidémie » de tenues religieuses à l’école, Ndiaye cautionne

Lors de son déplacement à Marseille jeudi dernier, Emmanuel Macron a promis de répondre, avec le ministre de l’éducation Pap Ndiaye, à une « épidémie » de tenues religieuses à l’école. L’islamophobie aussi reste à l’actualité de la feuille de route du ministère.

vendredi 3 juin

Nous pensions à tort que les gouvernements successifs avait fait le tour des possibilités qu’offre le langage pour qualifier les « tenues islamiques » à l’école et pourtant : « Comme sur toute matière, quand il y a des épidémies, il faut qu’il y ait des symptômes et on mesure. »

C’est Emmanuel Macron qui, lors de son déplacement à Marseille jeudi dernier avec Pap Ndiaye, s’est autorisé cette sortie raciste reprise au journal l’Opinion avant de garantir qu’il allait : « avec monsieur le ministre [de l’Education Pap Ndiaye] regarder, mesurer et répondre avec la plus grande clarté à toutes les situations qui ne respectent pas les lois de la République »

Une école qui se tient sage

« L’école du futur » qu’a esquissé le gouvernement à Marseille - leur « laboratoire » - s’inscrit dans les traces de celle du passé. Loin d’être désavoué, le travail acharné qu’a fourni Jean-Michel Blanquer pour dépouiller et discipliner l’école publique se poursuit, et ce donc, sans oublier le volet islamophobe et réactionnaire de sa performance.

S’il est impossible de jeter la pierre à qui a voulu faire durer le soulagement qu’a provoqué la démission de Blanquer, son remplacement par Pap Ndiaye et sa première sortie à Marseille nous imposent une grande douche froide. Douche de rattrapage offerte par Macron en personne : « épidémie ».

Un ministre qui se tient sage

En déléguant l’institution scolaire à ministre noir et (très) relativement engagé, le gouvernement peut paraitre -eu égard à son prédécesseur spécialiste en offensives islamophobes - vouloir changer de registre. Mais, loin d’être contradictoire avec la poursuite des attaques idéologiques contre les musulmans à l’école, la nomination du très silencieux Pap Ndiaye en permet, tout au contraire, le prolongement façon grand boulevard.

Ainsi, pour ceux qui en doutaient encore, la sortie à Marseille pourra faire office de piqure de rappel. Bien loin de représenter une avancée quelconque pour les racisés et les classes populaires, la nomination de Pap Ndiaye comme ministre de l’Éducation représente surtout une tentative de recréer du consensus en mettant un vernis progressiste derrière les mêmes projets de casse de l’éducation et de renforcement des inégalités sociales et raciales à l’école.

Caution antiraciste du racisme, caution de gauche de la droite bourgeoise, caution intellectuelle de la bêtise, l’illusion Pap Ndiaye ne peut échapper à la question de savoir si elle nous crée du pouvoir ou si elle nous en prend. Sans nier l’importance des victoires symboliques que nous pouvons obtenir dans la lutte contre le racisme, qui plus est dans une période de montée de l’extrême-droite, la cooptation de Pap Ndiaye n’en remplit, en dernière analyse, pas les critères.

Le formidable essor de la lutte antiraciste ces dernières année est le fruit de ceux qui ne délèguent pas, de ceux qui ne détournent pas les yeux du rapport de force. C’est ce chemin de l’indépendance vis-à-vis de la représentation bourgeoise sur lequel nous devons continuer à avancer et à construire. Plus que jamais, la poursuite et l’intensification des attaques contre l’école nous impose de ne pas troquer l’impératif d’élever un front anti-répression pour une gorgée de miel.



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