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Israël bombarde Gaza, les États arabes et les États-Unis légitiment

Le jour de Noël, Israël bombardait la bande de Gaza, touchant des infrastructures civiles. Une attaque qui s’inscrit dans un contexte de crise politique pour Netanyahou et que les pays arabes voisins et les États-Unis légitiment de par leurs relations avec l’État sioniste.

lundi 28 décembre 2020

Crédits photo : Collectif Palestine Vaincra

Pendant qu’une grande partie du monde fêtait Noël ce vendredi, Israël a bombardé la bande de Gaza dans la nuit du 25 au 26 décembre. S’ils n’ont fait ni mort ni blessé, ces bombardements, menés par le gouvernement israélien en représailles du tir de deux missiles par le Hamas, auront touché plusieurs habitations civiles, et notamment un hôpital pédiatrique, comme le montre un post twitter de Hoy Palestina. Israël a une fois de plus mis la responsabilité sur le Hamas, prévenant que le “Hamas [souffrirait] des conséquences pour toute la terreur émanant de Gaza”.

Crise politique pour Netanyahou

Cette attaque survient dans un contexte politique difficile pour le gouvernement de Benjamin Netanyahou dont la coalition parlementaire a explosé la semaine dernière. Après que quatre députés ont voté contre un texte visant à repousser la limite d’adoption du budget, fixée initialement au mardi 22 à minuit, le Parlement a en effet été dissous, faute d’accord trouvé pour le budget 2020. Le 23 mars, les Israéliens iront donc voter pour la quatrième fois en deux ans lors d’élections anticipées. S’il est fortement improbable que Netanyahou, au pouvoir depuis onze ans, se voie dégagé du gouvernement, ce dernier fait cependant face à une menace du côté de la droite nationaliste qui, selon Le Figaro, pourrait obtenir 80 députés sur 120.

Par ailleurs, avec l’ouverture de son procès pour corruption, fraudes et abus de confiance, Netanyahou se voit aussi mis en difficulté du côté judiciaire, dans un contexte de larges mobilisations en Israël contre la corruption. Un des enjeux des élections imminentes serait par ailleurs d’obtenir de ses prochains alliés une loi qui permettrait au premier ministre en fonction de ne pas être inquiété par la justice.

L’attaque aérienne de vendredi dernier contre les Palestiniens intervient ainsi dans un contexte de crise politique pour Netanyahou, qui, en poursuivant la politique réactionnaire de l’État d’Israël, tente également par la même occasion de se donner du crédit auprès des franges les plus réactionnaires de la société israélienne, en vue des élections prochaines. Un gouvernement majoritairement à droite pourrait par ailleurs signifier pour les Palestiniens une relance de la colonisation en Cisjordanie, mise entre parenthèses avec l’échec du “plan du siècle”.

Des attaques cautionnées par la communauté internationale

Les bombardements dont les Palestiniens sont les victimes à répétition se voient par ailleurs cautionnés par les pays arabes voisins d’Israël et par les États-Unis, dont les relations avec l’État israélien légitiment sa politique de colonisation et réactionnaire. Plusieurs États arabes ont ainsi récemment normalisé leurs relations avec l’État hébreu, à l’instar du Bahreïn et des Émirats Arabes Unis qui ont signé les accords d’Abraham le 15 septembre 2020 sous l’égide des États-Unis. Ces accords, foulant du pied la Résolution de Khartoum de 1967 qui posait le principe des “Trois Non” (non à la paix avec Israël, non à la reconnaissance d’Israël, non à toute négociation avec Israël), comporte des avantages à court terme pour ces acteurs. Pour Israël, il s’agit non pas tant d’intérêts économiques que de l’occasion de se relever de l’échec du “plan du siècle” qui prévoyait l’annexion de plusieurs territoires en Cisjordanie. Quant aux États-Unis, la conclusion du traité a permis à Donald Trump de prolonger sa politique internationale qui consistait à sortir de l’isolement l’État israélien et à brandir son succès comme un trophée, dans un contexte de crise politique intense aux États-Unis après la gestion catastrophique de la crise sanitaire et le mouvement Black Lives Matter qui a remis en cause de façon massive le racisme systémique aux États-Unis.

Un autre exemple de cette politique de relations étroites avec Israël sous la coupe des États-Unis est la normalisation des rapports entre le Maroc et l’État hébreu, annoncée par Trump sur Twitter le 10 décembre dernier, et dont la contrepartie pour ce royaume du Maghreb aura été la reconnaissance par les États-Unis du Sahara Occidental, région historiquement disputée et où existe un mouvement pour l’indépendance parmi le peuple sahraoui. Une reconnaissance controversée et sur laquelle Joe Biden aura des difficultés à revenir, dans la mesure où l’acceptation de la normalisation des rapports avec Israël par le Maroc en dépendait largement.

Soutien à la lutte du peuple palestinien

Au milieu de tous ces traités, les Palestiniens sont, une fois de plus, mis de côté et leurs revendications piétinées, montrant que ni les régimes des pays du Maghreb et du Moyen-Orient, ni les puissances impérialistes qui s’allient à ces régimes réactionnaires pour servir leurs intérêts, n’ont rien à offrir aux travailleurs et aux populations opprimées de la région, face à la politique de l’État sioniste. Rappelons par ailleurs que la France n’est pas en reste, étant par exemple un des principaux alliés du Maroc et ayant pléthore d’investissements en infrastructure et dans le secteur automobile dans le pays à travers PSA et Renault.

Pour les Palestiniens, dont la situation ne change pas et qui continuent à lutter contre l’oppression sioniste, la reconnaissance de Jérusalem-est comme capitale et la fin de la colonisation israélienne, la lutte pour le droit à l’auto-détermination doit reposer entre les mains des travailleurs et des classes populaires de tous les pays, et en aucun cas dans celles des puissances arabes voisines ou des puissances impérialistes européennes et étatsunienne. Pour les travailleurs et les classes populaires en France, il s’agit de s’opposer aux plans impérialistes dans la région et d’exprimer un soutien à la lutte pour l’auto-détermination palestinienne.

En ce sens, il est impératif de soutenir le Collectif Palestine Vaincra contre l’attaque du Bureau National de Vigilance Contre l’Antisémitisme, dont le représentant Sammy Ghozlan a déclaré au micro de RadioJFrance ce vendredi : “nous oeuvrons à la dissolution du Collectif Palestine Vaincra”. L’Union Juive Française pour la Paix déclarait d’ailleurs dans un article à propos de cette organisation qu’elle était “une officine dont l’unique animateur connu Sammy Ghozlan est un militant politique dont les orientations sont totalement opposées à toute forme d’antiracisme”, assimilant toute critique de l’État israélien à de l’antisémitisme. En ce sens, exprimer notre solidarité avec le Collectif Palestine Vaincra, qui soutient la lutte du peuple palestinien contre le sionisme et l’impérialisme, paraît essentiel.




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