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Société

« Sommes-tous égaux ? »

« J’ai peur d’aller me coucher ». L’enfer des punaises de lit, un problème de santé publique

L'augmentation des cas d'infestation et la prolifération de ce petit parasite ne semble pas inquiéter outre mesure le gouvernement. Le prétexte invoqué : ce n’est pas un risque sanitaire car il ne transmet pas de maladies. Pourtant, loin d’être anodin, la recrudescence des punaises de lit relève d’un problème de santé publique, d’autant que le nombre de sites infestés a doublé entre 2017 et 2018.

vendredi 26 juillet

Crédits photos : © Agence ISSOIRE

Réapparition de la punaise de lit

La punaise de lit est un petit parasite se nourrissant en piquant les êtres humains, qui avait disparu en France dans les années 50, grâce à l’amélioration du niveau de vie et la modernisation des bâtiments, mais aussi le traitement chimique intensif avec des produits particulièrement toxiques.
Comment se fait-il que ce nuisible réapparaisse aujourd’hui après tant d’années ? Le développement des échanges internationaux a entraîné le retour progressif des punaises de lit, provenant des zones du globe qui n’ont pas connu cette amélioration des conditions de vie.

Ces dernières années, la punaise de lit a pu proliférer, notamment par l’essor du marché de l’occasion, et ainsi l’échange de meubles, de literie ou de vêtements infestés, au point que selon la Chambre Syndicale de Désinfection, Désinsectisation et Dératisation (CS3D), le nombre de cas connus a augmenté de 300% lors des deux dernières années.

Si beaucoup de particuliers sont concernés, les structures collectives ne sont pas en reste. Ainsi, les hôpitaux, les écoles, et les foyers d’hébergement sont particulièrement menacés par la prolifération des punaises de lit. On se rappelle également de la prison de Fresnes qui avait vécu une véritable invasion de nuisibles il y a deux ans.
Cette menace d’infestation est d’autant plus réelle que le manque de moyens mis dans ce type d’établissements publics, en plus de la promiscuité et des problèmes d’hygiène qu’il implique, entraîne l’impossibilité de réagir rapidement et de façon efficace. Difficile de fermer des lits aux urgences quand le service est déjà débordé, de fermer une classe quand les élèves sont déjà 30 par salle, de changer des prisonniers de cellule quand les prisons connaissent un taux de surpopulation de 150%.

« Pas de risque sanitaire », mais une « détresse psychologique »

Les pouvoirs publics n’agissent pas et se cachent derrière l’absence de « risque sanitaire », considérant que comme la punaise de lit ne transmet pas de maladie infectieuse à l’être humain, il n’y a pas de risque d’épidémie.
Pourtant, les témoignages des personnes confrontées à une infestation font état d’une véritable torture psychologique, et d’un désespoir profond : « Je ne peux plus dormir, je ne ferme pas l’œil de la nuit, je suis à cran je ne supporte plus rien ni personne. J’ai peur d’aller me coucher, plus la journée avance et plus je sens une boule d’angoisse se former dans mon ventre » nous confie Jacques, 55 ans, hébergé dans un centre d’hébergement d’urgence.
Selon Maria Hejnar, psychologue clinicienne, « Le fait d’être envahi par les punaises de lit est un véritable traumatisme. Le sentiment d’impuissance que provoque l’envahissement, l’épuisement physique et moral qu’entraîne la lutte contre l’envahisseur, ainsi que la nécessité de tout désinfecter et parfois de se séparer d’objets à valeur affective, peuvent provoquer un effondrement dépressif. »

En effet, les punaises de lit se nourrissent, en piquant l’être humain et en aspirant un peu de son sang. Leurs piqûres sont quasiment indolores, mais provoquent de fortes démangeaisons et l’apparition de plaques rouges, comme un amas de piqûres de moustique.
Comme l’indiquait le témoignage ci-dessus, les démangeaisons et l’inconfort liés à ces parasites peuvent faire perdre le sommeil, et devenir une réelle angoisse.

De plus, se débarrasser de ces nuisibles est un véritable cauchemar. Sortant la nuit, et vivant cachées en journée dans les boiseries, les murs, les textiles, les punaises de lit sont des insectes particulièrement résistants aux traitements traditionnels. Leur éradication nécessite un lavage à plus de 60°C de tous les textiles infestés, et un traitement soit par la chaleur soit par produit chimique de tous les meubles et de tout l’espace concerné de façon rigoureuse et méthodique. Cette opération est principalement réalisée par des entreprises de désinsectisation spécialisées, qui préconisent souvent plusieurs passages. Devant la difficulté à traiter l’entièreté d’un appartement ou d’une maison, de nombreuses personnes se résignent à jeter beaucoup de leurs affaires ou de leurs meubles en espérant se débarrasser enfin de leur fléau.

Tous égaux face à ce parasite ?

Si cette invasion de parasites semble être un problème de santé publique, et que tout le monde puisse en être victime quelle que soit sa situation sociale, il convient de préciser que non, bien sûr que non, nous ne sommes pas tous égaux face aux punaises de lit.

Dans un premier temps, le traitement complet d’une propriété infestée coûte extrêmement cher, allant de plusieurs centaines à plusieurs milliers d’euros, et il existe de nombreuses entreprises qui profitent de cette opportunité pour escroquer des gens désespérés en ne traitant que superficiellement. Déjà, on se rend bien compte qu’une famille isolée qui doit dépenser la totalité de son SMIC pour se débarrasser de ce parasite n’est pas dans la même situation que les grands patrons et leurs millions d’euros pour qui cette dépense n’est qu’un léger imprévu.

Il y a aussi les chances d’être confronté à un tel parasite qui diffèrent selon la situation sociale : l’achat de meubles et de vêtements d’occasions concerne davantage une population précaire, ou avec des revenus modestes, comme les étudiants par exemple, que la moyenne et grande bourgeoisie. Peu de chances d’avoir des punaises de lit livrées avec sa cuisine toute équipée ou son canapé Château d’Ax.
Pour les plus précaires, la priorité n’est pas tant au confort matériel et physique mais bien à la survie, dans des immeubles humides et vétustes ou des appartements insalubres qui sont des lieux idéaux pour la prolifération de nuisibles de toute sorte, et dans lesquels la première des préoccupations est de manger et tenir jusqu’à la fin du mois.

Tous ces éléments nous montrent bien que loin d’être un problème qui nous réunit tous et toutes, la prolifération de la punaise de lit, et d’autres types de parasite, n’implique pas du tout les mêmes conséquences pour tout le monde. Et c’est peut-être bien pour ça que les pouvoirs publics ne considèrent pas la situation comme un problème de santé publique. A l’heure où le gouvernement détruit tous les acquis sociaux et donne les coudées franches au grand patronat pour qu’il exploite toujours plus durement les travailleurs et les travailleuses, au prix d’existences brisées et de conditions de vie indécentes, pourquoi s’inquiéterait-il d’ouvriers et de salariés qui dorment mal et se grattent un peu ?




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