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Genres et sexualités

Parole de gréviste

« J’ai reçu un salaire de 85 centimes » : portrait de Justice, gréviste à Geodis Calberson

Mère de cinq enfants, Justice travaille à Geodis depuis quelques années. L’année dernière, après avoir pris quelques jours de congé, elle a reçu une paie de… 85 centimes. Aujourd’hui, avec ses collègues du dépôt de Gennevilliers, elle est en grève pour les salaires et la dignité.

lundi 7 novembre

Photo : Révolution Permanente

Pour soutenir les grévistes de Geodis à Gennevilliers, donnez à la caisse de grève !

Quand j’ai commencé à travailler à Geodis en tant qu’intérimaire, j’étais au déchargement. Le déchargement, c’est très dur parce qu’il faut charger des petits et gros colis à la chaîne. Il faut recevoir tous les colis qui descendent de la chaîne, les mettre sur une palette, les filmer, les faire entrer dans le camion avec le tire-palettes ; après ça, il faut recevoir les gros colis et les charger dans le camion. C’est pas facile, c’est très très dur, ça fait très mal au dos mais bon, il faut travailler pour survivre et payer les factures.

Après, je me suis fait opérer et je ne pouvais plus porter de charges lourdes, donc on m’a mise à « interparcs ». « Interparcs », c’est les petites enveloppes, les petits colis de moins de 5 kg qui vont dans différents départements. Ce sont des enveloppes qu’il faut scanner et mettre dans de gros sacs. À la fin, avant que le camion ne parte, il faut le fermer et les caristes viennent pour récupérer les enveloppes et les mettre dans les camions.

Je suis aussi à la « qualité », c’est-à-dire que je suis sur une chaîne où je reçois les colis qui ont des codes-barres erronés, des codes-barres qui ne passent pas sur la machine. Pour chaque colis, il faut changer le code-barre. Tu peux recevoir un colis déchiré et alors il faut changer le carton et sortir un autre code-barre. Tu peux recevoir un colis qui ne devait pas passer par Geodis, il faut changer l’étiquette et le renvoyer chez les clients.

Parfois on reçoit des matières dangereuses, parfois c’est des boissons cassées, des cartons déchirés. Il faut refaire le carton, le changer, le prendre en photo pour donner une preuve au client que le carton était déchiré ou que la boisson s’est cassée.

On est en grève pour revendiquer une hausse des salaires, parce qu’en ce moment on touche le SMIC et avec l’inflation on n’arrive pas à tenir debout. On touche notre salaire le 29 du mois et arrivés au 6 ou au 10 on a plus rien, on est obligés de demander des acomptes. C’est très très dur pour nous. En avril, quand j’ai repris le boulot, on m’a envoyé un courrier comme quoi j’avais beaucoup de jours de congé et qu’il fallait que je les pose avant de reprendre le travail. J’ai travaillé pendant 10 jours à peu près et à la fin du mois, je suis partie en vacances et j’ai reçu un salaire de… 85 centimes ! J’ai envoyé un mail au service RH et ils m’ont répondu « oui, oui, c’est ton salaire » !

La grève a commencé le 17 octobre. Pour les négociations, la directrice avait demandé deux membres de la CGT mais nous on a dit : « il n’y a pas que la CGT, il y a aussi les salariés qui font grève, donc il faut prendre au moins deux ou trois salariés ». Et à chaque fois que la direction fait des propositions c’est toujours pas bon. Pour les primes, on a demandé 1000 euros de prime de fin d’année et au début elle nous a proposé 250 euros, même pas la moitié. Elle veut nous arnaquer. Elle a même dit que les jours de grève seraient défalqués de nos jours de congé, ce n’est pas normal !



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