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Du Pain et des Roses

#MeToo

« J’ai serré les dents et étouffé mes larmes » : PPDA de nouveau accusé de viols, la parole se libère

En février, Florence Porcel déposait plainte pour viol à l'encontre du présentateur télé et déclenchait une vague de dénonciations d'agressions et de harcèlement sexuel qu'il aurait commis. Ce lundi, dans un article du Monde, ce sont 8 autres femmes qui livrent de nouveaux témoignages glaçants incriminant PPDA.

mercredi 17 mars

Crédit photo : AFP

Ce lundi 15 mars, dans un article du Monde, de nouveaux témoignages d’agressions sexuelles incriminant Patrick Poivre d’Arvor ont été révélés. Ces nouveaux témoignages viennent alimenter la vague de dénonciation à l’encontre de l’ancien présentateur de TF1 déclenchée par Florence Porcel avec son roman “Pandorini” dans lequel elle dévoile sous forme de fiction des faits de viols pour lesquels elle a porté plainte en février dernier.

Une des victimes présumée de PPDA, Hélène Devynck, journaliste ayant travaillé à la rédaction de TF1 dans les années 90, raconte comment elle a dû céder face à l‘insistance de PPDA : « j’ai serré les dents, et étouffé mes larmes. C’était vraiment humiliant. Je n’avais pas le choix, sinon je ne travaillais plus. Quand j’ai voulu que notre collaboration s’arrête, il a été vexé et cruel, et est allé dire à toute la rédaction que j’étais nulle », confie-t-elle.

Une autre, Chloé dont le nom a été modifié, décrit également de manière très explicite des faits de viol qui auraient été commis en 2003 : « il s’est levé brusquement, m’a enlacée par surprise, m’a embrassée, m’a renversée sur sa grande table, a glissé une main dans mon soutien-gorge puis l’autre dans ma culotte avant de l’introduire dans mon sexe pendant de longues minutes. J’ai essayé de me débattre doucement et de me dégager en murmurant que je ne voulais pas, que j’avais un petit ami, mais j’étais pétrifiée et je n’ai pas osé le repousser vigoureusement », décrit-elle.

Autre témoignage frappant, celui de Joséphine 18 ans et étudiante au moment des faits : « d’un coup, il me saute dessus, et plante sa langue tout au fond de ma bouche. Il dégrafe aussi mon soutien-gorge [...] Je lui demande [d’arrêter] au moins trois ou quatre fois , je lui dis que je ne veux pas, que je n’ai pas envie » raconte-elle.

Une Omerta autour des violences sexuelles dans le milieu journalistique

Ces nouveaux témoignages incriminant lourdement PPDA démontrent une fois de plus l’ampleur de l’omerta à l’œuvre autour des violences sexuelles. En effet, les agissements du présentateur télé seraient parfaitement connus au sein du milieu journalistique. Un reporter qui a travaillé aux côtés de l’ex-présentateur déclare au journal Le Parisien : « à chaque fois qu’un scandale Metoo éclate, je ne peux m’empêcher de me demander "Pourquoi rien ne sort sur Patrick Poivre d’Arvor ?" ».

Cette omerta provoquée par un système patriarcal et capitaliste permet aux hommes des classes dominantes d’exercer leur domination sur des femmes souvent plus précarisées face à l’emploi, ceci expliquant ainsi pourquoi les victimes de violences sexistes aient, par peur de mettre en danger leur carrière et d’être mise à la porte, souvent du mal à dénoncer ces violences-là.

Une libération de la parole face au violences sexuelles

Cependant, cette omerta sur les violences sexistes et sexuelles tend à se lever. On assiste déjà une libération de la parole notamment avec le mouvement #metoo et #BalanceTonPorc ayant débuté en 2017. Mais également plus récemment avec le hashtage #MeTooGay mettant en avant les violences sexuelles subies par les personnes LGBT dont le déclencheur a été une accusation d’agression sexuelle et viol contre un membre élu du PCF à Paris. Mais aussi avec le hashtag #MeTooInceste déclenché par Camille Kouchner qui, dans le livre La familia grande accuse Olivier Duhamel, constitutionnaliste très influent, d’avoir abusé de son frère jumeau pendant leur adolescence. Là aussi, l’affaire Duhamel met en évidence l’omerta qui règne au sein des milieux de pouvoir concernant les violences sexuelles. En effet, Frédéric Mion, directeur de l’école Sciences Po, a reconnu être au courant des agissements pédocriminels imputés à Olivier Duhamel. Pas étonnant donc que des étudiantes aient dénoncé l’inaction de la direction face aux violences sexistes et sexuelles avec le hashtag #SciencesPorcs.

Les faits révélés par ces différentes vagues de dénonciations et de témoignages sont la conséquences de l’oppression patriarcale qui règne sur toute les strates de la société, que ce soit sur nos lieux d’étude ou de travail, favorisée par un système capitaliste précarisant les femmes et favorisant la violence. Dans ce contexte, nous ne pouvons qu’encourager les victimes à continuer à élever la voix et apporter notre soutien à toutes les victimes de violences sexistes et sexuelles qui ne sont pas le fait de dérives individuelles, mais provoquées dans le cadre d’une société foncièrement patriarcale et capitaliste, où la précarité est renforcée par la domination de genre que subissent les femmes. A ce titre, les femmes travailleuses et l’ensemble de la classe ouvrière ont un rôle clé à jouer pour renverser ce système dans son ensemble et poser les bases d’une société émancipée des rapports d’exploitation et d’oppression.