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Politique

A REPUBLIQUE : MANŒUVRE D’ENCERCLEMENT

« J’ai vu les policiers isoler une partie des manifestants du reste de la manif et les maintenir encerclés pendant plusieurs heures »

Empêché de se rendre au cœur de la manifestation, ce témoin a observé du haut des marches à l’angle du boulevard du Temple la manière dont se sont déroulées les manœuvres de la police jusqu’à l’encerclement sur la place de la République. « Le projet était clair dès le début et son issue ne pouvait être qu’affrontements, provocations et garde-à-vue (GAV) ».

lundi 30 novembre 2015

Un témoin révolté

RP : Pourquoi as-tu eu envie de témoigner ?

Dès hier soir, les commentaires de Cazeneuve et d’une bonne partie des médias tendaient à démontrer qu’il y avait deux types de manifestants hier dans les rues : les manifestants calmes et disciplinés qui avaient, sans heurts, fait une chaîne de République à Bastille et les autres qui avaient refusé de se soumettre aux règles de l’état d’urgence, agressé les forces de l’ordre et profané les bougies et fleurs déposées au pied de la statue de la République.

J’ai trouvé cette propagande fausse et odieusement accusatrice pour des gens qui n’avaient fait que défendre un droit imprescriptible, celui de manifester. Je tiens à dire que tout autour de la place et dans les rues il y avait des quantités de manifestants et de passants qui soutenaient ceux qui étaient à l’intérieur. J’en faisais partie ; Il n’y avait pas deux types de manifestants.

RP : Tu parles d’un projet d’encerclement prévu dès le début ? Pourquoi ?

Vers 12 heures, le long du boulevard Voltaire j’ai vu la chaîne des manifestants contre la COP 21 qui se mettait tout le long du trottoir de gauche et des camions de police alignés le long de la rue face à eux. Les policiers n’étaient pas ou très peu visibles.

Vers 14 heures, des bataillons de CRS ont commencé à arriver à pied par des rues transversales tandis que les camions faisaient manœuvre vers les entrées des rues donnant sur la place de la République. Un rang de CRS s’est formé, la circulation a été progressivement interrompue et des camions sont venus s’aligner côte à côte sur toute la largeur de la voie, sans laisser le moindre espace. Progressivement une sortie étroite était laissée aux passants et les entrées devenaient de moins en moins faciles, avec fouille au passage. La souricière se mettait en place.

RP : As-tu pu voir comment les événements se sont enclenchés place de la République ?

A l’entrée du boulevard Voltaire le reflux des manifestants revenant de Bastille était très visible et la place devenait noire de manifestants. Les policiers ont commencé à refermer leur dispositif d’encerclement. Les manifestants ont continué à entrer sur la place par des brêches aux angles des rues. Un départ en manif vers le Père Lachaise au cri de « liberté », « liberté ». A ce moment-là des premiers bruits de grenades lacrymogènes se sont fait entendre. La place a été définitivement bouclée. Et ce pendant plusieurs heures. Environ 4 heures je crois (mais je ne suis pas resté jusqu’au bout).

RP : Comment ont réagi ceux qui étaient autour de la place, contenus par les cordons de CRS ?

Les manifestants encerclés ont poursuivi leur projet de se battre pour la liberté de manifester en tournant en manif autour de la place et en scandant des mots d’ordre dont celui qui est emblématique de la période,« Etat d’urgence, Etat policier, on ne nous empêchera pas, de manifester ».

A l’extérieur un soutien puissant de tous ceux qui étaient autour de la place et qui scandaient « libérez nos camarades ». Le soutien était massif et la volonté d’isolement était faite pour pouvoir exercer la répression brutale qui était prévue dès le début plutôt que la protection des manifestants contre de potentiels terroristes à laquelle personne n’a jamais cru.

RP : Quel est ton sentiment après cette journée que tu as vu de près

De là où j’étais, je n’ai pas pu voir ce qui se passait autour de la statue. Mais quand j’ai vu ce matin une photo et une video qui montraient les flics en train de piétiner les fleurs et les bougies déposées au pied de la statue en hommage aux victimes des attentats du 13 novembre ça ne m’a pas du tout surpris. Tout ce que j’avais pu voir et entendre des flics depuis 14 heures sentait la répression programmée et l’intention de mettre au pas, même en utilisant la provocation, ceux qui se battaient pour une liberté que je ne tolèrerai jamais de voir contester.



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