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Précarité étudiante

« Je me suis retrouvé à la rue pendant un mois » : témoignage d’Enzo, étudiant de 23 ans

L’année dernière, Enzo*, étudiant en IUT à Caen, s’est retrouvé à la rue pendant un mois. Entre l’abandon du CROUS, ses deux jobs et ses problèmes de santé, il revient sur son histoire pour Révolution Permanente.

6 octobre 2023

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« Je me suis retrouvé à la rue pendant un mois » : témoignage d'Enzo, étudiant de 23 ans

Je m’appelle Enzo, j’ai 23 ans et je suis actuellement étudiant dans un IUT à Caen. J’ai d’abord commencé des études d’agronomie à Lyon, où j’avais une situation économique difficile car ma famille ne pouvait pas m’aider. Pour aider mes parents financièrement et m’en sortir, j’ai cumulé deux jobs à côté de mon IUT. Je travaillais la nuit et le week-end, et en janvier 2022 j’ai fais un burn-out. Je dormais jusqu’à 22 heures par jour, je n’étais plus capable de tenir les cours, et j’ai fini par tomber en dépression jusqu’à faire une tentative de suicide.

J’ai décidé de me réorienter, non pas parce que mes études ne me plaisaient pas, mais parce que j’avais accumulé trop de mauvais souvenirs dans cette voie là. Je suis donc parti faire mes études à Caen, très loin de ma famille. Le jour de mon déménagement, j’ai perdu ma voiture dans un accident (je me suis fait percuté à 70km/h) et j’ai du me rendre à Caen en taxi. Je devais récupérer mon logement le soir-même, j’étais en contact avec le propriétaire, j’avais signé les papiers pour l’appartement, mais une fois arrivé devant la porte de l’immeuble, je me rends compte que je me suis fait arnaquer. Le véritable propriétaire du logement m’a en effet expliqué qu’il avait loué son appartement en AirBnb pendant l’été et que depuis, une personne faisait signer des faux bails à des étudiants.

Sans aucune solution ni même ma voiture, j’ai donc passé ma première nuit dehors. Dès le lendemain, le jour de la rentrée, j’ai commencé à chercher de l’aide : j’ai tout déballé à la directrice de ma formation mais celle-ci m’a simplement répondu que « j’étais un adulte et que je devais me débrouiller ». Je suis allé voir le CROUS qui m’ont dit qu’ils n’avaient pas de logement pour moi avant le mois de février. Je me suis retrouvé à la rue pendant un mois, et aucune institution ne m’a aidé.

Moi dans cette situation, j’étais totalement déboussolé. Je n’ai rien osé dire à ma famille ni à mes amis, et je me débrouillais comme je pouvais en dormant parfois chez des gens qui voulaient bien m’héberger. Au bout d’un mois, ma santé mentale était au plus bas et ma santé physique commençait à prendre cher. Quand j’ai finalement trouvé mon appartement, je me suis allongé sur mon matelas pendant une semaine non-stop ! J’ai mis mes études en pause pendant un an et j’en garde toujours des séquelles psychologiques.

L’université, pour moi, c’est devenue une machine à broyer, j’y ai perdu beaucoup et j’y ai gagné très peu : j’ai fini à la rue, j’ai connu des périodes où je ne pouvais pas manger comme je voulais, où j’étais très isolé socialement… Si je veux continuer mes études pour arriver au métier de mes rêves, j’ai une très mauvaise image de l’université aujourd’hui.

À l’heure actuelle, je cumule toujours deux jobs à côté de l’IUT mais à la différence de ma situation à Lyon, je ne travaille plus que le week-end. Économiquement, ma situation est toujours difficile à cause de l’inflation. Par exemple, j’ai choisi de m’excentrer de Caen pour avoir un logement moins cher et j’habite à 20 min en voiture de la ville, mais avec la hausse du prix du gasoil, je réfléchis à changer de mode de transport. Pareil pour les courses, les fruits, les légumes et la viande sont beaucoup plus chers qu’avant et quand je fais mes courses à Lidl, je repars avec un caddie deux fois moins rempli qu’avant.

Et c’est une situation qui se généralise : à l’IUT, on est en train de monter un frigo solidaire car on voit que de plus en plus d’étudiants n’arrivent plus à se nourrir correctement, il y a des étudiants qui n’ont pas logement… les loyers sont tellement chers maintenant, j’ai vu des appartements de 10m2 à 600 et 700 euros ! Quand on voit que le gouvernement paie des dîners à six millions d’euros à des reliques de la monarchie… on pourrait pas attribuer ce budget à autre chose ? Par rapport à toutes les problématiques qu’on a en France, avec la précarité des jeunes et des séniors, avec l’écologie… moi je préfère acheter du vin au cubis et le partager avec tout le monde !

Si on trouve pas de solution collective, le problème ne va faire que s’empirer : soit le nombre d’étudiants dans cette situation va exploser, soit les étudiants qui ont des familles en difficulté financière vont tout simplement arrêter d’étudier. En plus de ça, on a des universités avec des infrastructures qui ne sont plus du tout adaptées à la recherche actuelle, on a des facs qui sont considérées comme des « facs poubelles »… Aujourd’hui, il faudrait révolutionner le système en réinvestissant dans les universités, en donnant les moyens que n’importe quel jeune puisse étudier dans la filière de son choix et qu’on puisse être formés pour l’avenir !

*Le prénom a été modifié


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