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Notre classe

Education nationale. Témoignage d’une assistante de vie scolaire

« Je pense que mon métier est en train de se dégrader, j’ai perdu de ma liberté, de ma disponibilité. »

Révolution permanente lance une campagne de témoignages des travailleurs de l’Éducation qui, depuis la rentrée, subissent la mise en application des réformes Blanquer.

mardi 7 janvier

Le passage en force des réformes néolibérales n’a d’autres conséquences que la casse accélérée de l’éducation nationale. Face au manque de moyens, à la dégradation de leur quotidien, aux suicides des collègues comme celui de Christine Renon et maintenant au projet de reforme des retraites, nombreux sont ceux qui choisissent de démissionner. Depuis la loi de 2005 sur la scolarisation en milieu ordinaire des enfants en situation de handicap, l’école a vu arriver de nouveaux personnels dans ses classes, les Auxiliaires de Vie Scolaire.

Je suis AVS depuis mars 2010, j’ai été recrutée avec un baccalauréat, deux années de fac de psycho et une expérience professionnelle dans l’éducation populaire. J’ai commencé en plein milieu d’année scolaire, dans une structure, l’école, dont je ne connaissais pas le fonctionnement, avec des élèves dont je ne connaissais pas le handicap, avec un contrat d’un an renouvelable six fois, à mi-temps et à l’époque sans CDI à la clé car être AVS n’était pas un métier mais une fonction comme les surveillants dans les collèges.

J’ai commencé comme AVS collectif en CLIS (classe pour l’inclusion scolaire), c’est à dire dans une classe avec douze élèves, une enseignante et une assistante maternelle. L’année suivante, je suis passée à temps plein, en plus de la CLIS, je suis devenue AVS individuelle avec un élève de CP conditionné AVS (il ne venait pas à l’école lorsque je n’étais pas présente, soit la moitié du temps donc) présentant des troubles du comportement. J’ai changé d’élève et ou d’école lorsqu’il y avait des orientations en milieu spécialisé ou tous les 3, 4 ans dans un même établissement.

Pendant les quatre premières années, j’ai bénéficié de formations, de temps de discussion avec des professionnels. Que ce soit mon emploi du temps, l’attribution des enfants qui m’étaient confiés ou les formations qui m’étaient proposées, tout était géré par une personne, le coordonateur ASH (adaptation scolaire et scolarisation des élèves handicapés) du département. Nous étions environ 200 AVS sur le département et notre interlocuteur direct était le coordonnateur ASH. J’ai également bénéficié de la possibilité de passer une VAE (valorisation des acquis d’expériences) d’éducateurs spécialisés.

Il y a 4 ans on m’a proposé un CDI (contrat à durée déterminé) avec un statut de contractuel !

Mais je me pose des questions :

Cela fait bientôt 10 ans que je suis AESH (accompagnant d’enfant en situation de handicap) dans la même petite ville du Tarn et nous n’arrivons pas à faire émerger une équipe solide et solidaire, pourquoi ? Parce nous avons chacun un statut différent, certain sont à contrat aidé à mi-temps pour 6 mois, 1 an ou 2 ans selon les années, d’autres sont à 60%, 70%, 80% ou 100%. En CDD ou en CDI !
Parce que nous ne bénéficions plus de formation ni de temps de rencontre.

Cela fait 5 ans que je suis sur le même établissement, en 5 ans j’ai vu quatre enseignants non spécialisés affectés sur le dispositif ULIS (Unité local d’inclusion scolaire), sur le collège précédent j’ai vu quatre enseignants en 4 ans. Des enseignants qui ne connaissent ni le fonctionnement d’un collège, ni le fonctionnement du dispositif ULIS, ni les différents handicaps et qui ne sont pas des spécialistes des adolescents. Qui fait le lien ?

Depuis 2 ans, avec une volonté de l’école inclusive, nous recevons de plus en plus d’élèves (13 élèves pour 10 places), de moins en moins autonomes. En même temps le métier d’AESH est dévalorisé (création d’un diplôme niveau CAP), précarisé (des temps partiels imposés).

Il y a de plus en plus de d’élèves qui attendent une place en ULIS ou qui attendent un accompagnant. Quelle scolarité on offre à ces enfants ? Ils se retrouvent en milieu ordinaire, seuls.

Depuis 2 ans nous voyons arriver une nouvelle gestion des AESH. En effet aujourd’hui, nous sommes 500 dans le département, une seule personne même compétente ne peut s’occuper de tout ce personnel et tout ces élèves en situation de handicap. Le PIAL (pôle inclusif d’accompagnement localisé) nous met entièrement entre les mains du chef d’établissement ou du directeur d’école. Ils gèreront le recrutement et l’affectation des AESH, nos emplois du temps (qu’ils pourront modifier au cours de l’année ou ponctuellement), la quotité horaire en fonction des élèves. Quel sera notre travail si nous sommes présents 1 heure par si, 1 heure par là ? Aucune relation, ni avec l’élève que l’on suit, ni avec sa classe. Serons-nous de simples secrétaires ?

De plus, j’ai reçu juste avant les vacances de Noël une petite lettre recommandée m’expliquant que j’allais être rétrogradée à 80% parce que mon travail effectué ne correspondait pas aux 39h semaine que je dois effectuer. Je passerai donc à 31h semaine avec une baisse de salaire de 200 euros. Cela signifie que je ne ferais plus de cantine (alors que certains élèves ont besoin d’un accompagnement pendant le temps périscolaire), je ne ferai plus de voyage scolaire (non accompagnés, nos élèves ne partiront plus non plus), je n’accompagnerai plus les élèves dans le temps périscolaire.

Je pense que mon métier est en train de se dégrader, j’ai perdu de ma liberté, de ma disponibilité. Les besoins des élèves ne sont plus les mêmes et je ne comprends plus ce que l’on attend de moi.