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"Je regarde votre film j’ai envie de voter Le Pen" : à Cannes, un journaliste interpelle les réalisateurs de Bac Nord

Dans le film « les gens des cités ne sont que… des bêtes, en fait » interpelle un journaliste de l'AFP irlandais à l'équipe du film Bac Nord de Cédric Jimenez, présenté cette année à Cannes, hors compétition. Un film dont la bande-annonce sent déjà la caricature et le parti-pris policier à plein nez.

jeudi 15 juillet

Bac Nord, est un film présenté hors compétition au festival de Cannes cette année, il a défrayé la chronique lorsqu’un journaliste de l’AFP irlandais, Fiachra Gibbons, a interpellé l’équipe du film sur le caractère partial du film qui fait apparaître les habitants des quartiers populaires comme « des bêtes ».

« Et c’est une vision qu’on a toujours dans les médias français : les zones où on ne peut pas passer, les zones hors de la civilisation, les zones où il faut réimposer la loi française » poursuit-il malgré les rires de l’assistance et notamment ceux des acteurs et du réalisateur du film. C’est en effet ce que l’on constate dès la bande annonce du film, c’est que les protagonistes doivent se frayer un chemin parmi des hordes d’hommes violents, pour la plupart racisés qui hurlent et déploient intimidations et violences physiques envers une voiture placée là et envers la brigade dont on suit le parcours. Des policiers qui paraissent donc dès ce court aperçu du film, victime de leur hiérarchie, de la violence des « délinquants » et de la violence judiciaire qui leur tombe dessus lorsque l’on comprend que ces baqueux sont, sans trop de surprise, des « ripoux » .

Cédric Jimenez, le réalisateur qui n’en est pas à son coup d’essai dans le domaine du film d’action, n’a pas le même talent lorsqu’il s’agit de montrer des muscles que lorsqu’il s’agit de décrire une réalité dramatique : celle des quartiers populaires et de la violence quotidienne imposée par la police. Tentant de défendre son film, il n’en révèle que son parti pris : « ce sont des zones abandonnées de la république, mais tout le monde est abandonné dans la zone : la police comme les habitants », reprenant malgré lui la rhétorique gouvernementale des quartiers « abandonnés par la République » qu’il faudrait donc pacifier à grand coup de renfort policier. Le réalisateur et son équipe, qui se garde bien d’une logique de dénonciation comme il le dit lui-même : « Je ne veux pas dénoncer mais raconter le quotidien de ces policiers, qui, sous la pression finissent par franchir la ligne jaune » prend pourtant position en étant en contact étroit avec la police sur place comme il le revendique, mais aussi avec Bruno Carrasco, dont le personnage principal est inspiré, l’auteur du livre Sacrifiés de la Bac Nord et l’un des principaux condamnés dans l’affaire de racket et de vol dont s’inspire le film. Il est l’une des « têtes » du groupe de 18 baqueux incriminés qui ont reçu, alors que le film était en plein tournage des peines minimes allant d’amendes à de la prison avec sursis pour racket et vol, et a servi de consultant pour le film, c’est dire quel parti pris a, dans les faits pris Cédric Jimenez.

Après le confinement et les 12 personnes mortes dans les quartiers populaires après avoir croisé la police, après le mouvement historique et international contre les violences policières, ce film apparaît comme s’adaptant totalement, dans le domaine de l’art, à l’agenda sécuritaire imposé par le gouvernement et la droite en vue des présidentielles comme le souligne Fiachra Gibbons. Il impose donc des clichés raciaux et classistes à l’écran, défendant le point de vue de policiers appartenant à l’un des corps les plus réactionnaires de France et ses méthodes de barbouzes. Un soit-disant art dont on se passera donc bien !




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