^

Société

Témoignage

“Je suis Valérie, en handicap invisible, maman et gilet jaune qui se bat contre la maladie et l’injustice”

Je ne viens pas vers vous en tant que porte-parole ou représentante des handicapés de France, je viens vers vous en tant que femme ayant un handicap dit invisible, en tant que maman, en tant que gilet jaune. Au moins 13 millions de personnes vivent avec un handicap (visible ou invisible) sur 67 millions de français.

lundi 25 mars

Texte : Valérie Dumas | Image : Michel Grimm

13 millions [1] de français luttent contre ou avec leur maladie (je vous laisse libre choix) ! 13 millions de personnes sont ignorées, oubliées, invisibles pour ne pas dire jetées aux bans de la société !

Pourquoi pas un peu de moi avant de parler de mon implication dans le mouvement ?

Après 40 années de souffrance, en 2015, une psychiatre montpelliéraine a posé des mots sur mon « mal être ». Depuis, je vis, j’évolue dans ce cercle que j’appelle ma famille = les handicapés. Pour moi le handicap ce n’était pas cela. C’était toutes ces personnes dont on voit la différence. Mais je me suis remémoré une période où j’exerçais au secrétariat d’une école. Il y avait un petit garçon, qui au premier abord semblait « normal » (que ce mot n’est pas beau car c’est quoi la normalité ?). En fait il avait été diagnostiqué autiste. J’avais eu l’occasion de discuter avec la maman qui m’avait expliqué les problèmes quotidiens avec les administrations, le combat pour scolariser son enfant, la souffrance de supporter l’oeil des autres parents qui qualifiaient ce petit bout de 5 ans de capricieux, de fou et j’en passe. Je n’avais pas compris à ce moment là ce que cela représentait. Dans mes différentes démarches administratives je n’avais rencontré que des personnes bienveillantes, qui n’ont jamais jugé mon handicap qui est le handicap psychiatrique : je suis bipolaire et borderline.

2017, les élections sont là. Cette personne pour qui des millions de personnes ont votée, cette personne est celle qui va avoir en charge nous français, notre pays et l’Europe. J’avais compris dès le départ, qu’une personne sortant du milieu bancaire ne pourrait pas traiter les gens humainement. Oubliez-vous les problèmes que vous rencontrez avec vos banques lors de demandes particulières ? Les français ont commencé, financièrement, à sombrer.

Le 17 novembre 2018, la France a grondé. J’ai grondé. Ce fut le début de la révolte. J’ai enfilé mon gilet jaune et j’ai commencé à me battre. Mais au fil des semaines, en lisant les tracts, je me suis rendu compte que les handicapés n’étaient notés nulle part. Que dans les revendications, les handicapés étaient les oubliés. Cela m’a mis en colère. Alors j’ai intégré un 1er groupe facebook dont j’ai été porte-parole. J’ai pu communiquer, entre autre, avec des femmes et des hommes ayant un handicap invisible. Le handicap psychiatrique, celui qui est le mien, se résumait à 2 personnes.

J’ai décidé il y a quelques jours, de créer mon propre groupe de gilets jaunes handicapés. Je ne suis pas porte-parole des handicapés de France, je porte juste MA parole, MON ressenti. J’estime que nous avons une double peine : porter notre handicap + porter toutes les injustices quelles qu’elles soient. J’explique dans toutes les AG Gilets Jaunes et lors des débats, ce que les handicapés subissent comme injustices. Des exemples, des doléances j’en ai listé un grand nombre, cette liste n’est pas exhaustive. Je vous laisse la lire.

Il faut savoir que peu d’handicapés ont un emploi fixe. Ceux qui ont un handicap invisible sont plus impactés d’après ce que j’ai pu constater, confortée par ma propre expérience. Le handicap que l’on ne voit pas est souvent assimilé à « faire du cinéma ». J’en veux pour exemple la fibromalgie : elle est pour la médecine une maladie que je qualifierai « d’imaginaire ». Le handicap psychiatrique est souvent assimilé à la folie. Je crie à la honte, à la méchanceté et l’incompréhension de l’homme.

A toutes les revendications des gilets jaunes, doivent s’ajouter celles d’une grande majorité des personnes handicapées, de milliers de parents d’enfants handicapés, de retraités en handicap etc... Nous allons vous donner quelques exemples de notre vision humaine, de notre constat quotidien.

Nous avons pu constater, que les écoles n’étaient pas fonctionnelles, certaines classes sont en étage sans ascenseur. Comment font les enfants ? Bien souvent ils sont montés en classe par le parent et y reste tout du long de la journée, sans pouvoir participer aux récréations, aux activités extérieures.

Nous avons pu constater que les enfants n’avaient pas d’AVS. Que les parents devaient se battre contre les institutions pour avoir gain de cause. Et parfois malgré leur combat, la demande est rejetée.

Nous avons pu constater qu’il n’y avait aucun respect des places de parking réservées aux personnes handicapées, que ces places étaient peu nombreuses, que ces places n’étaient pas très logiquement positionnées.

Nous avons pu constater qu’à la retraite l’AAH n’était plus octroyée. Pour quelle raison ? L’handicap n’est plus, passé 62 ans ou 42 annuités de travail ?

Nous avons pu constater que l’AAH dépendait des ressources de la famille. L’handicap dépend déjà de la famille, doit-on lui ajouter le manque financier ?

Je suis citoyenne française. Je veux vivre et non survivre. Je suis Valérie, en handicap invisible, maman et gilet jaune qui se bat contre (ou avec à vous de voir) la maladie (invisible), l’injustice, l’indifférence.


[1] En 2002, l’INSEE annonçait le chiffre de 12 millions basé sur l’enquête HID (Handicaps, Incapacités, Dépendance), mais nous pouvons largement l’augmenter d’au moins 1 million vue la croissance de la population française.

Groupe Facebook Gilet Jaune et Handicaps




Mots-clés

Gilets jaunes   /    Psychiatrie   /    Handicap(s)   /    Témoignage   /    Société