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Politique

Témoignage

"Je vois Sébastien sortir d’un nuage de lacrymo, le bout de son bras comme un tissu déchiqueté"

Paris, Acte XIII. "Devant l’Assemblée Nationale, les gendarmes se sont gazés eux-mêmes avant d’avoir des renforts pour sauver l’Assemblée de l’urine publique. Quelques minutes plus tard est sorti Sébastien, d’un nuage de lacrymo, tenant son bras et soutenu par un GJ. Le bout de son bras comme un tissu déchiqueté. Choc, tristesse, colère, impuissance, larmes de le voir vivre cette horreur."

lundi 11 février

Acte XIII. La journée commence par une gaffe, persuadé que le métro Etoile serait fermé je descends à Madeleine, étonné qu’elle soit ouverte, oui oui. En arrivant place de l’Etoile j’y retrouve une grande foule que je sens déterminée. Je redescends les Champs pour atteindre la tête de « convoi » et j’observe quelques secondes Jérôme Rodrigues répondre à des interviews.

On démarre et un des bérets bleus de la sécu vient me demander de marcher sur la chaussée où je serais plus en sécurité. Je lui réponds « non, je suis dans la désobéissance civile » puis on discute quelques minutes. Dès la rue François 1er, gazages bien dosés parce qu’on devait un peu trop pousser leurs boucliers et quelques ovnis passaient au-dessus de nos têtes. J’ai eu comme le sentiment que les GJ étaient dans l’acceptation qu’il fallait assumer le contact, même les séniors n’avaient plus ces regards réprobateurs des débuts. Comme une violence assumée par « tout le groupe » ! De cette rue à l’assemblée, impression que le cortège avait encore grossi en nombre. Beaucoup de harcèlement des GJ envers les forces de répression, mais avec sourires et projectiles.

Devant l’Assemblée Nationale, une tête de cortège se forme pour continuer le long des quais, tandis que le service d’ordre s’égosillait à maintenir les gens vers le Bd St Germain. Cette interruption a donné l’occasion à quelques GJ de faire un concours de morse avec les gendarmes derrière les palissades de chantier, mais mauvais joueurs, ils se sont gazés eux-mêmes avant d’avoir des renforts pour sauver des planches du feu et l’Assemblée de l’urine publique.

Quelques minutes plus tard est sorti Sébastien, d’un nuage de lacrymo, tenant son bras et soutenu par un GJ. Le bout de son bras comme un tissu déchiqueté. Choc, tristesse, colère, impuissance, larmes de le voir vivre cette horreur. Des streets medics s’occupent de lui, je m’éloigne, choqué et enragé envers ces gens qui blessent pour de l’argent !

Je reprends la manif boulevard St Germain mais je n’y suis plus, jusqu’à ce que je comprenne qu’on sort du parcours déclaré, parce que la sécurité râlait qu’on ne tourne pas Bd Raspail, pour continuer sur Bd St Germain puis tourner sur la rue de Rennes. Ça me remonte, la désobéissance m’ayant toujours fascinée. Ensuite on monte vers la tour Montparnasse jusqu’à ce qu’un horizon de casques bleus nous invite à tourner à gauche bd Raspail puis bd du Montparnasse pour une pause boucliers métro Port-Royal, un GJ arrêté violemment.

Descente du bd St Michel avec une timide tentative de continuer sur Châtelet calmé par un nouvel horizon de casques bleus un peu plus mobile que d’habitude. Je rejoins le cortège qui avait tourné rue de Médicis pour arriver en plein intervention de casques bleus pour défendre les intérêts de la « nouvelle librairie » dont j’entendis rapidement parler des influences d’extrême-droite. Je me suis juste permis de dire aux deux personnes qui sauvaient les présentoirs extérieurs à quel point j’était désolé que ce ne soit pas pire.

Quelques minutes plus tard une scène d’interpellations, avec un coup de poing dans les parties d’un jeune puis relâché, une jeune fille contre la grille du jardin du Luxembourg en larmes, j’entends qu’elle a 15 ans, les casques semblent l’emmener puis la laisse rejoindre ses copines, toutes en état de choc.

Sénat, je suis à l’angle de la rue de Tournon. Je vois un casque avancé vers moi grenade en main et doigt dans la goupille, je me recule et reçois un truc en plastique par derrière, une giclée de gaz du sol et boum de partout, paumé ! Puis un gars montre le mur ou la grenade a explosée et des carreaux de marbres sont détruits sur un bon m². Les casques chargent, dur de savoir quoi faire, un cocktail molotov passe au-dessus de nos têtes pour finir dans leurs pieds, je décide de courir plus vite que leurs boucliers, j’angoisse la nasse, j’ai dû être un saumon de banlieue.

Ensuite les casques ont repris leur encadrement pédagogique au niveau métro St Placide en remontant la rue de Rennes, on tourne tous ensemble bd du Montparnasse direction métro Duroc pour quitter nos gentils organisateurs de massacre rue de Vaugirard à partir d’où tout ce qui pouvait brûler, brûlât. Des gens pas contents aux fenêtres, des banques, etc. vitrines cassées, une voiture de flic coincé dans une rue harcelée par des GJ, ils ont eu très chaud jusqu’à ce que les gars décident de rejoindre le cortège.

Je ne retrouve plus le parcours au-delà de Vaugirard, même sur Google Map. J’ai rangé mon GJ métro Cambronne vers 16h00 parce que je n’en pouvais plus, le dos HS.

Après avoir quitté les casques bleus bd du Montparnasse, la colère s’est exprimée physiquement, poubelles, voitures, symboles de luxes, tous les classiques y passaient. Sauf que, comme je l’écrivais au début, il n’y avait plus cet éloignement réprobateur des gens comme dans d’autres manifs, on continuait notre chemin. Comme un mal nécessaire. Ressenti personnel.

Cette vidéo montre sous un autre angle de vue la violente répression déployée contre les manifestants devant l’Assemblée Nationale. A la seconde 0:46, on y voit Sébastien Maillet sortir d’un nuage de gaz lacrymogène, la main déchiquetée par une grenade :

Une marche de soutien à Sébastien, mutilé à la main, aura lieu ce mercredi 13 février à 18h au départ de la gare d’Argenteuil. Nous serons au rendez-vous et invitons nos lecteurs à s’y rendre nombreux.

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