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Jeunesse

Violences sexistes et sexuelles

#JeTeCrois. Mobilisation en soutien d’une élève renvoyée après avoir accusé un prof d’agression sexuelle

Mercredi dernier, une élève du lycée Pierre-Béghin à Moirans (Isère) a été renvoyée pour avoir dénoncé un professeur, accusé par une trentaine d'adolescentes d'agressions sexuelles. Suite à son exclusion, ses camarades se sont spontanément mobilisés pour dénoncer la gestion de l’affaire et l’omerta instaurée par l’institution scolaire.

vendredi 19 novembre

Crédits : compte Instagram @sauvonsbeghin

Le 21 octobre dernier, un enseignant d’EPS du lycée Pierre-Béghin a estimé acceptable de donner une « claque sur les fesses » à une de ses élèves, âgée de 16 ans. Ninon, élève en première et témoin de ce geste a alors accompagné sa camarade chez le principal pour lui expliquer les faits. Elle a ensuite posté une story sur Instagram afin de dénoncer cette agression et de récolter d’autres témoignages impliquant ce professeur. Elle reçoit alors plus de 26 témoignages d’élèves et d’anciennes élèves victimes de faits similaires, prouvant ainsi qu’il ne s’agissait pas d’un acte isolé. Il importe d’ailleurs de préciser que l’administration du lycée était au courant de ces faits, puisque le professeur en question avait déjà fait l’objet de trois plaintes auprès de la CPE, selon le syndicat lycéen UNL (Union Nationale Lycéenne). Cela n’a pas empêché la direction d’organiser une commission de discipline contre la lycéenne, au motif que les propos postés sur son compte Instagram seraient diffamatoires. Suite à la tenue de cette commission, la lycéenne en question a été renvoyée définitivement de son établissement.

En réponse à cette décision, plus de 150 élèves se sont rassemblés jeudi dernier devant le lycée pour exprimer leur soutien à Ninon. C’est notamment à travers le compte Instagram @sauvonsbeghin que le mouvement s’organise. Dans ses story, le compte appelle à rejoindre le rassemblement, à se munir de pancartes de dénonciation, mais aussi à boycotter les cours de ce professeur. Dans le cadre de cette mobilisation, les lycéens énoncent clairement leurs revendications : la réintégration de leur camarade, la mise en place de mécanismes de protection contre les violences sexistes et sexuelles, et une plus grande écoute des élèves de la part de l’institution. A cet égard, le syndicat lycéen UNL (Union Nationale Lycéenne) regrette que « l’administration du lycée Pierre Béghin place plus d’importance dans la parole d’un professeur accusé de multiples fois d’agressions sexuelles que dans celle de plus d’une vingtaine de victimes et témoins ».

En parallèle, le rectorat de Grenoble a ouvert une enquête pour « engager un travail d’accompagnement et de clarification » dans le cadre de cette affaire. Toutefois, Samuel Vitel, le directeur de cabinet de la rectrice de l’Académie de Grenoble, a tenu à nuancer cette annonce en expliquant : " à notre connaissance, les 27 témoignages sont des témoignages anonymes via les réseaux sociaux. Donc oui, on en tient compte, mais on est dans un État de droit et l’utilisation des réseaux sociaux pour faire justice, ça ne peut pas nous satisfaire". État de droit qui permet toutefois d’exclure une lycéenne pour du contenu posté sur ces mêmes réseaux sociaux ! Yann Thouvenet, délégué des lycéens au conseil de discipline met, lui, en avant que « même si l’attouchement sexuel est présumé, on a 27 témoignages, trois lettres qui sont parties chez le procureur, trois autres écrits chez le proviseur et des parents qui ont porté plainte ». Le prochain objectif des lycéens est donc que l’enquête aboutisse. Ninon, la lycéenne renvoyée, a également fait appel de la décision de la commission, en espérant pouvoir reprendre les cours le plus rapidement possible.

La répression dont a été victime Ninon prouve encore une fois qu’il est vain de compter sur les directions ou sur le gouvernement pour apporter une solution concrète aux violences sexuelles. Ces institutions, profondément patriarcales, face aux violences sexistes et sexuelles choisissent en effet de punir les élèves qui osent s’exprimer. Ces pressions trouvent d’ailleurs dans le droit un outil particulièrement efficace, la diffamation, mobilisée de façon quasi systématique pour invisibiliser les victimes.

L’inaction systématique des directions rappelle que la stratégie des institutions scolaires reste d’assurer le maintien d’un climat d’omerta. Le ministère perpétue ainsi un climat hostile pour les jeunes filles, les femmes et les minorités de genre tout en supprimant des postes et en allouant aucuns moyens à l’éducation aux questions de genre, à la sexualité et au consentement. Face à cette situation, il est essentiel d’exprimer notre soutien à Ninon, la lycéenne renvoyée, mais également à ses camarades, qui luttent pour la soutenir. Il s’agit également de mettre en place une commission d’enquête indépendante de la direction qui a laissé l’omerta s’installer, sous contrôle des élèves, des parents et des personnels de l’établissement, afin de faire la lumière sur l’affaire et d’obtenir justice et vérité pour les victimes de violences sexistes et sexuelles.




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