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Jean-Yves le Drian en visite officielle au Mali. L’impérialisme Français veut consolider son ancrage à Bamako

Arrivé ce dimanche 25 octobre à Bamako, Jean-Yves Le Drian, ministre des affaires étrangères était en visite officielle au Mali. C’est la première visite officielle du gouvernement Français depuis la chute de l’ex-président Ibrahim Boubacar Keita. Malgré quelques dissonances, l’impérialisme français cherche à consolider son influence sur Bamako.

mardi 27 octobre

Crédits photo : AFP

Cette visite officielle intervient deux mois après le coup d’État qui avait fait tomber Ibrahim Boubacar Keita (dit IBK), allié de l’impérialisme français. En effet le 18 aout 2020, après plusieurs mois de contestation sociale, de grèves et de manifestations qui avaient été réprimées dans le sang (au moins 14 morts), des officiers de l’armée malienne ont mené un coup d’État. Ces derniers étaient soutenus par la coalition d’opposition M5-RFP, regroupant d’anciennes figures du régime et l’ultra réactionnaire imam Mahmoud Dicko.

Un coup d’État qui met en difficulté la stratégie française dans la région

Au départ, la communauté internationale et notamment la France avait fermement condamné la prise de pouvoir. Jean Yves le Driant avait alors déclaré « condamner avec la plus grande fermeté cet évènement grave » et avait appelé « au maintien de l’ordre constitutionnel » et exhorté « les militaires à regagner sans délai leurs casernes ». Dans la même ligne la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest ont fermé leurs frontières et suspendu les échanges économiques et politiques avec le pays.

Mais à présent avec la démission d’IBK accueillie en liesse par la population, le gouvernement français se voit contraint de traiter avec le nouveau gouvernement et notamment « l’homme fort » du Mali, son vice-président, le colonel Assimi Goita. Pourtant même si le coup d’État a été mené par des fractions des classes dominantes et de l’armée sans le consentement du gouvernement français, et qu’il vient compliquer la stratégie française dans la région, ce dernier a peu de soucis à se faire vis-à-vis des putschistes. En effet dès les premiers jours qui suivirent le coup d’Etat, le Général Wagué a déclaré : « tous les accords passés » seront respectés : « La (mission de l’ONU) Minusma, la force (anti-djihadiste française) Barkhane, le G5 Sahel (qui regroupe cinq pays de la région), la force Takuba (un groupement de forces spéciales européennes censées accompagner les Maliens au combat) demeurent nos partenaires ».

Néanmoins certaines dissonances se font entendre entre Bamako et Paris. Aujourd’hui lors d’une conférence de presse conjointe le Premier ministre par intérim du Mali, Moctar Ouane, s’est dit ouvert à des discussions avec les rebelles, une grande partie du pays étant aujourd’hui ingouvernable. « Nous devons y voir une opportunité d’engager des discussions de grande envergure avec les communautés afin de redéfinir les contours d’une nouvelle gouvernance dans les zones concernées » a-t-il ajouté. Mais son homologue Français présent lors de cette conférence de presse s’est opposé en indiquant que les groupes islamistes pour certains n’avaient pas signé les accords de paix de 2015, qui étaient restés lettre morte.

Une volonté d’ancrage pour défendre les intérêts de l’impérialisme français

L’objectif du gouvernement Français reste clair : réaffirmer son influence sur le gouvernement de Bamako pour reprendre le dessus sur les zones contrôlées par les rebelles au Nord Mali. En effet, alors que l’opération Barkhane lancée en janvier 2013 était présentée comme une campagne rapide avec victoire à la clé, la situation se révèle être aujourd’hui beaucoup plus compliquée. Sous prétexte de lutte contre le terrorisme la France avait pour objectif de sécuriser ses intérêts dans la région en installant des bases militaires permanentes, le nord du Niger -zone frontalière avec le Nord-Mali où se trouvent de nombreux rebelles Touarègues- étant un site de réserves d’uranium sur lesquelles le groupe Orano (anciennement Areva) tire un tiers de sa production totale de l’uranium nigérien.

De plus, le capitalisme français dispose également de nombreuses entreprises implantées au Mali dont elle doit sécuriser les intérêts. Parmi elles, BNP Paribas, présente depuis une dizaine d’années dans le pays au travers de la filiale BICIM, ou encore Orange qui est le premier opérateur sur le marché malien avec 60 % de parts de marché. Cette dernière avait vu une partie de son matériel être endommagée par les affrontements des groupes armés dans le Nord du pays.

Au travers de l’opération militaire Barkhane, l’État Français veut jouer un rôle de reconstructeur du Sahel, et ainsi consolider son implantation dans la zone. Alors même que la dette des pays africains est détenue en partie par la France, celle-ci l’utilise comme levier pour imposer ses politiques ainsi que les millions d’aides au « développement » que la France verse pour assurer son contrôle.

Un ancrage mis à mal

Cependant, la situation économique et sociale du pays s’est grandement aggravée avec l’impact de la pandémie de Covid-19. De plus la situation au Nord du pays où l’armée malienne, aux côtés des forces militaires étrangères, mène une guerre depuis plus de 8 ans contre des organisations islamistes dans l’Azawad, a provoqué un grand mal-être parmi la population et au sein de l’armée, dont certains soldats estiment être injustement envoyés à la mort. Cette situation, conjuguée aux civils tués par l’armée française dont le dernier date de début septembre, a commencé à alimenter un fort sentiment antifrançais dans le pays.

Face à cette situation semblable à celle de nombreux pays africains, la France et ses alliés craignent que le coup d’État au Mali n’ouvre la voie à des situations similaires dans d’autres pays de la région, le Niger, Burkina Faso ou encore la Côte d’Ivoire.

C’est en ce sens que pour les travailleurs et les classes populaires du Mali, ce serait une erreur fatale de placer leurs espoirs d’émancipation dans cette junte militaire. Ce ne serait pas moins catastrophique de faire confiance à la coalition du M5-RFP, menée par des figures réactionnaires, ou encore aux organisations islamistes qui continuent à réprimer la lutte de classes au Mali. Mais il va sans dire que l’ennemi principal des classes populaires maliennes reste l’impérialisme, en particulier dans sa forme la plus ouvertement militariste.




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