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Politique

Violences policières et gilets jaunes

Jérôme Rodrigues a perdu son œil… mais l’IGPN nie la responsabilité policière

Jérôme Rodrigues, figure des Gilets Jaunes, l’a annoncé ce mercredi : blessé place de la Bastille le 26 janvier alors que la police intervenait en utilisant des flashballs, il vient de perdre l’usage de son œil. Le même jour, l’IGPN assure que ce n’est pas son sang qui est sur la balle LBD remise à la police.

mercredi 13 février

Photo : AFP

Cette figure des Gilets Jaunes était en train de filmer la mobilisation des Gilets Jaunes, place de la Bastille, ce samedi 26 janvier, lorsqu’il reçoit un projectile qu’il identifie comme une balle de lanceur LBD et est blessé à l’œil. Ce mercredi 13 février Jérôme Rodrigues annonce sur sa page Facebook qu’il a définitivement « perdu son œil ».

Le même jour, l’Inspection Générale de la Police Nationale (IGPN), police des polices chargée de l’enquête, rend ses résultats : l’expertise assure que le sang retrouvé sur la balle de lanceur LBD et remise par l’avocat de Rodrigues, ne serait pas celui de Jérôme. Autrement dit, l’IGPN contredit la version de Rodrigues. Mais aussi celle des journalistes de Quotidien et des vidéos attestant que, ce 26 janvier, place de la Bastille, un tir de LBD a bien été donné au moment même où Rodrigues est blessé.

Or, ce n’est pas la première fois que la version de Rodrigues est contestée. Au lendemain de la manifestation du 26 janvier, le secrétaire d’Etat au ministère de l’Intérieur, Laurent Nunez s’était exprimé personnellement pour assurer qu’il n’y avait eu « aucun usage de LBD à cet endroit ». Les images récupérées depuis par le Quotidien ont confirmé par la suite que les déclarations de Nunez étaient fausses.

A l’occasion de la conférence de presse précédant la marche pour Sébastien à Argenteuil, Jérôme Rodrigues, qui venait d’apprendre la nouvelle sur BFMTV, a répondu aux journalistes : "Vous voulez voir mon œil ? Voilà, j’ai perdu la vue aujourd’hui ! Et c’est une balle de LBD. Il vous faut quoi de plus ? Vous avez les images, les sons, et ma gueule en face de vous !"

Aujourd’hui, ce sont les résultats de l’enquête de l’IGPN qui tentent d’invalider la responsabilité policière, et l’usage de LBD, dans la mutilation de Rodrigues.

Depuis plusieurs semaines, l’exécutif cherche à désamorcer la polémique autour des lanceurs LDB et des grenades Gli-F4 dont les Gilets Jaunes réclament l’interdiction. La blessure du très médiatique Rodrigues l’avait réactivé juste après que le ministère de l’Intérieur, Christophe Castaner, ait annoncé un plus vif contrôle des pratiques policières et la surveillance par caméra des policiers utilisant le LBD. Dans ce contexte, il n’est pas très étonnant que les résultats de l’enquête policière de l’IGPN défaussent les forces de l’ordre.

Dans le cas de l’affaire Adama Traoré, mort à la suite d’un contrôle de police le 19 juillet 2016, la première expertise réalisée par l’IGPN a fait état d’un tissu de mensonges contredit par les expertises suivantes : « D’abord une crise cardiaque, après une infection et maintenant une asphyxie… que nous cache-t-on ? » avait interrogé Assa Traoré après un deuxième rapport contradictoire avec la première expertise. Pas plus dans l’affaire Traoré que dans l’affaire Rodrigues, les images de caméras-surveillances dont disposerait la police, n’ont été dévoilées…




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