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Jérôme Rodrigues agressé par des "black blocs" : flagrant délit de fake news pour l’extrême-droite !

Dans une vidéo relayée par différents sites d’extrême-droite, un montage d’images fait croire à l’agression de Jérôme Rodrigues par des militants antifascistes. Une nouvelle fake news qui atteste non seulement d’une volonté de semer le trouble chez les Gilets jaunes, mais aussi de s’attaquer à une frange du mouvement, les militants antifas, qui ont démenti, de même que Jérôme Rodrigues, le principal intéressé.

lundi 4 février

Une fake news initiée et alimentée par l’extrême-droite

Samedi sur les réseaux sociaux, Jérôme Rodrigues publiait une vidéo affirmant avoir dû quitter la mani-festation pour échapper à des individus qui souhaitaient « s’en prendre à [lui] ». Rapidement, des militants d’extrême-droite, chassés dans la matinée par un groupe de militants antifascistes, ont cherché à instrumentaliser cette vidéo en faisant circuler la rumeur selon laquelle des militants antifascistes au-raient tenté de s’en prendre à Eric Drouet et Jérôme Rodrigues.

Une « fake news », finalement démentie par Jérôme Rodrigues lui-même. Celui-ci a en effet expliqué à Libération qu’il s’agissait d’une « rumeur de merde, qui m’a pourrie ma manif » et est revenu sur les propos de sa vidéos. Figure du mouvement blessé lors de l’Acte XI, le Gilet jaune a expliqué n’avoir en réalité été attaqué par personne, « ni fa, ni antifa, ni black blocs » et avoir cédé à la pression exercée chez ceux qui voulaient l’évacuer.

Or justement, dans une vidéo montée de façon trompeuse mettant en scène l’exfiltration de Jérôme Rodrigues, on reconnaît Victor Lenta, militant d’extrême-droite, ancien responsable des Jeunesses Nationalistes, un groupuscule d’ultra droite, condamné dans l’incendie d’une mosquée à Colomiers. Celui-ci déclare notamment (vidéo ci-dessous à 1:06) qu’ils sont « obligés d’évacuer Monsieur Jérôme Rodrigues » car « apparemment les black blocs ont émis des menaces contre lui. Ils ont aussi apparemment chargé le service d’ordre, mais la foule a complètement repoussé les black blocs, et les black blocs ne sont plus du tout acceptés chez les gilets jaunes ».

Sa présence et son mensonge ne sont pas un hasard, comme le notent l’Action Antifasciste Paris-Banlieue dans un communiqué démentant toute volonté d’agression contre Jérôme Rodrigues : "Aujourd’hui des heurts ont rapidement éclaté entre les antifascistes présents et les membres de l’extrême-droite, qui ont été repoussés et expulsés de la manifestation. Parmi les militants fascistes, on trouvait Victor Lenta, ex-responsable des Identitaires sur Toulouse et également des Jeunesses nationalistes mais aussi ex-mercenaire au service de la Russie au Donbass, et Frédéric Jamet, ex-membre de l’Œuvre Française, un parti d’extrême-droite. Ils ont visiblement fait croire à Jérôme Rodrigues qu’il était la cible des « black blocs ». C’est une rumeur que Lenta propage depuis des jours sur les réseaux sociaux et qu’il a réaffirmé dans une vidéo aujourd’hui."

Malgré le démenti, plusieurs sites d’extrême-droite, Riposte Laïque ou TV Libertés continuent à relayer la rumeur, en s’appuyant notamment sur la vidéo mensongère mettant en scène l’exfiltration. Celle-ci mélange en effet des images de l’altercation, dans la matinée, entre des militants antifascistes et des militants d’extrême-droite, responsables de l’agression ultra-violente d’un cortège lors de l’Acte XI, et des images de l’exfiltration de Jérôme Rodrigues à la fin de la manifestation, pour semer la confusion. De son côté, Sputnik France, après avoir relayé la fake news a changé de version, mettant à jour son article tant l’ancienne version devenait intenable au vu des différentes preuves.

Une nouvelle « fake news » issue de l’extrême-droite qui n’en est pas à son coup d’essai pour tenter de semer la confusion dans le mouvement.

Une nouvelle tentative de l’extrême-droite pour semer la confusion

Cette nouvelle « fake news » initiée et relayée par l’extrême-droite s’inscrit en effet dans la continuité d’autres rumeurs largement alimentées par les réseaux d’extrême-droite pour influencer le mouvement des Gilets jaunes et y infuser leurs idées réactionnaires.

On se rappelle ainsi des rumeurs autour du « Pacte de Marrakech » - un texte de l’ONU non contraignant visant à coordonner la gestion des flux migratoires – accusé d’ouvrir la porte à une arrivée massive de migrants, en décembre dernier. A l’époque, il était apparu clairement que la mise en avant de cette rumeur était directement issue de proches du Front National, à l’image de Julien Rochedy, ancien responsable du Front National de la Jeunesse (FNJ), qui avaient notamment lancé les premiers tweets mensongers sur le sujet.

Plus récemment en janvier, c’était au tour du « Traité d’Aix-la-Chapelle » d’être instrumentalisé par l’extrême-droite. Dans une vidéo, un ancien cadre du FN rallié à Debout la France, Bertrand Monot, accusait le Traité de vendre « l’Alsace et la Lorraine à l’Allemagne », un discours repris par des dirigeants de l’extrême-droite tels que Marine Le Pen ou Nicolas Dupont-Aignan. Si le Traité avait pu être critiqué à gauche en lien avec la nature des convergences économiques austéritaires qu’il allait entraîner, il s’agissait alors pour l’extrême-droite d’affirmer des contre-vérité pour instiguer le poison nationaliste au sein des Gilets jaunes.

Déconstruire les fakes news

Mais il ne faut pas oublier que le terreau fertile sur lequel se développe les « fake news » est aussi le résultat en définitive du traitement de l’information par les grands médias qui en définitive en sont les principaux pourvoyeurs. Black-out médiatique sur la question des violences policières durant plusieurs mois, relai de chiffres de participation aux manifestations du gouvernement totalement sous-estimés, censures de pan-carte « Macron démission » … Les grands médias qui dénoncent les « fake news » sont en définitive responsables de l’énorme méfiance contre les médias dont se nourrit aujourd’hui l’extrême-droite.

Pourtant, si les grands médias cherchent à protéger le gouvernement, l’extrême-droite cherche quant à elle à faire son trou dans le mouvement des Gilets Jaunes et à y semer la confusion pour l’emmener sur un terrain raciste et xénophobe, opposant les Gilets jaunes aux étrangers. En ce sens, déconstruire ces « fake news » est une nécessité pour rétablir les faits et combattre l’influence idéologique et politique de l’extrême-droite. C’est ce que nous nous attelons à faire.




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