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Joe s’en va-t-en guerre : un budget à 813 milliards de dollars pour la défense américaine

En difficulté sur le plan interne, et face à une forte inflation, Biden a exposé son budget pour 2023. Hausse massive du budget de l’armée et des forces de répression à l’intérieur. Le militarisme américain poursuit sa course à l’armement.

mercredi 30 mars

Crédits photo : Alex Wong / Getty Images

En ce début de semaine, Joe Biden a présenté son budget pour l’année fiscale 2023. Une enveloppe de 5792 milliards de dollars, estampillée coupe dans les dépenses publiques, sauf pour la défense où elles explosent !

La situation de Biden et des impérialistes « démocrates » qu’il représente n’est pas au beau fixe. Il est au plus bas dans les sondages depuis son élection et, s’il dispose d’une très courte et inconfortable majorité au Congrès (50 Sénateurs démocrates pour 50 Républicains, et 221 démocrates pour 212 Républicains à la Chambre des représentants), son parti est quasiment assuré de perdre le contrôle d’une ou des deux chambres lors des mid-terms. D’autant plus qu’il fait face à une inflation conséquente. Il faut ainsi ménager la chèvre et le chou, donner quelques gages à l’aile gauche du Parti démocrate, qui de toute façon n’est pas difficile à satisfaire, et à son aile modérée pour souder les rangs.

Ainsi, quelques augmentations accordées à l’environnement- qui ont déclenché l’ire des sénateurs républicains- ou sur des thèmes sur la protection sociale sont mis en avant pour appâter son aile gauche, tandis que Biden affiche sa volonté de tailler dans le déficit. Cela va passer notamment par quelques hausses d’impôts pour les ultra-riches, mais essentiellement se répercuter sur les classes populaires puisque de leur côté les dépenses militaires, pour la police et les institutions pour réprimer l’immigration augmentent considérablement.

Ainsi, bien qu’ayant augmenté tous les ans depuis 2018, le budget de la Défense prend sa plus grosse augmentation de ces dernières années : avec un ajout de plus de 30 milliards de dollars, le budget consacré à la défense s’élèvera ainsi à 813 milliards de dollars ! Rappelons que le budget américain pour la défense représente à lui seul, 40 % des dépenses militaires mondiales ! Si la bourgeoisie américaine, avec Trump puis Biden, s’est décidée à arrêter les longues et coûteuses aventures militaires, comme celles d’Irak et d’Afghanistan, c’est pour mieux se redéployer stratégiquement face à la Chine, « notre menace stratégique la plus sérieuse » pour reprendre les mots de Biden. Actuellement, c’est en chef du camp occidental, que Biden doit faire face à la situation provoquée par l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Ainsi, dans ce budget ce sont 7 milliards de dollars qui seront consacrés à l’Europe, pour faire face à la Russie et apporter l’assistance américaine au gouvernement de Zelensky. Pour l’année en cours, c’est déjà une rallonge de 13,6 milliards de dollars qui a été accordée à l’Ukraine par le Congrès américain.

Le plan de l’administration Biden est avant tout de moderniser l’armée américaine, sans forcément l’élargir. Une part conséquente (un peu moins de 300 milliards) de ce budget ne sera consacrée qu’à la recherche et au développement de nouveaux équipements dans toutes les armées, et notamment au niveau cyber pour la recherche en intelligence artificielle, ou pour les dernières technologies d’armement comme les missiles hypersoniques. La course à l’armement avec la Chine est lancée et les Etats-Unis comptent bien y faire jouer toute la puissance de leur complexe militaro-industriel pour peser de manière décisive.

Enfin, avec toute l’ironie qui caractérise les va-t-en guerre démocrates, 3 milliards seront consacrés à lutter contre le réchauffement climatique en rendant l’armée « plus performante » : faire la guerre en respectant davantage l’environnement !

Une taxation des plus riches, vraiment ?

Dans la presse internationale, ce sont les taxes annoncées pour les riches qui ont fait les gros titres. Biden prévoit en effet de taxer à hauteur de 20 % les 0,01 % de ménages américains possédant plus de 100 millions de dollars. Le taux d’imposition sur les entreprises sera relevé de 21 à 28 %. Cependant, avant que Trump ne l’abaisse à 21 %, c’est un éventail de taux qui s’appliquait, allant de 15 à 39 % sur le revenu imposable. Les capitalistes américains ont donc encore fait une bonne affaire ! Et puis il faut bien financer quelque peu l’effort de guerre, alors que de toute façon les revenus des milliardaires ont explosé pendant la pandémie. Par ailleurs, cette mesure doit encore être débattue au congrès, et les représentants des capitalistes auront tôt fait de la bloquer ou de la minimiser. De toute manière, les capitalistes connaissent les niches fiscales et savent, à l’image de Donald Trump, payer pas ou quasiment pas d’impôt sans même forcément faire de l’évasion fiscale.

De « Defund the police » à des augmentations de budget

Après que le Parti démocrate, « le fossoyeur des mouvements sociaux » comme il est surnommé outre-Atlantique, a tenté de coopter la plus grande révolte populaire de l’histoire des Etats-Unis derrière le nom de Joe Biden, largement aidé par la « gauche » démocrate (Ocasio Cortez, Sanders, Ilhan Omar etc.), les voilà qui se remettent sérieusement au travail.
Un autre des aspects les plus alarmants de ce budget est l’augmentation des budgets de la police nationale et fédérale. Biden propose plus de 32 milliards de dollars pour s’attaquer à la "hausse de la criminalité". À la suite du mouvement BLM, Biden et le régime bipartisan ont travaillé avec assiduité pour redorer l’image de la police auprès du public. Plus récemment, le Sénat a voté à l’unanimité pour retenir les fonds de tout gouvernement local qui tente de défrayer la police, en comptant sur les votes de Bernie Sanders et Elizabeth Warren.

Et loin d’abolir l’ICE (Immigration and Customs Enforcement, sorte de police aux frontières chargée de la traque, de l’enfermement et de la déportation des migrants) ou d’arrêter la construction du mur frontalier de Trump, Biden remet à l’agence 8,1 milliards de dollars, 15,3 milliards supplémentaires pour le Service des douanes et la protection des frontières, 309 millions pour les technologies de sécurité frontalière et 19 millions pour les clôtures frontalières et autres infrastructures.

Ces fonds, ainsi que les augmentations des dépenses de défense, soulignent le besoin des capitalistes de renforcer l’appareil répressif qui cible les travailleurs à l’étranger et dans leur pays. La course à l’armement, qui transfère massivement de l’argent public aux entreprises du complexe militaro-indsutriel, est le symbole de la préparation ouverte des États, et ici de la première puissance mondiale, à un renforcement des conflits inter-étatiques ouverts. Chaque centime investi dans cette course à l’armement, est un avertissement de la dévastation que les impérialistes se préparent à causer aux populations civiles et aux classes laborieuses pour préserver leurs intérêts.

« A bas le budget militaire de Biden, pas un centime pour les guerres impérialistes, pas une personne et pas un centime pour le militarisme ! » Voici ce que déclarent les militants révolutionnaires de Left Voice, aux Etats-Unis. Seule une opposition intransigeante, et une indépendance totale face au bipartisme capitaliste, permettra d’imposer les revendications des travailleurs étasuniens comme la sécurité sociale pour tous, les hausses de salaires face à l’inflation, pour en finir avec la police raciste de l’État américain. Toutes ces aspirations qui ont pris la rue ces dernières années, avec le mouvement BLM ou lors des grandes grèves de 2021, sont inconciliables avec l’agenda militariste de la bourgeoisie américaine, elles s’excluent mutuellement. De ce point de vue, il n’existe aucune perspective politique au sein du Parti démocrate, ni avec ceux, comme l’aile gauche du Parti démocrate de Sanders ou des figures de DSA, qui essayent de lui inventer des vertus progressistes : Biden n’essaye même plus de faire rêver qui que ce soit avec de vagues discours sur le New Deal la Great Society. Ce sont désormais les coupes dans le budget et le militarisme qui sont les maîtres mots.



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