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Journée d’hommage à Dominique Bernard : entre mépris des personnels et instrumentalisation sécuritaire

Vendredi dernier, Dominique Bernard, professeur de français, a été assassiné de façon ignoble à Arras. Ce lundi, le temps de concertation et de recueillement, dont l’ensemble des personnels éducatifs n’ont pas pu bénéficier, a été réduit, tandis que prime une réponse sécuritaire du côté de Macron : présence accrue de militaires et policiers devant les établissements, fouille des sacs des élèves, appel à la délation…

16 octobre 2023

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Journée d'hommage à Dominique Bernard : entre mépris des personnels et instrumentalisation sécuritaire

Vendredi 13 octobre, Dominique Bernard, professeur de français au lycée Gambetta-Carnot à Arras a été tué suite à une attaque au couteau, qui a blessé plusieurs personnels de l’établissement qui tentaient de s’interposer. Cette tragédie atroce, qui intervient près de trois ans après le meurtre de Samuel Paty et quelques mois après le meurtre d’Agnès Lassalle, a provoqué un choc et une émotion chez les personnels éducatifs et les élèves. A Arras, plusieurs milliers de personnes se sont réunies dès ce dimanche afin de rendre hommage au professeur, avant des hommages dans les établissements organisés ce lundi.

Une matinée d’hommage sous le signe de l’instrumentalisation sécuritaire du gouvernement

Face à ce drame, la réponse du gouvernement a cependant témoigné à nouveau de son mépris à l’égard des personnels de l’éducation. Non seulement celui-ci n’a concédé que deux heures de banalisation ce lundi matin, malgré la demande de l’intersyndicale de l’éducation de banaliser la matinée entière, mais celles-ci ont été accordées uniquement aux enseignants du second degré. Pour Attal, les personnels de vie scolaire et l’ensemble des personnels de l’éducation du premier degré ne méritaient apparemment ni discussion ni recueillement.

Les heures banalisées ont par ailleurs été laissées sous la surveillance étroite des chefs d’établissement voire des inspecteurs vie scolaire, venus s’assurer que les discussions entre personnels ne conduisent pas à une remise en cause de l’institution, voire à des perspectives de mobilisation. A l’heure où la colère est profonde dans l’éducation, pas question de lui laisser trop d’espace pour s’exprimer.

En parallèle, depuis vendredi, le gouvernement n’hésite pas à instrumentaliser ce drame tragique pour avancer dans son agenda répressif et xénophobe. Alors que ces derniers jours l’ensemble des expressions de solidarité avec la cause palestinienne sont assimilées à de l’« apologie du terrorisme », Darmanin instrumentalise notamment l’attaque d’Arras pour justifier cette répression et demander « l’expulsion systématique de tout étranger considéré comme dangereux ».

Une logique répressive qui était également visible à l’école puisque, dans le cadre de cette offensive autoritaire, Darmanin a renforcé la surveillance et la présence militaire et policière dans la rue mais aussi autour des établissements dans le cadre du plan « urgence attentat ». La journée a ainsi été marquée par une présence accrue de policiers et de militaires devant les établissements, autorisés dans certains cas à entrer dans les établissements par les directions. Mille personnels de sécurité du ministère ont par ailleurs été déployés devant les établissements, tandis que les assistants d’éducation se sont vus exiger de fouiller les sacs des élèves.

Finalement, Gabriel Attal a encouragé l’ensemble des personnels à dénoncer les élèves qui perturberaient les minutes de silence et à apporter une réponse ferme, expliquant « il y aura un signalement nominatif de toutes les contestations et toutes provocations » et promettant « des sanctions disciplinaires et une saisine systématique du procureur de la République pour engager des poursuites ». Autant d’éléments qui visent à normaliser une gestion sécuritaire et répressive des établissements et un climat de suspicion et de stigmatisation à l’encontre des élèves, qui ne peuvent que raviver les tensions en cours au sein de la société et des écoles.

Refuser l’instrumentalisation et l’union nationale avec le gouvernement pour apporter nos propres réponses

Un tableau qui laisse craindre à nouveau le pire pour les mois et années à venir. Tandis que le gouvernement continue son travail patient de transformation néo-libérale de l’éducation nationale, la répression et les mesures sécuritaires sont toujours plus au centre de l’école selon Macron. Face à cette situation, et à la tentative du gouvernement d’imposer l’unité derrière lui en jouant sur les peurs, il est fondamental de construire une réponse aux attaques en cours et à venir.

De ce point de vue, la réaction des directions syndicales de l’éducation est très en-deçà des enjeux. A l’heure où le gouvernement veut profiter de la situation, celles-ci ont accepté unanimement de rencontrer Gabriel Attal vendredi soir, et n’ont porté comme seule revendication que la banalisation de la matinée de ce lundi 16 octobre. Comme si la situation à l’école n’était pas indissociable des politiques de ce même gouvernement, et du manque de moyens. Dans le même temps, aucun des syndicats ne s’est exprimé à la hauteur de l’offensive politique du gouvernement.

Pourtant, la colère existe chez de nombreux personnels de l’éducation. Dès le weekend, sur les réseaux sociaux, des enseignants appelaient à recourir aux droit de retrait. Une décision prise par les personnels de plusieurs établissements, à l’instar du lycée Eugène Henaff à Bagnolet, Henri Sellier à Livry Gargan, ou encore du collège Langevin Wallon à Rosny, qui mettent en cause le manque de réponse de l’institution et sa responsabilité dans la situation actuelle. « Les évènements que nous venons de vivre ne sont pas de simples faits divers qui seraient à appréhender comme des curiosités malheureuses. Ils résultent en fin de compte des choix qui sont faits (ou non) et qui conditionnent notre capacité à accompagner de façon humaine nos élèves et personnels et de répondre aux difficultés spécifiques qu’ils peuvent rencontrer. », peut-on par exemple lire dans le communiqué des personnels du lycée Henaff à Bagnolet, tandis que les personnels du collège Jean Moulin à Aubervilliers dénoncent « le soutien de façade affiché par le ministère et le rectorat ne saurait masquer les graves carences propres à l’encadrement dans l’éducation nationale et le manque de considération pour les personnels et les élèves. »

Des personnels qui refusent par ailleurs, d’après plusieurs communiqués relayés par les syndicats, toute réponse sécuritaire et stigmatisante, expliquant refuser « que l’école devienne l’instrument de politiques stigmatisantes notamment avec la mise en place de contrôle sécuritaire à l’entrée des établissements » qui « alimentent un climat de suspicion dont nous souhaitons préserver les élèves. » pour les personnels du collège Isbal Massih à Saint Denis. Au lycée Feyder d’Epinay-sur-Seine, les personnels dénoncent ainsi « la réponse du tout sécuritaire apportée par le gouvernement. [...] Accroître l’État policier, qui est déjà devenu notre quotidien, ne réglera aucunement, ni les problèmes de fond qui minent l’école, ni les problèmes de société, dont l’école n’est pas responsable. Ces “réponses” ne font qu’ajouter de la colère et de l’indignation à celles que nous éprouvons légitimement à l’endroit de ce professeur de lettres lâchement assassiné. ». Un son de cloche qu’on retrouve au collège Jean-Moulin d’Aubervilliers : « Au lieu des réponses sécuritaires démagogiques proposées (fouille à vue des sacs de nos élèves que l’on impose à des personnels dont ce n’est pas la fonction) nous renouvelons nos demandes de moyens humains et matériels supplémentaires et des procédures efficaces de protection et d’accompagnement des personnels. »

Des éléments d’expression progressistes, qui montre qu’il est possible de bâtir une autre réponse que celle du gouvernement, qui associe refus des mesures sécuritaires, exigences de moyens massifs, et lutte contre les politiques qui dégradent toujours plus l’éducation. Contre les appels à « l’unité » derrière le gouvernement, et alors que l’école est depuis la rentrée, avec l’interdiction des abayas, un terrain de jeu pour les mesures racistes du gouvernement, nous avons besoin d’une perspective de lutte pour changer la situation. Toute réponse autoritaire et répressive ne fera que raviver les tensions et violences qu’il y a au sein de la société et de l’école, tout en masquant les causes profondes des violences, qui sont à chercher du côté de la crise économique et sociale et de l’oppression systématique que subissent de larges secteurs de la société.

Le gouvernement qui est responsable de la détérioration des conditions de vie et du maintien d’un système qui alimente des phénomènes morbides comme l’attaque terroriste de vendredi dernier ne peut être un allié. Nous devons nous battre pour des politiques radicalement différentes : pour des moyens massifs, permettant un accueil digne pour les élèves et les personnels, contre les politiques oppressives, racistes et islamophobes imposées par le gouvernement, à l’instar de l’interdiction des abayas en cette rentrée.


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